Berlin durcit le ton sur Volkswagen, nouveau volet du scandale

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BERLIN DURCIT LE TON VIS-À-VIS DE VOLKSWAGEN APRÈS DE NOUVELLES INFORMATIONS
BERLIN DURCIT LE TON VIS-À-VIS DE VOLKSWAGEN APRÈS DE NOUVELLES INFORMATIONS

par Georgina Prodhan et Andreas Cremer

FRANCFORT/BERLIN (Reuters) - Les autorités allemandes ont durci le ton vis-à-vis de Volkswagen mercredi, exigeant du groupe automobile des explications sur le nouveau volet du scandale de ses émissions polluantes révélé la veille et des mesures pour éviter de voir se répéter les erreurs passées.

Le premier constructeur d'Europe a reconnu mardi qu'il avait sous-estimé les émissions de dioxyde de carbone (CO2) de certains modèles vendus en Europe, et donc leur consommation de carburant. L'erreur est susceptible de concerner jusqu'à 800.000 véhicules.

Cette révélation ajoute une nouvelle dimension à la crise qu'ont fait éclater mi-septembre les accusations de trucage des tests anti-pollution portées par les autorités américaines. Et pour les analystes financiers, elle menace de peser sur les ventes de voitures de Volkswagen puisque le coût d'usage des modèles concernés risque de se révéler bien supérieur à celui affiché aujourd'hui.

A la Bourse de Francfort, l'action VW chutait de 8,5% à 15h25, à 101,55 euros, une baisse qui équivaut à une diminution de plus de trois milliards d'euros de la capitalisation totale du groupe.

LE GOUVERNEMENT NE CACHE PLUS SON IRRITATION

Sur le plan politique, les annonces de mardi ont suscité de la part du gouvernement certains de ses commentaires les plus durs à ce jour sur le dossier.

Berlin a jusqu'à présent adopté une attitude prudente sur le scandale, qui concerne un secteur clé de l'économie allemande avec plus de 750.000 salariés.

Le ministre des Transports, Alexander Dobrindt, a déclaré mercredi que les dernières informations en date avaient suscité de "l'irritation" dans son ministère.

Un porte-parole de la chancelière Angela Merkel a de son côté appelé Volkswagen à prendre des mesures pour éviter que les erreurs commises se répètent.

"VW a le devoir de mettre cela au clair, de manière transparente et exhaustive", a-t-il ajouté. "Il est important (pour VW) de mettre en place les structures permettant d'éviter de nouveaux cas similaires."

VW a expliqué que la plupart des véhicules concernés par les erreurs de mesure des émissions de CO2 étaient équipés de moteurs diesel, parmi lesquels se trouvent des Golf, le modèle le plus vendu du groupe, des Audi A3 et des Skoda Octavia. Mais certains modèles essence sont également touchés, comme la Polo et l'Audi A1.

"NOUVEAU CHOC"

"A chaque nouvelle semaine, un nouveau choc dans le dossier VW", a commenté Stuart Pearson, analyste d'Exane BNP Paribas, dans une note. "Nous augmentons de quatre milliards d'euros supplémentaires le coût des rappels et craignons un impact commercial plus violent." L'intermédiaire conserve une recommandation "neutre" sur Volkswagen.

L'aveu du groupe mardi intervient après l'annonce par l'autorité fédérale américaine de protection de l'environnement d'un défaut d'information de Volkswagen sur la présence du logiciel de trucage des tests d'émission sur des moteurs diesel de 3,0 litres, montés sur des modèles haut-de-gamme de Porsche et Audi.

Le constructeur a démenti ces allégations mais a déclaré mardi qu'il allait "entamer immédiatement un dialogue avec les autorités responsables concernant les conséquences" des dernières informations sur les émissions et la consommation de ses modèles.

Les derniers développements de l'affaire risquent de relancer les critiques déjà exprimées en septembre sur le choix de Matthias Müller pour la présidence du directoire de Volkswagen après la démission de Martin Winterkorn: certains analystes et investisseurs avaient alors estimé que l'ancien patron de Porsche, qui a fait l'essentiel de sa carrière dans le groupe, n'était peut-être pas le mieux placé pour piloter la réorganisation nécessaire de l'entreprise.

La filiale nord-américaine de Porsche a suspendu la vente des millésimes 2014 à 2016 du Cayenne diesel et Audi a fait de même pour ses modèles A6, A7, A8 et Q5.

"Vu de l'extérieur et, soyons-en sûrs, pour la majorité des salariés de Volkswagen, la gravité et l'étendue de la tricherie découverte à ce jour va au-delà de ce qu'on pouvait imaginer", a commenté Arndt Ellinghorst, du cabinet de conseil spécialisé Evercore ISI.

Le scandale a pour l'instant eu très peu d'impact sur les chiffres de ventes de Volkswagen même si le groupe est le seul constructeur allemand à avoir vu ses immatriculations de voitures neuves baisser en Allemagne le mois dernier.

(avec Jan Schwartz; Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison)

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