Au coeur de Fukushima, le robot ne tient pas mieux que l'homme

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FUKUSHIMA, CINQ ANS APRÈS
FUKUSHIMA, CINQ ANS APRÈS

par Aaron Sheldrick et Minami Funakoshi

TOKYO (Reuters) - Cinq ans après la catastrophe du 11 mars 2011, les robots chargés de localiser certains matériaux radioactifs à l'intérieur des réacteurs de la centrale de Fukushima sont "morts", le "mur de glace" mis en place sous terre autour du site pour empêcher la contamination de l'eau du sous-sol n'est pas encore entré en service.

Et les autorités ne savent toujours pas comment se débarrasser de l'eau fortement radioactive stockée dans un nombre toujours plus grand de réservoirs aux abords du site.

Ce jour-là, l'un des pires séismes de l'histoire avait déclenché un tsunami dont les vagues de dix mètres de hauteur avaient déferlé sur la centrale nucléaire, près du littoral du nord-est du Japon, provoquant la fusion de plusieurs réacteurs. La catastrophe fit près de 19.000 morts et disparus et 160.000 habitants ont perdu leurs maisons.

Aujourd'hui, la radioactivité est si élevée, dans certaines parties de la centrale, qu'il est impossible de s'y aventurer pour retirer les masses déformées et extrêmement dangereuses des barres de combustible qui ont fondu.

L'opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power (Tepco), a tout de même progressé, réussissant à retirer plusieurs centaines de barres de combustible usagé de l'un des bâtiments endommagés. La technologie nécessaire pour localiser les barres de combustible fondues dans les trois autres réacteurs n'existe cependant pas encore.

"Il est extrêmement difficile d'accéder à l'intérieur de la centrale nucléaire", explique dans une interview Naohiro Masuda, directeur des opérations de démantèlement chez Tepco. "Le principal obstacle, ce sont les radiations."

Les barres de combustible ont fondu et perforé les cuves qui les contenaient, si bien que nul ne sait aujourd'hui avec exactitude où elles se trouvent. Cette partie de la centrale est si dangereuse pour l'homme que Tepco a mis au point des robots à même de nager sous l'eau et de contourner des obstacles dans des tunnels endommagés et des canalisations, au fond des bâtiments, à la recherche des barres de combustible fondues.

Cependant, dès que ces robots s'approchent trop près des réacteurs, la radioactivité détruit leurs câbles et les rend inutilisables, ce qui retarde le déroulement des opérations, déclare Naohiro Masuda.

Or, chaque robot doit être fabriqué sur mesure pour chaque bâtiment. "Il faut deux ans pour mettre au point un robot", note-t-il.

BEAUCOUP MOINS DE FUITES

Tepco, qui en 2011 fut vivement critiqué pour sa gestion de la catastrophe, estime que la situation à la centrale accidentée s'est fortement améliorée. Le niveau de radioactivité, en de nombreux endroits du site, est désormais aussi bas qu'à Tokyo, à environ 250 km de là.

Plus de 8.000 ouvriers se relaient constamment, ont déclaré des responsables lors d'une récente visite du site. L'activité ne cesse jamais, car ils évacuent des débris, installent de nouveaux réservoirs de stockage d'eau, posent des canalisations et préparent le démantèlement de certaines parties de la centrale.

Une bonne partie de leur travail consiste à injecter régulièrement un flux d'eau à l'intérieur des réacteurs endommagés et hautement radioactifs, afin de les refroidir. Ensuite, cette eau irradiée doit être évacuée de la centrale et stockée dans les réservoirs, qui ont proliféré aux abords du site.

Pour Akira Ono, qui gère le site, l'un des plus grands défis, aujourd'hui, est de trouver quoi faire du million de tonnes d'eau radioactive présente dans les réservoirs disséminés sur le secteur.

Selon Ono, Tepco a accompli 10% du travail de nettoyage du site, mais le démantèlement complet de la centrale risque de prendre 30 à 40 ans. A en croire les experts, tant que l'entreprise n'aura pas localisé les barres de combustible fondu, elle ne pourra pas évaluer l'état d'avancement réel des travaux et leur coût final.

Actuellement, Tepco met en place le plus important "mur de glace" au monde destiné à empêcher l'eau des nappes souterraines de s'écouler à l'intérieur des bâtiments des réacteurs et d'être ainsi contaminée.

La construction proprement dite, dont l'idée a été lancée en 2013 et a été vigoureusement encouragée par le gouvernement, a été achevée en février, après des mois de retard et des interrogations sur son efficacité réelle. Ce mur n'est cependant pas encore en service car Tepco doit d'ici la fin de l'année injecter à l'intérieur un liquide gélifiant pour entamer le processus de glaciation.

Pour Arnie Gunderson, ancien ingénieur nucléaire, il est crucial d'empêcher l'eau souterraine d'atteindre la centrale.

"Les réacteurs continuent de répandre de la radioactivité dans les eaux souterraines et ainsi dans l'océan Pacifique", a déclaré Gunderson.

Signe d'optimisme, les fuites radioactives vers le Pacifique ont cessé depuis la construction du mur souterrain, assure Masuda, qui n'exclut pas toutefois le risque de voir encore de petites quantités de radiations atteindre l'océan.

"Je ne parle pas de risque zéro, mais du fait de ce mur, le volume qui fuit a considérablement diminué", dit-il.

(Eric Faye pour le service français)

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