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Découvrez l'Hexagone Balard, un Pentagone à la française

Le Figaro22/01/2016 à 19:20

EN IMAGES - Alors que la Cour des comptes se penche sur le financement du méga-chantier du ministère de la Défense, Le Figaro immobilier vous fait découvrir ce qui se cache derrière les grilles et murs de ce bâtiment hors normes.

Des chiffres à donner le tournis. L’Hexagone Balard, nouveau siège du ministère de la Défense s’étend sur 13,5 hectares avec près de 150.000 m² de locaux et doit accueillir à terme 10.000 personnes sur place. Mais derrière cet immense chantier dont le principe est lancé dès 2009 et qui a déjà suscité des polémiques se cache aussi un intéressant projet architectural et urbanistique que le Figaro immobilier vous fait découvrir.

«Il s’agit d’un projet urbain, pas d’un projet monumental souligne Nicolas Michelin, architecte, coordonnateur de l’ensemble du projet urbain et concepteur du bâtiment principal. Notre première idée a été de nous inscrire dans le prolongement du quartier, de nous accrocher sur une voie verte qui traverse la parcelle et qui pourra, un jour, passer sous le périphérique.» Mais au-delà de ces idées d’urbanisme, restait à décider à quoi devrait ressembler ce bâtiment. «Un ministère de la Défense on n’y met jamais les pieds, on a du mal à se racrocher à un imaginaire, admet Nicolas Michelin. La tentation est grande de donner dans le pompeux, le symétrique, le costaud ou alors d’opter pour un bunker à la façon du Pentagone.»

Des cheminées d’aération naturelle symbolisant les trois armes

Au final, rien de tout cela n’a été retenu: les architectes ont opté pour une façade blanche côté rue, tout en discrétion même si elle se remarque. Elle est censée incarner le concept abstrait de souveraineté sans trop montrer ses muscles. En revanche, l’autre «façade» est bien plus visible depuis le périphérique parisien: une immense toiture noire cosntitué de multiples facettes intégrant de discrets panneaux solaires et évoquant les bombardiers furtifs. L’architecte explique au passage que les trois protubérances de la toiture symbolisent l’Armée de terre, la Marine nationale et l’Armée de l’air et cachent des cheminées apportant une ventilation naturelle des bâtiments efficace 60% de l’année.

Mais le plus frappant encore, une fois franchis les divers portiques et contrôles de sécurité, c’est une certaine légèreté de l’ensemble. On sait pourtant que le poids d’acier coulé sous les pieds des visiteurs équivaut à celui de deux tours Eiffel et qu’il y a là un abri anti-atomique faisant office de centre de commandement. La parcelle abritant le bâtiment principal est aussi très densément construite mais la quasi-totalité des bâtiments sont sur pilotis et 60% de ce bout de terrain est planté. L’inspiration des pilotis est à chercher du côté de la faculté de Jussieu. «J’ai toujours aimé ce bâtiment, confesse Nicolas Michelin. Avec ces pilotis on reste au milieu des jardins, à l’abri de la pluie et du vent.»

Impératif de sécurité

L’impératif de sécurité n’en reste pas moins partout présent et n’a cessé de se renforcer ces derniers mois. C’est ainsi que les allées ont dû accueillir une multitude de plots de béton non prévus à l’origine. Même pour les véhicules autorisés ayant franchi les contrôles, il fallait éviter qu’un véhicule ne puisse se transformer en voiture-bélier.

L’autre élément qui atténue la lourdeur des lieux, c’est le recours à la couleur. Un traitement «pixellisé» avec une multitude de carreaux de couleurs différentes venant atténuer l’épaisseur des murs en béton renforcé. Le blanc de la façade extérieure décliné sur six nuances laisse sa place à un camaïeu de blocs vitrés verts évoquant les camouflages militaires ainsi qu’à des déclinaison de bleu lorsque l’on se rapproche du cœur du bâtiment, la zone des hautes autorités.

C’est dans ce secteur, le plus sécurisé de l’ensemble, que les fenêtres des bureaux donnent sur une cour intérieure fermée en forme d’hexagone expliquant le nom du lieu. Faut-il y voir un lien de parenté avec le Pentagone américain? Les avis divergent. «Il s’agissait de permettre à tous les services de travailler ensemble, explique Nicolas Michelin. Et cet hexagone central, offre six directions possibles, il n’y a aucune référence au Pentagone.» De son côté, Jean-Paul Bodin, secrétaire général pour l’administration du ministère de la Défense, reconnaît que les militaires ont bien visité le Pentagone en 2008 en phase de préparation du projet et en ont gardé des sources d’inspiration.

Coût global: 3,4 milliards d’euros

Ce dernier responsable tente par ailleurs de déminer les polémiques sur le coût de ce projet. En passant par un Partenariat public-privé pour mener à bien le projet et en versant une redevance annuelle de 150 millions d’euros, l’opération coûtera au total 3,4 milliards d’euros. Or la construction en elle-même, malgré le secret qui entoure le chantier (aucun chiffre précis n’est divulgué pour donner le moins de renseignements sur ce qui a été fait sur place), ne doit guère dépasser le milliard d’euros. Une sacrée différence...

«D’une part, l’armée ne pouvait mobiliser sa trésorerie sur ce seul projet et d’autre part la redevance annuelle couvre bien plus que la construction des bâtiments: tous les sytèmes d’information, la restauration, le nettoyage, la maintenance et l’énergie. Ces 150 millions annuels ne coûteront rien de plus qu’avant au contribuable puisqu’ils correspondent aux dépenses de fonctionnement que nous avions auparavant sur les 12 sites sur lesquels nous étions répartis.»

Quant au coût astronomique de ce qui semble être de petits travaux (13.600 euros pour remplacer un bloc scanner et imprimante avait révélé Challenges), cela tiendrait aux règles de sécurités très strictes régissant toutes les communications dans le bâtiment et nécessitant des espaces spécifiques pour éviter que ces copies ne soient piratées. Une facture difficile à avaler tout de même. A noter, enfin, malgré ce louable effort de regroupement des services de l’Armée, le ministre de la Défense semble bien décidé à rester basé à l’hôtel de Brienne. «Il est là de temps en temps , notamment pour des réunions importantes au centre opérationnel, explique Jean-Paul Bodin en évoquant Jean-Yves Le Drian. Nous pouvons continuer à fonctionner de cette manière, cela marche très bien.»

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr

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