Carrez : «Sortir des ménages de l'impôt est discutable»

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INTERVIEW - Le président UMP de la commission des finances de l'Assemblée nationale critique les choix fiscaux du gouvernement.

LE FIGARO - La majorité a voté dans le budget rectificatif une réduction d'impôt de 350 euros pour un célibataire et 700 euros pour un couple qui permettra à de nombreux ménages modestes d'échapper à l'impôt sur le revenu (IR) cette année. Est-ce une bonne chose?

GILLES CARREZ - Avoir comme objectif de faire sortir le plus grand nombre de ménages de l'IR est discutable. Notre impôt sur le revenu est déjà hyperconcentré: 2 % des contribuables assurent 49 % de ses recettes. Concentrer encore davantage la charge sur certains foyers, c'est s'exposer à un comportement d'évitement de leur part. Évitement qui peut être passif - je travaille moins - ou actif - je me délocalise.

Le gouvernement estime que son geste est une mesure de justice...

Avant même cette mesure, environ la moitié des Français ne payaient pas d'IR. Or le lien fiscal fait partie du lien de citoyenneté. Le consentement à l'impôt est un principe démocratique de responsabilité. Dans ma commune (Le Perreux-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, NDLR), je constate que, souvent, les ménages qui ne s'acquittent pas de la taxe d'habitation ne se sentent pas responsables de la bonne gestion de la ville. En termes de justice, il faudrait en réalité travailler pour éviter les effets de seuil chez les salariés modestes. Parfois, la totalité de leur augmentation de salaire leur est confisquée, cette hausse de revenu leur faisant passer les seuils d'imposition de l'IR, des taxes locales, etc. Un salarié autour du smic, lorsqu'il gagne 100 euros de plus, peut voir 80 euros repartir en impôts et taxes. Ce n'est pas acceptable. Il faut éliminer ces effets, pour valoriser ceux qui travaillent par rapport à ceux qui vivent de l'assistance. Une mesure du gouvernement dans ce sens serait une bonne chose. Pour la même raison, la fusion de la prime pour l'emploi et du RSA activité est un bon objectif.

Finalement, les Français vont-ils oui ou non payer plus d'IR?

En 2014, d'après mes calculs, les deux tiers des foyers qui payent de l'IR verront leur facture augmenter. C'est beaucoup! Quant à la fameuse ristourne d'impôt dont bénéficieront 4,2 millions de ménages cette année, je rappelle qu'elle n'est pas financée. Prétendre, comme le gouvernement le fait, qu'elle l'est par les recettes de la lutte contre la fraude fiscale est de l'habillage. Avec mon homologue du Sénat, Philippe Marini, nous avons adressé début juillet un courrier à Michel Sapin lui demandant le détail des rentrées de la lutte contre la fraude. Nous n'avons toujours pas eu de réponse...

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