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Les «Airbnb» de la restauration inquiètent le secteur

Le Figaro04/09/2015 à 16:49

La profession accuse des sites collaboratifs d'avoir encouragé le développement de restaurants «clandestins». Ils seraient déjà plus de 3000 en France.

La moutarde lui monte au nez. Didier Chenet, président du Syndicat national des hoteliers, restaurateurs, cafetiers et traîteurs (Synhorcat), est très mécontent de l'essor d'un nouveau type de restaurants «clandestins» qui échapperaient, accuse-t-il, à la fiscalité et aux règles d'hygiène du secteur. Dans un communiqué publié après une rencontre avec la nouvelle secrétaire d'État au Commerce, Martine Pinville, il vise sans les nommer les «Airbnb» de la fourchette, les «Uber» de la restauration collaborative, ces sites Internet, qui proposent, à des tarifs ultra-compétitifs, d'aller dîner chez l'habitant.

Plus de 3000 particuliers monnaieraient ainsi leurs talents culinaires en France aujourd'hui. Leader européen, lancé par des Français début 2014, VizEat a avalé il y a peu son petit concurrent Cookening, l'un des pionniers du «social dining». Il suffit de s'inscrire, de payer une contribution en ligne, sur laquelle le site prélèvera 15%, avant de passer à table. «Je comprends que les gens soient friands de découvrir ainsi via le Web de nouvelles expériences culinaires, admet Didier Chenet. Mais le problème, c'est que cette pratique dispense les hôtes qui reçoivent de tout contrôle d'hygiène, et encourage le travail au noir.» De fait, une fois les contributions en poche, nul n'est certain que l'hôte qui aura régalé déclarera ces sommes.

Une critique que réfute Camille Rumani, cofondatrice de VizEat, qui compte plus de 3800 hôtes dans 60 pays, dont 1500 en France, et quelque 40.000 membres. «Au prix moyen de 25 à 30 euros le repas à Paris, beaucoup d'hôtes ne rentrent pas dans leurs frais, voire perdent de l'argent», explique la dirigeante. Selon elle, «les particuliers reçoivent en moyenne une fois par mois et ne le font donc pas pour engranger des revenus».

Vente d'alcool sans licence

Le représentant des restaurateurs regrette, pour sa part, non seulement que les hôtes ne soient pas des professionnels, mais aussi qu'ils proposent à leurs invités d'un soir de l'alcool sans avoir pour cela payé une licence pourtant obligatoire en France. «Si vous réservez en ligne un repas via ces sites Internet, que vous sortez en état d'ébriété avancé, votre hôte peut être accusé de délit de complicité de conduite en état d'ivresse.» Ce risque n'affole pas Matthieu Hesloin, président-cofondateur de VoulezVousDîner, qui revendique «plusieurs centaines» d'hôtes, dont la majorité (60%) en France, et «plusieurs milliers» d'utilisateurs. «Ces dîners sont occasionnels et, comme lorsqu'on reçoit des amis, ce type de cas relève de la responsabilité civile prévue dans les contrats d'assurance de l'hôte», affirme l'entrepreneur. D'après lui, «l'esprit de convivialité» qui définit ce service suffirait à éviter ces problèmes. «Il faudrait déjà que le convive ait le culot de reprocher à son hôte le fait d'avoir trop bu!»

Pour Didier Chenet, en revanche, «une solution serait que l'hôte déclare son activité en préfecture afin, qu'ensuite, on soit en droit de le contrôler, car comme nous l'avons évoqué avec la secrétaire d'Etat au Commerce, il est impossible aujourd'hui d'organiser des visites de contrôle chez des particuliers.»

Au secrétariat d'État au Commerce, le sujet fait l'objet d'une sérieuse réflexion. «Nous avons pleinement conscience de ce phénomène en développement, il s'agit d'une évolution des modes de consommation. Nous sommes mobilisés pour évaluer ce nouveau mode de consommation, afin de pouvoir accompagner son développement de manière harmonieuse avec la restauration traditionnelle», déclare Martine Pinville. «C'est ainsi notamment que, dans le cadre des travaux du Comité de filière Restauration qui se dérouleront à l'automne, nous examinerons, avec les professionnels, les mutations induites par le développement de l'économie collaborative.»

En attendant, les Airbnb de la restauration grossissent et se multiplient. «Si rien n'est fait pour encadrer ces pratiques, on pourra compter 20.000 restaurants clandestins en France d'ici à trois ans», prédit Didier Chenet. Venu des Pays-Bas, et surtout présent en Asie, Withlocals pourrait d'ailleurs mettre le couvert en France, attisant la concurrence dans la nouvelle restauration collaborative.

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr

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