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La collecte de vêtements coûte cher aux associations

Le Figaro10/11/2011 à 19:41
La baisse de la qualité des textiles récupérés pèse sur l'activité de tri des organisations caritatives qui espèrent voir enfin décoller la filière recyclage créée par le gouvernement en 2007.

Les Français «consomment» environ 700.000 tonnes de textiles d'habillement, chaussures et linge de maison par an, soit environ 11 kilos par habitant. Sur ce total, seules 125.000 tonnes sont collectées chaque année. Pour se débarrasser de leurs vêtements usagés, 48% des Français les donnent directement à des associations caritatives ou d'insertion, selon une enquête menée par la société Eco TLC. A elle seule, l'association Emmaüs en particulier viases Relais répartis sur tout le territoire national collecte environ 85.000 tonnes de vêtements par an. De son côté, la Croix Rouge en a récupéré autour de 20.000 tonnes en 2010 et le Secours Populaire plus de 8400 tonnes.

«Notre priorité est de collecter des pièces directement réutilisables que nous donnons aux plus démunis, vendons dans notre réseau de 300 boutiques ou exportons à l'étranger, notamment en Afrique ou en Europe de l'Est», explique Valérie Fayard, déléguée générale adjointe au pôle Appui et Développement d'Emmaüs France. La vente de ces textiles a rapporté 74 millions d'euros à l'association en 2010, reversés dans les actions sociales et le paiement des salaires. La Croix Rouge a enregistré 9 millions d'euros de ventes l'année dernière, dans son réseau de plus de 780 «vestiaires» et «vestiboutiques». «La collecte, qui nous coûte de 300 à 400.000 euros par an, est en augmentation chaque année», souligne Didier Piard, son directeur de l'action sociale.

Recrudescence des textiles «jetables»

Selon Valérie Fayard, «la rentabilité de cette activité varie d'année en d'année, et dépend largement de la qualité des textiles que nous collectons». Or, la part des vêtements directement réutilisables ne cesse de baisser. «Aujourd'hui, le 'réemploi' représente 40% de la collecte, tandis qu'il pesait encore 60% il y a 15 ans», ajoute la responsable. L'ouverture du marché mondial du textile a conduit à une recrudescence des vêtements de mauvaise qualité, voire «jetables». «Les conditions de tri des textiles se sont modifiées», constate Marc Castille, directeur des relations extérieures et institutionnelles du Secours Populaire.

Les associations doivent trouver des solutions pour les vêtements non utilisables, dont 45% sont recyclés et 15% incinérés ou enfouis. Ce qui coûte cher. «Il faut entreposer ces textiles, ce qui alourdit les charges de logement, les factures d'eau et de chauffage. De plus, s'il n'y a pas d'accord avec les collectivités locales, apporter ces stocks à la déchetterie est payant, le tout, sans compter les frais de transport», souligne Marc Castille.

Une filière qui peine à décoller

Face à cette situation critique, Martin Hirsch, alors président d'Emmaüs France, avait tiré la sonnette d'alarme dès 2005. Les débats ont conduit au vote, fin 2006, de l'article L.541-10-3 du code de l'environnement qui a posé les bases d'une filière de récupération des textiles, officiellement créée en juin 2008. Le principe est simple : les professionnels du textile doivent contribuer au recyclage et au traitement des déchets, soit en mettant en place leur propre système soit en s'acquittant d'une taxe, dite «taxe Emmaüs», qui soutient les opérateurs de tri.

«Avec un tel gisement de textiles mis sur le marché tous les ans, le secteur a un fort potentiel», estime Valérie Fayard. Selon elle, les entreprises privées s'intéressent de nouveau à ce marché, après l'avoir déserté. Un constat que ne partage pas Marc Castille. «Pour l'instant, la filière créée par le gouvernement n'est pas très efficace», juge-t-il. Jean-Paul Dupuy, ingénieur au sein de la Direction Consommation durable et Déchets de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), en convient. «Le démarrage de la filière a été assez lent, car il a fallu mettre en place le dispositif. Mais nous allons enclencher la deuxième vitesse dès 2012, afin que le recyclage du textile prenne une autre dimension, comme cela a été fait pour les métaux et le papier.»

A la recherche de nouveaux débouchés

A l'horizon 2015-2020, les pouvoirs publics espèrent «valoriser» (c'est-à-dire réemployer ou recycler) 50% des tonnages de textile mis sur le marché, soit environ 350.000 tonnes. «La technologie de tri optique, encore en développement, offre des perspectives intéressantes car grâce à l'infrarouge, elle détecte la composition des matières, ce qui permet d'affiner le tri en amont», explique Jean-Paul Dupuy. La filière doit par ailleurs trouver de nouveaux marchés. «Les débouchés actuels, comme le chiffon d'essuyage ou les produits d'isolation, sont saturés ou peu rentables pour les trieurs. Il faut donc soutenir la recherche et le développement de nouveaux débouchés susceptibles d'absorber des quantités significatives de textile.» Pour réaliser ses ambitions, la filière courtise d'autres secteurs industriels tels que le génie civil, le bâtiment, l'emballage, la chimie ou la plasturgie.

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