A la COP21, un puzzle aux pièces en désordre ou manquantes

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À LA COP21, UN PUZZLE AUX PIÈCES ENCORE EN DÉSORDRE
À LA COP21, UN PUZZLE AUX PIÈCES ENCORE EN DÉSORDRE

par Emmanuel Jarry

LE BOURGET, Seine-Saint-Denis (Reuters) - Le projet d'accord de Paris sur le climat, auquel des centaines de négociateurs de 195 pays s'efforcent depuis lundi au Bourget, près de Paris, de donner forme, est encore dans une large mesure un puzzle aux pièces en désordre, voire manquantes.

Au point que le ministre français des Affaires étrangères, président en exercice de la COP21, a lancé mercredi un rappel à l'ordre : "Mon message est tout a fait clair : il faut accélérer le processus parce qu'il nous reste beaucoup de travail."

"Les chefs d'Etat et de gouvernement nous ont donné lundi un mandat sans ambiguïté" lors de l'ouverture de la conférence, a dit Laurent Fabius à la presse. "Il y a une exigence de succès."

L'Union européenne est prête à jouer les "passerelles", a pour sa part déclaré sa négociatrice, Elina Bardram. "A ce stade du processus, nous devons chercher un terrain commun et ne pas revenir à la rhétorique", a-t-elle souligné. "Nous sommes optimistes mais nous devons changer de rythme."

Un point de vue partagé par les organisations de défense de l'environnement invitées à titre d'observateurs.

Climate Action Network (CAN), qui fédère plusieurs d'entre elles, estime que des questions encore non résolues, comme celle du financement de l'aide aux pays en développement, freinent les progrès sur d'autres chapitres du projet d'accord.

Les négociateurs sont répartis dans une dizaine de sous-groupes thématiques composés de 30 à 40 personnes.

Chacun est chargé d'une partie du projet d'accord, un texte encore criblé d'options, sous la houlette de co-présidents ou "facilitateurs", généralement deux diplomates, l'un d'un pays développé, l'autre d'un pays du Sud.

Il ont tenu une cinquantaine de réunions depuis lundi, formelles ou informelles, dans des salles aménagées sous un vaste chapiteau, un peu à l'écart des salles plénières.

L'une d'elle a ainsi été consacrée à l'objectif à long terme d'une économie décarbonée, une autre à la rédaction de l'article concernant le pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique.

UN PUZZLE INCOMPLET ?

La négociatrice française, Laurence Tubiana, entourée d'une centaine de personnes de différents ministères, dont celui des Affaires étrangères, est l'oreille de Laurent Fabius.

Selon son entourage, elle a ainsi participé mercredi à une réunion de consultation sur la question du financement.

Des négociateurs affichent déjà une mine épuisée. Des membres de délégation s'octroient entre deux réunions quelques instants de sommeil sur des canapés installés dans les allées.

Ce sont les co-présidents de chaque sous-groupe qui rapportent à un groupe de contact les progrès accomplis ou les difficultés rencontrées.

A charge pour les deux co-présidents de ce groupe de contact de rassembler les pièces du puzzle pour soumettre vendredi en séance plénière une nouvelle version et remettre samedi à midi leur copie à Laurent Fabius.

Celui-ci a précisé qu'il faisait le point tous les jours avec eux sur les travaux. Il devait en tirer un premier bilan mercredi en fin de journée avec le groupe de contact.

L'accord de Paris est censé placer la planète sur la voie d'un modèle économique sobre en carbone et en énergies fossiles pour limiter le réchauffement climatique à 2°C en 2100.

La secrétaire exécutive de la convention des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a fait état d'un consensus croissant en faveur d'une révision périodique des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

"Il semblerait que le consensus qui se dégage porte sur une périodicité de cinq ans", a dit Christiana Figueres.

Mais la date à laquelle ce processus de révision commencera -- 2020, lors de l'entrée en vigueur du futur accord, 2017-2018, comme le voudraient des Etats européens comme la France, ou modulable selon la situation des pays concernés -- fait débat.

Le puzzle aura encore des trous samedi. Ce sera aux ministres chargés dans chaque pays des négociations sur le climat de combler la semaine prochaine ces lacunes, pendant la phase politique de la COP21.

(Edité par Yves Clarisse)

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