Après les «wash bars» et les «coffices», voici les espaces en temps partagé

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En cette période de crise, l'urbanisme est gagné à son tour par la fièvre de l'économie collaborative. Ce qui se traduit par le développement de lieux de vie à vocations multiples.

Après l'autopartage, le couchsurfing, le streaming, le cloud ou les espaces de travail collectifs, voici que les architectes et urbanistes s'emparent à leur tour du concept d'économie collaborative pour développer de nouveaux espaces urbains en temps partagé.

«Après l'individuel, l'aspiration au collectif revient», constate Jean-Baptiste Roger, directeur de la Fonderie, Agence du numérique d'Ile-de-France. Et il est loin d'être le seul à formuler ce constat, partagé par tous les intervenants à la conférence «Urbanismes & Territoires, Apports de la création numérique», qui s'est tenue cette semaine au Pavillon de l'Arsenal dans le cadre de la Digital Week France.

Optimiser les immeubles vides le soir

Récusant l'expression de «smart city» et de «ville intelligente», les intervenants préfèrent, à l'instar de Marie-José Barthélémy, architecte-urbaniste, fondatrice de l'Office parisien d'architecture, évoquer «ce qui va se développer: c'est l'usage qu'on fait des bâtiments». «Par exemple, il existe des immeubles vides à partir du soir, qui sont chauffés et allumés toute la nuit; n'est-ce pas insensé? Aujourd'hui, on ne peut plus raisonner comme cela dans une ville en crise», souligne-t-elle. A la demande de plusieurs propriétaires, son cabinet a défini un indice d'usage d'un bâtiment, ratio obtenu en rapportant le nombre de fonctions exercées par ce dernier et son poids. Plus ce rapport est mauvais, plus est élevé le potentiel de cet immeuble de proposer d'autres usages en son sein lorsqu'il est inutilisé.

MOOC dans des bibliothèques ou centres sociaux

D'où de nombreuses idées qui germent: après les «wash bars», où l'on sirote un café en toute convivialité en lavant son linge, et les espaces de travail partagés, pourquoi ne pas utiliser les restaurants aux heures creuses l'après-midi pour donner des cours de cuisine? «On pourrait aussi utiliser les locaux des bibliothèques ou de centres sociaux, le soir après leur fermeture, pour y organiser des séances de suivi collectif de MOOC. Ces derniers posent en effet souvent un problème d'engagement, de nombreux élèves abandonnant en cours de route», estime pour sa part Alain Assouline, président de l'Institut Edgar Quinet, qui forme les élus aux changements sociétaux, et co-fondateur de l'agence de communication digitale Les Argonautes.

Réhabiliter des lieux désaffectés

En attendant que ces réflexions prennent forme, comme le synthétise Marie-José Barthélémy, «le meilleur bâtiment, c'est encore celui qu'on ne construit pas». C'est ainsi que plusieurs initiatives ont vu le jour pour réhabiliter des locaux désaffectés à usages multiples. Après le Comptoir général qui a ouvert ses portes en 2011, le Pavillon des Canaux, charmante maison donnant sur le canal de l'Ourcq, a fait l'objet d'un appel à projets de la part de la ville de Paris. C'est désormais un «coffice» où chacun peut venir travailler à sa guise dans l'une des pièces de la maison, très cosy, salon, chambre ou la salle de bains - où la baignoire a été aménagée en bureau - tout en consommant au bar.

Lieux très «bobos»

Une des dernières initiatives les plus audacieuses d'espace en temps partagé est sans doute La Recyclerie. La gare Ornano, située porte de Clignancourt de Paris, qui a successivement servi de café puis de local à outils de jardinage, a ouvert au printemps dernier, avec un projet assez ambitieux à la clé. Restaurant, ateliers de bricolage, soirées culturelles, opérations de troc organisées régulièrement, bientôt ferme urbaine (offrant encore à ses adhérents la possibilité de privatisation d'un des espaces... La Recyclerie, c'est un peu tout cela. 16.265 euros ont été levés sur KissKissBankBank en mai dernier pour meubler le lieu avec des produits recyclés. Pourtant, ce dernier a été racheté à Réseau ferré de France (RFF) par des investisseurs privés venus des sociétés C-Développement et Sinny & Ooko, qui possèdent ou gèrent déjà des lieux très branchés de la capitale, comme le Comptoir Général, dans le 10e arrondissement, le Divan du Monde ou la Machine du Moulin Rouge, dans le 18e. Un site qui s'annonce donc très «bobo»...

La prophétie de Jeremy Rifkin

Une autre ancienne gare du 18e arrondissement de Paris, celle de l'avenue de Saint Ouen, devrait pour sa part ouvrir fin 2015, après son rachat par la Ville de Paris et sa réhabilitation. Les travaux, estimés à 1,6 millions d'euros, démarreront dans quelques semaines. Cet édifice devrait devenir Le Hasard Ludique, qui se définit comme «un lieu caméléon» iconoclaste, dédié aux musiques actuelles et aux arts créatifs.

La dynamique autour des lieux de vie aux vocations multiples ne semble pas prête de se tarir. Le scénario décrit dès 2000 par l'Américain Jeremy Rifkin, véritable visionnaire dans son livre «l'Age de l'accès: la vérité sur la nouvelle économie», qui développe l'idée de «communaux collaboratifs» dans son dernier ouvrage «La nouvelle société du coût marginal zéro», est même bien en passe de se réaliser.

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  • lsleleu le dimanche 26 oct 2014 à 09:08

    Déjà parlez Français ! la décadence continue ! vive la bobo attitude .