À Hong-Kong, des villages menacés par les géants de l'immobilier

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VIDÉO - Les bucoliques villages agricoles de Hong Kong qui bordent la Chine continentale sont vent debout contre des promoteurs immobiliers accusés d’accaparer la terre.

Dans l’ex-colonie britannique, le ressentiment contre des hommes d’affaires aux carnets d’adresses bien remplis nourrit aussi le mouvement prodémocratie. Les protestataires, qui campent toujours dans le territoire passé sous tutelle chinoise en 1997, réclament l’instauration d’un suffrage universel véritable. Ils s’insurgent également contre ce qu’ils perçoivent comme une collusion d’intérêts entre le gouvernement et la puissante élite économique de ce centre financier international.

Les inégalités sociales s’aggravent alors que la majorité des sept millions d’habitants a du mal à se loger en raison du coût prohibitif du mètre carré: Hong Kong est l’une des villes les plus chères au monde, les prix oscillant entre 2300 et 6300 euros au mètre carré, soit une augmentation de 172% depuis 2002. La situation des villageois des Nouveaux Territoires, dans la partie continentale de Hong Kong, illustre cette problématique. Ils rejettent un projet gouvernemental de plusieurs milliards de dollars qui fera disparaître des terres agricoles et déracinera des milliers de personnes. Il fera place à des lotissements qui combleront les besoins en logements, assurent les autorités.

Mais seule une infime partie des 614 hectares concernés sera réservée au logement social. Le projet fait la part belle aux baux commerciaux et aux appartements privés inaccessibles pour la majorité des Hongkongais. Les villageois accusent les autorités de vouloir garnir les poches des géants de l’immobilier. «De quelle manière ce projet va-t-il répondre aux besoins en logement? (...) Les gens ordinaires comme moi ne peuvent que rêver de se payer les appartements qui seront construits ici», dit Yung King Yu, 19 ans, qui habite l’un des villages touchés, Ma Shi Po, et va régulièrement manifester pour la démocratie.

«Hégémonie sur la terre»

En raison de la proximité géographique avec la Chine, beaucoup craignent qu’il ne soit en réalité destiné à des acheteurs fortunés du continent, souvent accusés d’être responsables de la cherté de l’immobilier. Ma Shi Po et ses rues bordées d’arbres, ses jardins maraîchers et ses maisons aux couleurs pastel est cerné par les gratte-ciel qui font la réputation de Hong Kong. Depuis des années, les groupes immobiliers rachètent des terrains agricoles à Ma Shi Po comme dans les villages avoisinants et les ouvriers agricoles qui ytravaillent depuis plusieurs générations sont contraints de déguerpir.

«Des centaines de paysans ont dû partir à cause de cette hégémonie sur la terre», dénonce Becky Au Hei Man, qui gère une ferme communautaire. Henderson, géant de l’immobilier côté en Bourse, dirigé par Lee Shau Kee (troisième fortune de Hong Kong), a racheté une large partie des parcelles de Ma Shi Po, selon le centre de recherches spécialisé Liber Research Community. New World Development - du milliardaire Cheng Yu-tung - et Chung Kong - présidé par l’homme le plus riche d’Asie, Li Ka-shing -, figurent aussi en bonne place dans le projet. «Nos recherches montrent que les promoteurs rachètent discrètement les terrains à bas prix depuis le début des années 1990, bien avant que le gouvernement n’annonce le projet en 1998», dit à l’AFP Kim Ching Chan, un des chercheurs de Liber.

50.000 plaintes concernant le projet: un record

Le ministre du Développement Paul Chan a dû reconnaître l’année dernière que sa famille possédait de nombreux terrains dans la zone concernée, qui vaudront de l’or une fois le projet sorti de terre. Il a refusé de démissionner comme certains le lui demandaient. Le numéro un de l’exécutif local a donné du grain à moudre à ces critiques en estimant que des élections trop libres aboutiraient à donner aux plus pauvres la haute main sur le pouvoir. A l’autre bout de l’échelle, les dix premières fortunes de Hong Kong pèsent un total de 103 milliards de dollars et ont toutes des intérêts dans l’immobilier, d’après le magazine Forbes. Le service de planification urbaine de Hong Kong a reçu près de 50.000 plaintes concernant le projet, un record.

Lors d’une réunion publique, les paysans ont imploré les autorités de sauver leurs cultures de melons amers et d’épinards, et cet habitat fleuri propice aux oiseaux. «Je me réveille la nuit en pleurant», a dit l’un d’eux, la voix vibrante d’émotion. «Je ne peux pas abandonner mes arbres, mes animaux, mon mode de vie et aller vivre dans un gratte-ciel. Ce n’est pas pour moi, c’est pour les riches.»

(Avec AFP)

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