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Moscovici promet de tenir compte du « ras-le-bol fiscal »

Le Figaro20/08/2013 à 22:03
Contraint par la promesse de tenir les déficits publics, le ministre de l'Économie prépare les esprits - en attendant le retour de la croissance - à de nouvelles hausses de prélèvements.

«Ras-le-bol». Le mot est lâché. Hier, Pierre Moscovici a reconnu qu'il y a, en France, un problème avec le niveau des impôts. «Je suis très sensible à ce ras-le-bol fiscal que je ressens de la part de nos concitoyens, qu'ils soient des ménages, des consommateurs ou qu'ils soient des entreprises», a confessé le ministre de l'Économie au micro de France Inter. Ce sentiment, «nous l'écoutons», a même renchéri Pierre Moscovici.

Le locataire de Bercy choisit ses mots. Il aurait pu, comme l'a encore fait récemment François Hollande, reprendre l'«élément de langage» selon lequel l'exécutif n'augmen­tera les impôts que si c'est «indispensable» et «dans l'idéal le moins possible». Le fait est que les Français vont ressentir, l'année prochaine encore, le poids des prélèvements obligatoires. Et Pierre Moscovici sait que - sauf à perdre sa crédibilité - rien ne sert de le nier. Alors autant l'avouer.

Le ministre de l'Économie n'a en réalité pas le choix: bien qu'il ait obtenu un sursis de deux ans de Bruxelles pour rétablir les comptes du pays, le gouvernement s'est engagé à ramener son déficit public à 3,7 % dès l'an prochain. Ce qui veut dire qu'il lui faudra tailler dans les dépenses, mais que l'effort à consentir passera aussi par des impôts supplémentaires.

L'exécutif a néanmoins bien compris qu'il ne pourra pas - après les 22 milliards d'efforts de 2012 et les 24 milliards de 2013 - réclamer autant l'année prochaine aux Français. «C'est la raison pour laquelle, dans le redressement nécessaire, nous inverserons les proportions par rapport à 2013 entre les économies qui doivent être prioritaires et les prélèvements obligatoires qui doivent être aussi peu importants, aussi faibles que possible», a redit Pierre Moscovici, qui martèle ce message depuis des semaines - en évoquant deux tiers de baisse des dépenses pour un tiers de hausse des prélèvements.

Jeu d'équilibristes

Selon les orientations présentées en juillet, la France doit trouver 20 milliards d'euros en 2014. Le programme de stabilité envoyé par le gouvernement fin avril à Bruxelles prévoit 6 milliards de hausse de prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) en 2014, hors impact de l'augmentation de TVA. L'effet de certains dispositifs fiscaux en place s'essoufflant, Bercy doit en outre trouver 6 milliards de plus. Dans la mesure où le ministère des Finances compte sur 2 milliards venant de la lutte contre la fraude fiscale, c'est donc au moins 10 milliards supplémentaires qui seront prélevés l'année prochaine auprès des ménages et des entreprises. Sans compter les hausses, CSG en tête, qui devraient être arrêtées dans le cadre de la réforme des retraites (voir ci-dessous)!

C'était d'ailleurs un drôle de jeu d'équilibristes auquel se sont livrés hier Pierre Moscovici, assurant d'un côté comprendre la saturation des Français, et Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, confirmant de l'autre que la hausse de la CSG était une «option qui a sa cohérence»...

Bref, malgré le soin que met l'exécutif à adoucir son discours, le «ras-le-bol fiscal» risque de durer encore un peu. Autant donc prévenir les Français. Ce n'est qu'en 2015 que Bercy prévoit la stabilité des prélèvements obligatoires. D'ici là, le gouvernement aura présenté fin septembre un budget 2014 dont «les modalités sont compatibles avec le retour de la croissance», assure Pierre Moscovici. Lequel s'est de nouveau félicité hier que la France soit «sortie de récession». Il a même assuré que, si 0,1 % de progression du PIB était toujours l'hypothèse officielle pour cette année, il n'excluait pas que le chiffre soit finalement «meilleur». Un peu, donc, comme si le ministre demandait aux contribuables d'être confiants et patients, en attendant d'être récompensés pour leurs efforts...

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