À Fréjus, le FN veut afficher sa capacité à gouverner

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MARINE LE PEN SOUHAITE MONTRER À FRÉJUS LA CAPACITÉ DU FN À GOUVERNER
MARINE LE PEN SOUHAITE MONTRER À FRÉJUS LA CAPACITÉ DU FN À GOUVERNER

par Ingrid Melander et Jean-François Rosnoblet

FREJUS, Var (Reuters) - Le choix de Fréjus pour lancer ce week-end la campagne présidentielle de Marine Le Pen a été mûrement réfléchi par la dirigeante du Front national, qui a fait de la gestion des villes frontistes un argument électoral pour 2017.

    Sénateur-maire de cette ville de 55.000 habitants, la plus importante municipalité gérée par l'extrême droite, David Rachline vient d'être nommé directeur de campagne de Marine Le Pen pour l'élection présidentielle de l'an prochain.

    "Le succès dans la gestion de la ville de Fréjus est un moyen de faire taire les mauvaises langues qui ne cessent de dire que le Front national n'est pas capable de mettre en place son programme", a dit la députée européenne en marge du rassemblement des cadres et des militants de son parti.

    Comme en 2012, elle a choisi de supprimer le logo et le nom du Front national sur ses tracts et affiches.

    Le dirigeante laisse place à la candidate qui ambitionne de rassembler au-delà de sa formation pour faire mentir les sondages qui la placent presque tous en tête du premier tour de scrutin mais lui prédisent la défaite au second.

    "Un sondage n'est pas une élection. La campagne doit lui permettre de convaincre les Français de la pertinence de notre message", déclare David Rachline à Reuters.

   

    SYNERGIE ENTRE LOCAL ET NATIONAL

    "L'objectif est de l'emporter pour changer concrètement les choses dans le pays", souligne le directeur de campagne, comme le Front national estime l'avoir déjà fait dans la douzaine de villes conquises lors du scrutin municipal de 2014.

    Nicolas Bay, le secrétaire général du parti et directeur de campagne de Marine Le Pen pour les élections législatives qui suivront la présidentielle, abonde dans le même sens.

    "Les maires Front national tiennent leurs engagements et font ce pourquoi ils ont été élus", souligne le député européen.

La plupart des villes frontistes ont ainsi renforcé la police municipale et l’ont souvent armée. Elles ont aussi procédé dans leur grande majorité à de sévères coupes dans les dotations aux associations, notamment d'aide aux migrants.

"Je ne donne pas un centime aux travailleurs migrants ou aux migrants en général", confirme David Rachline, qui est également en conflit avec la mosquée locale, mais uniquement pour une question de permis de bâtir non valide selon lui.

A Beaucaire, Mantes-la-Ville ou encore Fréjus, le Front national semble aussi ne pas supporter la contradiction.

Dans la ville gérée par David Rachline, la conseillère municipale divers-droite, Françoise Cauwel, accuse le Front national de brader le patrimoine de la commune.

"Le FN vend tout ce qu’il peut pour réduire la dette, sans tenir compte de l’avenir, de l’environnement ou de l’esthétique", dit-elle à Reuters, mettant en exergue la difficulté de débats au sein de l’hémicycle municipal.

Le bilan en matière de sécurité fait quant à lui débat.

"David Rachline a fait une énorme différence en termes de sécurité", dit le restaurateur Patrick Loiseau, un de ses soutiens, qui estime que l'expérience doit être étendue au niveau national grâce à la victoire de Marine Le Pen.

Mais pour Christelle Pays, une coiffeuse de 25 ans, "les choses ont empiré". "Je ne me sens plus en sécurité."

PLAFOND DE VERRE

    Les dix maires frontistes, en plus de Robert Ménard à Béziers qui a été élu grâce au FN, s'invitent de plus en plus dans le débat national, à l'instar de celui de Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) qui a annoncé vendredi la création d'une association des maires refusant l'accueil des migrants.

    "L'opposition à l'invasion migratoire dans nos communes doit devenir une cause nationale de salut public qui dépasse les clivages partisans", résume le communiqué de Steve Briois.

    Une synergie entre entité nationale et territoires locaux que revendique et encourage la présidente de la formation, qui critique la décision du gouvernement de vider la "jungle" de Calais en disséminant les migrants partout en France.

    "De l'immigration massive découle le communautarisme qui est le vivier où recrutent les fondamentalistes islamistes. Tous ces phénomènes sont liés et il faut y apporter des réponses globales et cohérentes", souligne-t-elle.

    Dans la perspective de l'élection présidentielle, le Front national veut faire valoir un bilan local sans gros remous, loin des dérives enregistrées lors de son premier exercice du pouvoir, au milieu des années 1990, dans des villes comme Toulon (Var), Marignane et Vitrolles (Bouches-du-Rhône).

    La réussite prétendue de sa gestion locale actuelle est censée montrer que le parti d'extrême droite a prouvé sa crédibilité à gouverner, même au plus haut niveau.

    "La gestion d'une ville ne peut pas être comparée à celle d'un Etat. Mais on nous a beaucoup dit que nous ne serions pas en mesure de gérer les collectivités locales", dit David Rachline. "Nous montrons que nous en sommes capable et que nous le sommes peut-être plus que d'autres."

Pour le transposer au niveau national, il faudra franchir l'obstacle du second tour, sur lequel la formation d'extrême droite bute aux législatives, aux municipales ou aux régionales.

"Il n’y a pas de plafond de verre. C’est une invention de ceux qui cherchent à se rassurer", estime la présidente du FN, qui juge sérieuses ses chances de s’imposer au second tour.

(Edité par Yves Clarisse)

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