Alep sous les bombes, les hôpitaux syriens débordés

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ALEP EN PROIE À D'INTENSES BOMBARDEMENTS SYRIENS ET RUSSES
ALEP EN PROIE À D'INTENSES BOMBARDEMENTS SYRIENS ET RUSSES

par Ellen Francis et Lisa Barrington

BEYROUTH (Reuters) - La pénurie gagnait les services de secours lundi dans la partie orientale d'Alep, toujours cible d'intenses bombardements, au quatrième jour de l'offensive menée par les forces de Damas appuyées par l'aviation russe.

L'opération qui vise à reprendre l'intégralité de l'ancien poumon économique syrien a provoqué des dégâts sans précédent depuis le début du conflit et un grand nombre de victimes civiles. Elle semble cibler tout particulièrement les infrastructures médicales.

Les perspectives des quelque 250.000 civils piégés dans la partie contrôlée par la rébellion se sont encore assombries avec les passes d'armes entre la Russie et les Occidentaux, Moscou accusant l'Ouest d'hypothéquer les chances de résoudre un conflit entré dans sa sixième année.

Une reconquête de la partie orientale d'Alep marquerait un tournant dans la guerre syrienne et offrirait à Damas une victoire symbolique dans l'un des derniers grands bastions urbains de l'insurrection.

Soutenues par la puissance de feu aérienne de la Russie et par les milices chiites pro-iraniennes, les forces du régime de Bachar al Assad ont peu à peu resserré leur emprise sur la ville au cours des derniers mois et parachevé leur encerclement au cours de l'été.

"Les hôpitaux de la ville d'Alep sont débordés (...). On commence à manquer de matériel", a déclaré Aref al Aref, qui travaille dans une unité de soins intensifs.

"Nous sommes incapables d'amener quoi que ce soit, ni équipement, ni personnel médical. Certains membres du personnel hospitaliers sont dans les zones rurales et ne peuvent pas venir en raison du siège", a-t-il dit.

AUCUN RÉPIT

Selon une association de médecins syriens (SAMS), seuls 30 médecins demeureraient encore dans les quartiers est d'Alep. Elle dresse en outre un bilan de 280 morts et 400 blessés au cours des trois derniers jours.

Signe qu'elle n'a aucune intention d'offrir un quelconque répit aux assiégés, l'armée syrienne a une nouvelle fois demandé aux civils de se tenir à distance des positions des rebelles dans la ville. Si l'armée assure ne viser que les combattants, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) dit que des dizaines d'enfants sont morts.

"Des patients vont mourir par dizaines s'ils ne sont pas évacués", a prévenu Oussama Abo Ezz, chirurgien et coordinateur du SAMS à Alep.

"Le personnel médical est insuffisant et exténué. Les banques du sang sont vides, il n'y a presque plus de médicaments essentiels. Les lits des unités de soins intensifs sont insuffisants et toujours occupés. Le scanner est hors d'usage", a-t-il déploré.

L'OSDH dit avoir comptabilisé 237 morts, dont 38 enfants, à Alep et dans la campagne environnante depuis lundi dernier, date à laquelle la dernière trêve en date a volé en éclats.

La défense civile d'Alep dresse un bilan plus lourd, faisant état de près de 400 morts à Alep et dans les zones rurales.

Les bombardements ont également détruit une station de pompage d'eau qui alimentait l'est d'Alep et un porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé venu inspecter le site a dit ne pas être en mesure d'évaluer le temps nécessaire aux réparations.

Selon les habitants de la ville, les bombardements des trois derniers jours sont les plus violents qu'ils aient subis depuis le début du soulèvement.

PAIX "INACCESSIBLE"

Bebars Mishal, membre de la défense civil de l'est d'Alep a rapporté que les bombardements nocturnes se sont poursuivis jusqu'à 6h00 (03h00 GMT) lundi matin.

"La situation reste la même. La nuit, les bombardements s'intensifient, c'est plus violent, toutes les sortes d'armes sont utilisées, qu'il s'agisse des armes au phosphore, du napalm ou des bombes à fragmentation", déclaré Bebars Mishal à Reuters.

"A présent, il n'y a plus que des hélicoptères et Dieu seul sait où ils vont larguer leurs bombes. Dieu seul sait quels sont les immeubles qui vont s'effondrer", a-t-il poursuivi.

"Tout le monde a peur, personne ne peut sortir. Ils ne savent pas quoi faire ni où aller."

Depuis le déclenchement de l'insurrection, des centaines de milliers de personnes sont mortes en Syrie et 11 millions ont dû quitter leur foyer tandis que la diplomatie occidentale étalait son impuissance.

Les tensions entre les Etats-Unis et la Russie ont une nouvelle fois refait surface ce week-end lorsque la représentante américaine à l'Onu a accusé Moscou de "barbarie" en Syrie tandis que son homologue russe affirmait que la paix était dans l'immédiat un objectif quasiment inaccessible.

Selon le Kremlin, la rhétorique occidentale est de nature à entraver la résolution du conflit syrien et à détériorer les relations bilatérales avec Moscou qui dit ne voir "aucune perspective" d'organisation d'un sommet sur la Syrie.

Lundi, un porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel a tenu Moscou responsable de la violence à Alep, assurant que le massacre des civils syriens ne serait pas possible sans le soutien militaire de la Russie.

"La Russie doit immédiatement mettre un terme aux bombardements aveugles des zones civiles menés par le gouvernement syrien", a déclaré Steffen Seibert.

Parallèlement, le gouvernement syrien a intensifié ses efforts pour pacifier à sa façon les zones rebelles, scellant des accords avec des combattants assiégés. A Homs, un groupe rebelle a ainsi commencé à se retirer de ses dernières positions dans la ville, a dit l'agence de presse officielle Sana.

(avec Stéphanie Nebehay à Genève; Nicolas Delame pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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  • charleco il y a 2 mois

    Les USA ont réarmé les terroristes durant la dernière trêve, mais c'est tellement plus facile d'accuser Assad et Poutine.