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Mariage homo: deux conceptions radicalement opposées de la famille s'affrontent

AFP Video30/01/2013 à 09:40

Les députés ont poursuivi mardi, en séance de nuit à l'Assemblée, le débat sur le mariage homosexuel, révélant deux conceptions radicalement différentes de la famille, la majorité mettant en avant l'égalité des droits, l'opposition les dangers de la négation de la différenciation sexuelle.

"C'est un acte d'égalité. Il ne s'agit pas d'un mariage au rabais, il ne s'agit pas d'une ruse, pas d'une entourloupe, il s'agit d'un mariage avec toute sa charge symbolique, et toutes ses règles d'ordre public", avait affirmé à l'ouverture des débats, la ministre de la Justice, Christiane Taubira.

La ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, a ensuite souligné "l'avancée" que représente le projet de loi, qui, a-t-elle dit, donne une "vision généreuse de la famille" afin que "plus personne ne soit clandestin dans la République".

Le rapporteur du texte, le PS Erwann Binet, a affirmé avec quelque emphase que, pour les homosexuels, "après le temps du châtiment, le temps de la tolérance, est venu maintenant le temps de l'égalité".

Le premier tir de barrage de l'opposition a été lancé par l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino.

"Ce texte touche à la conscience de chacun", a-t-il lancé, la voix tremblante, à la tribune. "Le gouvernement dit amour, liberté, égalité des droits mais le mariage, ce n'est pas l'égalité des droits, c'est une institution!"

Evoquant "le million de personnes qui ont manifesté", "allons nous leur répondre par ces deux mots terribles +taisez-vous+' Qui peut croire que la République n'en sortira pas blessée!", a-t-il ajouté.

"Qu'y a-t-il derrière votre texte sinon la négation de la différenciation des sexes'" "Votre texte, c'est donner le droit d'avoir des enfants à ceux à qui la nature n'a pas donné ce droit!" a-t-il lancé, acclamé par les députés de l'opposition.

En fin d'après-midi, les députés ont repoussé deux motions de procédure présentées par l'opposition, l'une de rejet préalable défendue par Henri Guaino, l'autre de renvoi en commission défendue par Jean-Frédéric Poisson.

La discussion générale s'est poursuivie en séance de nuit.

Bruno Le Roux, chef de file des députés PS, a salué "une grande loi de fraternité". "C'est une loi qui ouvre les yeux sur la diversité des familles, une loi qui adapte le code civil aux évolutions de la société (...) Il était temps que la France rattrape ses voisins!", a-t-il poursuivi prenant un malin plaisir à souligner que les conservateurs britanniques s'apprêtent, eux, à adopter un projet en faveur du mariage gay.

Philippe Gosselin, l'un des principaux orateurs de l'UMP, a mis en garde contre la PMA (procréation médicalement assistée) "qui interviendra dans quelque semaines". La PMA, a-t-il poursuivi, engendrera ensuite la GPA (gestation pour autrui). Ce sera la logique de l'enfant à tout prix. "Mariage + adoption = PMA + GPA. Non, nous ne voulons pas d'une loi à la découpe", a-t-il asséné. "Votre projet, a-t-il aussi lancé, c'est une offensive ultra libérale voire libertaire comme on n'en a pas connu depuis mai 68!"

Ce n'est sans doute que vendredi que commencera la bataille autour des quelque 5.000 amendements, en quasi-totalité déposés par l'opposition. Le débat pourrait durer jusqu'au 10 février, avec un vote prévu le 12 février.

Alors que débutait la séance de nuit, à quelques mètres du Palais-Bourbon, plus d'une centaine de catholiques intégristes, chapelets à la main, avaient récité des prières pour demander à "la Vierge Marie" de "changer l'attitude des parlementaires" favorables au projet de loi sur le mariage homosexuel.

Auparavant, lors des questions au gouvernement, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait fait le "pari" que "dans quelques années", la droite jugera que le mariage gay constitue une "avancée", comme elle l'estime aujourd'hui pour le Pacte civil de solidarité (Pacs) qu'elle avait combattu il y a quinze ans.

M. Ayrault était bien entendu resté sourd aux abjurations du chef de file des députés UMP, Christian Jacob, qui lui avait demandé de "reporter l'examen du texte" dans l'attente de l'avis du comité national d'éthique sur la procréation médicalement assistée (PMA), pourtant absente du texte. "Vous avez peur du peuple car vous n'osez pas le consulter par référendum", a également lancé M. Jacob, reprenant ce qui constituera un des leitmotiv de l'opposition.


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