Ali Bongo réélu au Gabon, l'opposition crie à la fraude

le , mis à jour à 16:54
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LE PRÉSIDENT GABONAIS ALI BONGO RÉÉLU
LE PRÉSIDENT GABONAIS ALI BONGO RÉÉLU

LIBREVILLE (Reuters) - Le président gabonais Ali Bongo a été réélu avec 49,80% des voix, selon les résultats définitifs de l'élection de samedi validés par la commission électorale et fournis mercredi à Reuters par un commissaire.

Les représentants de l'opposition au sein de la commission électorale ont contesté ce résultat et l'un d'eux, Paul Marie Gondjout, représentant de Jean Ping, le principal adversaire d'Ali Bongo, a dénoncé une élection "volée".

Mardi, l'ancien ministre des Affaires étrangères Jean Ping s'était dit assuré d'être élu en totalisant près de 60% des voix après le décompte de huit des neuf provinces. Les résultats de la commission électorale le créditent de 48,23% des suffrages.

La commission devait initialement proclamer les résultats officiels mardi soir mais elle était toujours réunie à huis clos mercredi à la mi-journée.

A l'annonce de premier résultats officieux qui attribuaient 49,85% des voix à Ali Bongo, le représentant de Jean Ping au sein de la commission, Paul Marie Gondjout, avait déjà dénoncé une "mascarade".

L'opposition a réclamé un nouveau décompte dans la province natale du chef de l'Etat sortant, le Haut-Ogooué, où le taux de participation a atteint 99,98%, contre moins de 60% dans l'ensemble du pays, avait-il ajouté.

De son côté, l'Union européenne a demandé à la commission électorale de rendre publics "les résultats détaillés" de chaque bureau de vote et appelé les protagonistes à maintenir le calme dans le pays.

Le parti de Jean Ping avait déclaré mardi que son candidat était en tête du scrutin avec 59% des voix contre 38% à Ali Bongo alors qu'il ne manquait plus que les résultats d'une province sur neuf, celle du Haut-Ogooué. Cette annonce avait aussitôt été qualifiée de "tentative de déstabilisation" par le pouvoir.

"Nous n'avons pas confiance dans ce processus. Nous n'avons jamais eu confiance", a commenté mercredi le porte-parole de Jean Ping, Jean Gaspard Ntoutoume-Ayi, interrogé au téléphone par Reuters avant que les résultats définitifs ne soient connus.

"Le peuple gabonais n'acceptera pas ces résultats", a-t-il prédit.

MENACES DU GOUVERNEMENT

Face aux appels répétés de Jean Ping à Ali Bongo pour qu'il reconnaisse sa défaite, le camp du président s'était dit ces derniers jours confiant dans le résultat du scrutin.

Le gouvernement avait parallèlement rappelé à de multiples reprises que diffuser d'autres décomptes que celui de la commission électorale était "illégal".

"Après l'annonce du résultat, nous communiquerons ces éléments aux autorités judiciaires gabonaises", a annoncé le gouvernement dans un communiqué lu par plusieurs responsables sur les antennes de la télévision nationale.

Les autorités de Libreville ont aussi dénoncé une "ingérence étrangère", après que, en France, le Parti socialiste et deux avocats eurent déclaré publiquement que Jean Ping était vainqueur du scrutin.

Une victoire de Jean Ping, qui a été un temps président de l'Assemblée générale des Nations unies, mais aussi de la commission de l'Union africaine (UA), aurait mis fin à un demi-siècle de pouvoir exercé par la famille Bongo.

Ali Bongo a été élu en 2009 après la mort de son père, Omar Bongo, lequel avait dirigé le pays pendant 42 ans.

Le système électoral gabonais veut que celui qui remporte le plus de voix à la présidentielle est élu. En 2009, Ali Bongo l'a été avec 41,73% des suffrages.

Lundi, la mission d'observateurs de l'Union européenne a pointé un "manque de transparence" au sein des institutions organisant le scrutin et a déclaré qu'Ali Bongo avait bénéficié d'une préférence dans l'accès aux ressources financières et aux médias.

"Nous avons noté que la mission (d'observateurs) avait outrepassé son mandat. La mission recherchait des choses qui n'ont rien à voir avec ce scrutin", a déclaré le porte-parole du président Bongo, en réaction à la déclaration de la mission d'observateurs de l'UE.

(Gerauds Wilfried Obangome; Tangi Salaün pour le service français)

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