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Sécheresse : la vigne ne souffre pas pour le moment

Le Figaro15/06/2011 à 14:26
Sous l'effet conjugué de la chaleur et du manque d'eau, la vigne a pris plus de trois semaines d'avance. Sans conséquence dans l'immédiat.

Le printemps 2011 est le printemps le plus chaud (+2,6°C) depuis le début du XXe siècle, devançant 2007 (+2,1°C) et 2003 (+1,8°C). Le déficit pluviométrique entre mars et mai 2011 (déficit de 55%) est également le plus important devant 1976 (46%) et 1997 (40%).

Résultat: la vigne est en avance. La floraison, moment clé, est arrivée trois semaines avant l'heure. Selon l'adage, les vendanges se déroulent cent jours plus tard, le Beaujolais s'attend donc à vendanger aux alentours du 15 août; le Bordelais et la Bourgogne, vers la fin août.

Première question: cette chaleur et cette sécheresse sont-elles néfastes à la vigne? En principe, non. La vigne est une plante pérenne, avec des racines longues, parfois plus de 10 m, qui la mettent à l'abri des caprices de la météorologie: ce sont uniquement les trente premiers centimètres de terre qui sont secs. Seules souffrent les vignes non travaillées et très amendées aux racines superficielles.

Tient-on pour autant un immense millésime? C'est aller un peu vite en besogne, car le printemps ne fait pas seul le résultat. D'ailleurs, dans les millésimes chauds récents, 2007 n'a pas laissé un grand souvenir, car l'été fut pluvieux et a ruiné les immenses espoirs de la Champagne, de Bordeaux et de la Bourgogne, entre autres. Partout, les 2007 sont à boire, et seuls Sauternes et quelques grands vins du Rhône, surtout côté Châteauneuf-du-Pape, sauvent la réputation du millésime.

Quant au millésime 2003, avec sa période végétative très courte, il reste une curiosité, car, avec les grandes chaleurs mais une nébulosité moyenne, les vins sont d'acidité basse. À leur naissance, les grands bordeaux avaient soulevé l'enthousiasme de quelques dégustateurs, en particulier outre-Atlantique, et les prix avaient déjà explosé. Mais, aujourd'hui, les grandes bouteilles sont rares, quantitativement d'abord, car la récolte était réduite, et elles ne brillent pas non plus par leurs qualités. Ceux qui avaient suivi les yeux fermés les sirènes bordelaises ont été bernés. Il faut remonter à 1893 ou encore à 1811 pour un chaud de grande qualité, mais avant tout parce que le temps était sec.

Rendement plus faible

La sécheresse, qu'il ne faut pas confondre avec la chaleur, engendre d'autres effets. La concentration est en général au rendez-vous, mais avec des rendements en baisse. L'année 1976, qui est inscrite dans l'inconscient collectif avec son «impôt sécheresse», ne figure pas dans le panthéon des grands millésimes, car l'arrivée trop tardive de la pluie a fait gonfler les raisins. En revanche, de petites sécheresses ont engendré quelques beaux millésimes récents, comme 2005 et 2009. Mais point trop n'en faut, car elle peut durcir les vins, comme en 2010.

Pour le moment, la sécheresse de 2011 n'est pas du tout préoccupante, et la vigne ne souffre pas. Tous au plus a- t-elle étalé la floraison dans certains endroits, ce qui n'est tout de même pas bon signe pour la qualité du millésime. Si elle dure encore pendant un mois ou deux, la vigne ralentira sa croissance et engendrera des baies plus petites, d'où un rendement plus faible.

Pour autant, «tant qu'il n'y a pas de pluie, inutile de traiter, philosophe un producteur. Les vignes sont implantées sur des terroirs qui ont une bonne ­capacité hydrique, ce qui les sauve.» Car, contrairement à l'opinion communément admise, il ne suffit pas de soleil et de chaleur pour faire des grands vins, et même du vin tout court, comme le constatent les producteurs australiens, qui avaient été séduits par les vallées chaudes qu'ils sont obligés d'abandonner faute d'eau. Même irrigués, il n'existe pas de grands vins dans les déserts.

Dans le Nouveau Monde, la science de l'irrigation, source de nombreuses thèses et d'un grand nombre d'études, a fait d'énormes progrès, mais pas au point de faire des miracles. Les bons vins, et a fortiori les grands vins, résultent d'une alchimie complexe entre le soleil, la température et l'eau venue du ciel juste quand il faut, avec une science consommée du suspense.

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