Au mémorial de Rivesaltes, Valls défend l'accueil des réfugiés

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par Johanne Decorse

SALSES-LE-CHATEAU, Pyrénées-Orientales (Reuters) - Manuels Valls a inauguré vendredi le mémorial du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), principal camp d’internement du sud de la France en 1941 et 1942 où ont été internés quelque 60.000 républicains espagnols, juifs, tsiganes, harkis et autres "indésirables" pour l’Etat français jusqu’en 1964.

Tout en fustigeant "la résurgence de l'antisémitisme, le racisme et la haine de l'autre", le Premier ministre a salué ce lieu venu "renforcer la cartographie mémorielle de la France".

"Dans le contexte de la crise des réfugiés, comme ne pas voir ici un commandement, une injonction à ne pas céder au repli ?" a-t-il demandé. "Nous devons accueillir avec dignité et humanisme. Ceux qui affirment que nous serions submergés mentent et abîment la France."

Témoin des années noires du XXe siècle - guerre d’Espagne, Seconde Guerre mondiale, guerre d’Algérie et autres conflits coloniaux -, le camp de Rivesaltes est le seul camp d'internement français toujours debout.

"Il s’agit du plus grand camp d’internement d’Europe de l’Ouest par sa superficie, la nature des populations internées, la durée d’internement", a expliqué lors de l’inauguration Agnès Sajaloli, directrice du mémorial. 

Conçu à l’origine comme un camp militaire, le camp fut d’abord, à partir de janvier 1941, un "Centre d’hébergement" pour les républicains espagnols qui fuyaient la dictature de Franco. A partir d'août 1942, il devint le lieu d’internement de 6.500 juifs dont 2.313 furent envoyés à Auschwitz via Drancy.

LA TRAGÉDIE DES INDÉSIRABLES

Fermé en novembre 1942, le camp fut occupé par l’armée allemande jusqu’à la Libération. Par la suite, on y enfermera des collaborateurs, des coupables de marché noir et environ 20.000 prisonniers de guerre allemands.

En 1954, il retrouva sa vocation militaire avant d’être choisi en septembre 1962 comme le lieu principal de transit pour les Harkis et leur famille après la conclusion de la paix en Algérie. Jusqu’en décembre 1964, quelque 21.000 Harkis y furent hébergés dans des conditions très précaires.

Le camp fut ensuite habité jusqu’en 1966 par des tirailleurs guinéens, des combattants indochinois et malgaches. Il connut un dernier soubresaut de l’histoire avec la présence, entre 1986 et 2007 d’un centre de rétention pour étrangers expulsables.

Pour Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS et président du conseil scientifique du Mémorial, l’enjeu de ce dernier est "raconter la tragédie des indésirables mais aussi d’adresser un message d’espoir, celui de la solidarité, de l’entraide, de l’assistance et de la résistance".

Le bâtiment, un monolithe semi-enterré de 4000 m2, s’étend sur 220 mètres de long et 20 mètres de large, affleure à peine à la surface des baraques en ruine qui l’entourent.

Eva Lang, 85 ans et Malka Narumovicth, 80 ans, deux sœurs rescapées du camp de Rivesaltes, ont fait le voyage depuis Israël pour être présentes le jour de l’inauguration.

"Nous avons eu une chance inouïe, nous avons été sauvées avec notre autre sœur par l’OSE, Œuvre Secours Enfants, qui, quelques mois après notre arrivée, nous a retirées de ce camp maudit", a-t-elle raconté.

(Edité par Yves Clarisse)

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