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Collectionneur... de paysages

Le Figaro06/07/2012 à 19:02
Frédéric Coustols a eu plusieurs vies, l'une dans le monde des affaires l'autre dans les vieilles pierres d'un bout à l'autre du monde. Avant goût de son nouveau projet de 30 millions d'euros à Lisbonne.

Frédéric Coustols .


Frédéric Coustols . Crédits photo : credit DR

Aujourd'hui, il est à Lisbonne. Demain en Gascogne. Après-demain en Chine ou en Russie. Sa quête? Restaurer de vieilles pierres, leur rendre leur âme, apprendre les traditions d'un lieu, amener ceux qui l'habitent à voir d'un autre œil ce qui les entoure. «Je suis passionné d'architecture vernaculaire (liée à un terroir, NDLR)»,explique-t-il. Né par hasard pendant la Seconde Guerre mondiale dans le Sud-Ouest, parce que ses parents s'y étaient réfugiés, Frédéric Coustols y a passé ses vacances. C'est là qu'il mène sa première aventure immobilière en achetant un village entier en ruines, Castelnau des Fieumarcon. Un village restauré dans l'esprit d'autrefois qu'il loue aujourd'hui pour des événements ou qu'il prête à des artistes ou des économistes venus d'horizons divers.

En juillet, certains plancheront ici sur des solutions pour sortir le Portugal de son impasse financière. Utopie? Frédéric Coustols, qui a fait fortune en revendant ses parts dans GrandOptical à la fin des années 1990, laisse libre cours à sa passion pour la pierre et les rencontres.

«J'ai d'abord réalisé des projets autour de vieilles pierres pour préserver leur histoire, faire vivre des lieux. Mais avec le temps, je m'aperçois que posséder n'est rien, ce qui compte c'est de préserver et de montrer des paysages. Ils appartiennent à tout le monde, nul n'en est propriétaire, mais aujourd'hui on les massacre»,s'indigne-t-il. À 35 ans, il avait déjà acheté une rue de Boston. Chestnut Street, ça ne s'invente pas. Un peu plus tard, il tombait amoureux d'un domaine dans le Matto Grosso au Brésil. Passion déçue, trop difficile à mettre en valeur. Avant de craquer en 1994 pour un palais de 3700 mètres carrés à Lisbonne. Puis de filer en Chine où il a passé trois ans à reconstruire un village.«J'ai travaillé avec l'université chinoise de Guangzhou (Canton) amenant les étudiants qui ne connaissaient pas la campagne à découvrir un autre monde et les villageois à réaliser combien les montagnes qui les entourent étaient belles.» Et de partir, à la demande d'un oligarque russe, réhabiliter une ancienne usine à Rostov. «Dans tous mes projets, c'est la même chose, je suis absorbé par un lieu, une architecture, une ambiance. Mon plaisir ce sont les rencontres.»

Ranimer l'âme de l'Alfama

Le palacio Belmonte à Lisbonne.


Le palacio Belmonte à Lisbonne. Crédits photo : DR

Aujourd'hui, il veut donner une nouvelle vie à un quartier de Lisbonne, l'Alfama. C'est là qu'est niché le Palacio Belmonte, sur les hauteurs de la capitale portugaise à deux pas du parc San Giorgio avec une vue plongeante sur le Tage. En un jour, il a acheté ce palais du XVe siècle construit sur des ruines romaines et maures. «C'est lui qui m'a choisi.» Restauré avec les techniques anciennes et le souci du détail, c'est maintenant un petit boutique-hôtel de onze suites donnant sur un jardin odorant. «J'ai investi 26 millions d'euros ici», reconnaît-il. On y vit comme dans une maison de famille menée, allegro, par Maria, son épouse, tandis qu'au rez-de-chaussée des étudiants viennent jouer du piano et que les touristes jettent un œil interrogateur sur une œuvre d'art en forme de nuage gris suspendue dans la cour. Un lieu à part où ont séjourné Serge July, Jeremy Irons, Christian Louboutin, le pianiste Elisha Abas ou, il y a une dizaine de jours, Robert Pattinson. Un palais qui aura bientôt son prix du court-métrage (remise prévue en décembre avec un tournage sur place à la clé).

Le palacio Belmonte à Lisbonne.


Le palacio Belmonte à Lisbonne. Crédits photo : DR

À ses portes, sur un terrain qui appartient à la municipalité, Frédéric Coustols a un nouveau rêve. Il veut agrandir de 2800 m² le Palacio et redonner vie à tout un quartier aujourd'hui en friche. Un projet d'une trentaine de millions d'euros pour lequel il cherche des co-investisseurs. Un fonds britannique et un fonds russe seraient intéressés. L'idée serait de proposer dans un deuxième temps à des particuliers d'acheter les nouvelles suites, d'y séjourner quelques semaines et de les donner en exploitation hôtelière le reste du temps. Sur le modèle de ce que fait le Club Méditerranée avec ses villas de l'île Maurice ou ses chalets de Valmorel et de ce que pratiquent de grands groupes hôteliers comme Four Seasons.

Le palacio Belmonte à Lisbonne.


Le palacio Belmonte à Lisbonne. Crédits photo : JOE CONDRON

«Il y aura aussi des logements sociaux, des commerces vitrines du savoir-faire des gens d'ici, une pâtisserie, une maison de thé, car Lisbonne a été la ville du commerce, des espaces pour les artistes», imagine déjà Frédéric Coustols. Un projet qui doit être le fruit du partage des cultures qui l'anime: ce sont des architectes chinois qui concevront le nouveau programme, contrepoint contemporain du palacio. Boucle bouclée.

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