À Hong Kong, la bulle immobilière pourrait exploser

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Sur l’un des marchés les moins abordables du monde, la peur grandit autour d’une hausse des taux américains, qui pourrait crever la bulle immobilière. Certains analystes évoquent une dégringolade de 30%.

Soutenu par des taux d’intérêt d’une faiblesse record, l’immobilier à Hong Kong a vu les prix plus que doubler en six ans, ce qui en fait la ville la plus chère du monde, comme l’expliquait Le Figaro Immobilier il y a quelques semaines. Mais une hausse des taux américains pourrait renverser la vapeur. L’augmentation attendue des taux de la Réserve fédérale américaine a également relancé le débat sur l’opportunité de maintenir l’indexation du dollar de Hong Kong sur le billet vert, alors que les liens de l’ex-colonie britannique avec Pékin se renforcent. Avec la crise financière internationale de 2008, la Fed a abaissé ses taux directeurs à un niveau proche de zéro, politique qui a réduit le coût de l’endettement à long terme pour les consommateurs.

La région semi-autonome sous administration chinoise étant dépendante de la politique monétaire des Etats-Unis, les taux hongkongais sont également bas. Le nombre d’emprunts immobiliers, souvent à taux variables, s’est envolé de même que le prix du mètre carré devenu prohibitif: un appartement de 40 m2 coûte en moyenne plus de 750.000 dollars de Hong Kong (665.000 euros), selon les chiffres officiels. Avant fin 2015 ou l’année prochaine, la Fed pourrait tourner la page de sa politique monétaire ultra-accomodante et sonner le glas des emprunts à bas coût dans le territoire.

«Quand le cycle commencera, et que les prix baisseront, les emprunteurs seront pris à la gorge. A ce moment là, la consommation sera la première à souffrir», dit l’analyste spécialisé Buggle Lau. Le courtier CLSA prédit un recul des prix immobiliers de 17% d’ici 2017. D’autres analystes évoquent même une dégringolade de 30%. Les propriétaires pourraient être victimes d’un effet ciseaux, entre la hausse des taux et la dépréciation de leur investissement.

Des inquiétudes et une question sensible

Le gouvernement hongkongais a réglementé les conditions d’emprunt. De ce fait, les analystes estiment qu’on n’assistera pas à la vague de défauts de paiement survenue en 2003 après l’épidémie mortifère du virus du SRAS qui avait débouché sur de nombreux départs, fait plonger l’immobilier et étranglé les ménages surendettés. Mais ceux qui ont contracté des prêts élevés sont inquiets. Par exemple, Angus Chow, 29 ans, employé par les services sociaux, a emprunté 90% des 4,5 millions de dollars de Hong Kong (515.000 euros) que lui a coûté son trois pièces. Il a donc peur du relèvement des taux.

Les autorités sont une nouvelle fois confrontées à la question de l’indexation sur le dollar américain, qui date de 1983 et les met à la merci de la Réserve fédérale. À l’époque, il s’agissait d’assurer une certaine stabilité alors que l’incertitude régnait autour des négociations entre Londres et Pékin sur le retour de la colonie dans le giron chinois. Cette décision fut plutôt heureuse. Certaines économies asiatiques ont dû abandonner leur rattachement au dollar pendant la crise financière de la fin des années 1990 mais pas Hong Kong.

Depuis, la Chine s’est métamorphosée en géant économique et certains pensent qu’un arrimage au yuan chinois serait plus bénéfique. «À mesure que les liens entre l’économie hongkongaise et celle du continent se renforcent, il sera de plus en plus inapproprié pour Hong Kong d’importer la politique monétaire américaine», dit Duncan Innes-Ker, du cabinet Economist Intelligence Unit. L’ancrage de la devise locale au billet vert a coûté cher. L’autorité monétaire de Hong Kong a dépensé près de 150 milliards de dollars locaux depuis début 2015 pour éviter l’appréciation de sa devise dans un contexte d’affaiblissement de l’économie chinoise. Pour l’économiste britannque John Greenwood cependant, Hong Kong ne doit pas tourner le dos au billet vert, qui reste la devise privilégiée des échanges internationaux.

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