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Épargne : les professionnels tirent la sonnette d'alarme

Le Figaro26/04/2012 à 21:16
Les banques, les compagnies d'assurances et les sociétés de gestion ont profité de la campagne présidentielle pour attirer l'attention des candidats sur les conséquences des décisions à venir.

Banques, compagnies d'assurances, sociétés de gestion: ce sont ces acteurs qui, pour l'essentiel, font fonctionner les circuits qui permettent de recycler l'épargne des Français en crédits aux ménages, aux entreprises ou aux États, et en placements. Or, ces circuits de l'épargne font face à un triple choc: un krach larvé des marchés depuis déjà quatre ans, une réforme réglementaire profonde et une pression fiscale croissante.

Dans ce contexte, à l'approche de la présidentielle, les professionnels n'ont cessé de tirer la sonnette d'alarme. Livre blanc de Paris-Europlace, livre blanc de l'Afic (capital-investissement), manifeste des assureurs «pour une politique d'épargne à long terme», panorama du financement de l'économie par les banques françaises, travaux de la Cour des comptes sur l'assurance-vie et, bientôt, sur le rôle de l'État dans le financement de l'économie... les contributions au débat national sur l'épargne se sont multipliées.

Corriger l'impact des réglementations internationales

Objectif: attirer l'attention des candidats à la présidentielle sur les conséquences des décisions à venir. Car l'échéance provoque autant de craintes que d'espoir. La crainte, c'est que les futurs maîtres de Bercy, sur fond d'austérité budgétaire et de chasse aux sorcières financières, imposent des coupes dans les avantages fiscaux de certains placements - l'assurance-vie en tête - au risque d'ébranler les circuits de financement qu'ils supportent.

L'espoir, c'est que les pouvoirs publics puissent, d'un coup de baguette magique fiscale, corriger à la fois l'impact des réglementations internationales en préparation qui tordent le bras des banques et des assureurs, mais également les conséquences de la désaffection des particuliers vis-à-vis du risque.

Car l'investissement en actions apparaît comme le grand malade du moment, pourtant unique source de fonds propres pour les entreprises. «Le placement en actions est le plus taxé, alors qu'il est le plus risqué et le plus utile au financement de l'économie», se désespère Gérard Mestrallet, président de Paris Europlace (et de GDF Suez). Les actions sont d'autant plus à la peine que les assureurs, grands acheteurs traditionnels, sont découragés d'investir sur ces supports par la réforme prudentielle Solvabilité 2.

Le livret A, une bête noire

De façon générale, les nouvelles réglementations internationales applicables au secteur financier appuient là où ça fait mal. Les règles de Bâle 3 empêchent ainsi les banques d'utiliser l'argent placé à court terme pour le prêter à long terme. Cette activité de «transformation» est pourtant clé en France, où la crise a encore accentué le biais traditionnel des épargnants en faveur des placements liquides et sans risque au détriment de l'épargne longue.

Pour y remédier, les banques militent pour la création d'un livret long terme défiscalisé. Quitte à piocher un peu dans la corbeille de l'assurance-vie, dont la collecte s'est effondrée l'an dernier.

Banquiers, assureurs, bancassureurs, sociétés de gestion, chacun prêche pour sa paroisse et se dit le mieux placé pour collecter efficacement les flux d'épargne et les placer utilement. Tous jouent aussi sur la corde nationale. Car à détourner l'épargne des Français des placements financiers au profit de l'immobilier notamment, l'économie nationale prend le risque d'être de plus en plus dépendante des capitaux étrangers. «Le capital-investissement, qui gère plus de 80 milliards d'euros investis dans 5.000 entreprises en France, est désormais financé par l'épargne étrangère», s'alarme Hervé Schricke, président de l'Afic (Association française des investisseurs en capital).

Le débat le plus féroce est bien franco-français. Il porte sur le livret A, placement préféré des Français mais bête noire des collecteurs de tout poil. Avec son taux attractif de 2,25 % net d'impôt assorti à une liquidité immédiate, ce produit d'épargne a failli battre un record de collecte l'an dernier.

Les banques, qui se sont battues pour le distribuer, ne l'aiment pas car un tiers seulement de ses 336 milliards d'encours leur revient. Le reste est centralisé à la Caisse des dépôts, qui s'en sert notamment pour financer le logement social. De leur côté, les assureurs détestent le livret A car son rendement sans risque commence à faire pâlir les performances de l'assurance-vie, en perte de vitesse. Le lobby des uns et des autres a été très actif l'hiver dernier pour obtenir le gel à 2,25 % de la rémunération du fameux livret, alors que le niveau de l'inflation aurait pu justifier son relèvement.

Autant dire que la proposition du candidat François Hollande de doubler le plafond du livret défiscalisé est vue d'un mauvais œil par les institutions financières. Cela ferait, en revanche, les affaires de la Caisse des dépôts, dont les fonds d'épargne sont de plus en plus sollicités. La guerre de l'épargne ne fait que commencer.

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