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Bordeaux : En attendant le krach immobilier !!!!

M424402
31 janv. 201322:43

Le Point - Publié le 31/01/2013

Les prix de l'immobilier à Paris donneraient - presque - envie d'adhérer au Front de gauche. Le site internet Seloger.com propose "au coeur de Saint-Germain-des-Prés" une studette de 7 mètres carrés pour 155 000 euros et dans le même quartier un studio de 12 mètres carrés "très bien agencé" - c'est la moindre des choses - à 250 000 euros. De quoi déprimer durablement tous ceux qui n'ont pas d'oncle en Amérique, et donc aucun espoir d'en hériter.

Il n'est pas besoin de lire les longues études que les sociologues ont consacrées au sujet pour comprendre pourquoi Paris s'est embourgeoisé, "gentrifié" comme ils disent, et s'est vidé de ses classes populaires. Les bobos aux beaux salaires en ont méthodiquement et impitoyablement chassé les ouvriers et les employés - ce qui, au demeurant, ne les empêche pas de dénoncer volontiers, en sirotant le soir un mojito sur les bords du canal Saint-Martin, la misère et la ghettoïsation des banlieues. Les ouvriers et les employés représentaient 65 % des Parisiens en 1954, seulement 18,5 % en 2009. Et le mouvement s'est encore accéléré avec l'irrésistible ascension du prix du mètre carré observée depuis dix ans : près de 300 %, quand le PIB progressait dans le même temps de seulement 50 %. Résultat : les "cadres et professions intellectuelles supérieures" formaient 21 % de la population parisienne en 1999, plus de 30 % aujourd'hui. La politique de mixité sociale voulue par M. Delanoë a été une franche réussite.

Mais Paris n'a pas le monopole de la flambée immobilière. Sur l'ensemble du territoire français, le prix des logements anciens a été multiplié par 2,5 depuis 1998. Comme toujours lors de la formation des bulles spéculatives, ainsi que l'a bien montré l'économiste américain Robert Shiller, une multitude d'arguments pseudo-rationnels sont brandis pour tenter de justifier cette exubérance irrationnelle : la pénurie de logements, les achats massifs de la part des étrangers, les inquiétudes sur les retraites, l'évolution démographique, la faiblesse des taux d'intérêt. Et patati, et patata.

Il y a aussi l'idée bien ancrée selon laquelle "l'immobilier ne fait que monter". Séduisante mais fausse. Une étude du FMI a montré que, sur les 37 fortes augmentations du marché de l'immobilier observées entre 1970 et le milieu des années 90 en Occident, 24 se sont achevées par des baisses ayant effacé, en termes réels, entre le tiers et plus de la totalité de la hausse. On peut également rappeler que, vingt ans après l'éclatement de la bulle immobilière au Japon, les prix des logements y restent encore inférieurs de moitié. Dans certains quartiers de Tokyo, le mètre carré ne vaut plus aujourd'hui que le dixième des niveaux délirants qu'il avait atteints à la fin des années 80.

Il y a aujourd'hui en France un déni de la bulle immobilière comme il y a longtemps eu un déni de la dette ou du déficit de compétitivité. Avec cette sorte d'aveuglement collectif soigneusement entretenu par les discours rassurants et apaisants d'experts pas franchement désintéressés. Le président de la Fédération nationale de l'immobilier a jugé tout récemment que le marché français est "sain" et il a pronostiqué "une baisse des prix de 2 % au plus" en 2013. Mais son avis vaut celui du poissonnier à qui on demande si ses limandes sont fraîches.

Le déni persiste donc malgré la multiplication des signes avant-coureurs d'une sévère correction. Comme la baisse de 25 % du nombre des transactions constatée en 2012. Comme le fait que, depuis dix ans, le prix des logements progresse beaucoup plus vite que le revenu global des ménages français alors qu'ils évoluaient au même rythme depuis la Seconde Guerre mondiale.

Plus inquiétant encore : depuis le début de la crise, le marché de l'immobilier a baissé quasiment dans tous les pays occidentaux, mais pas en France. Par rapport à leurs niveaux de la fin 2007, les prix actuels s'inscrivent en baisse de 21 % aux États-Unis, 11 % au Royaume-Uni et en Italie, 14 % aux Pays-Bas, 24 % en Espagne, 49 % en Irlande. En France, ils sont plus élevés de 2,7 %. À Paris, ils sont plus hauts de 30 %.

Mais, avec la politique d'austérité budgétaire, les hausses d'impôts, la baisse attendue du pouvoir d'achat et la hausse prévue du chômage, cette exception immobilière française risque de prendre fin. En douceur, il faut l'espérer. Brutalement, il faut le craindre. Selon les calculs du magazine The Economist, le marché immobilier français n'est pas seulement surévalué de 35 %, mais il est aussi le plus surévalué de tous ceux des pays industrialisés, devant le Canada (34 %), les Pays-Bas (33 %), l'Australie (23 %) et l'Espagne (21 %). Si The Economist dit juste, le studio "très bien agencé" proposé à 250 000 euros n'en vaudra bientôt plus que 162 500. Alors, patience !!

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1 réponse

  • M424402
    31 janvier 201322:48


    http://www.lepoint.fr/editos-du-point/pierre-antoine-delhommais/en-attendant-le- krach-immobilier-31-01-2013-1622253_493.php

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