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A Londres, de luxueuses propriétés tombent en ruine

Le Figaro29/03/2014 à 12:00

Dans l'une des rues les plus chères de Londres, Bishops Avenue, de magnifiques palais sont laissés à l'abandon par leurs riches propriétaires. Le montant de ces biens restés vacants serait estimé à plus de 420 millions d'euros.

Qui vit à Bishops Avenue, l'une des artères les plus chères de Londres? Pas grand monde si on en croit une enquête du quotidien britannique The Guardian qui a récemment découvert que le tiers des demeures de cette avenue huppée, située au nord de la ville près d'Hampstead, était vide, soit l'équivalent de 120 chambres. Et parmi ces maisons inoccupées, 16 seraient en état de délabrement et pour certaines inhabitées depuis 25 ans! Au total, le montant de ces biens restés vacants serait estimé à 350 millions de livres, soit 423 millions d'euros.

Armé d'une caméra, le journaliste Robert Booth est parvenu à pénétrer dans plusieurs de ces palais défraîchis au décor très sinistre. Là, le plafond est tombé et des débris humides jonchent le sol. Ici, la végétation a repris ses droits dans cet escalier, recouvert de mousse et de fougères. Dans ce qui était autrefois la salle de bal, l'eau continue de ruisseler sur les murs moisis.

Parmi les propriétaires, des familles saoudiennes

En dépit de cet état de délabrement, les riches propriétaires de ces demeures pourraient pourtant faire une incroyable plus-value s'ils décidaient de les revendre. L'enquêteur du Guardian a découvert qu'un des manoirs valait seulement 1,125 million de livres en 1988 (l'équivalent de 1,36 millions d'euros) contre 73 millions de livres aujourd'hui, soit 88 millions d'euros.

Une autre maison laissée à l'abandon avenue Bishops. Crédits photo: Google Maps.
Une autre maison laissée à l'abandon avenue Bishops. Crédits photo: Google Maps.

Mais à qui appartiennent ces demeures? Une dizaine d'entre elles auraient été achetées en 1989 et 1993 et appartiendraient à de riches familles saoudiennes, dont des membres de la famille royale. D'autres ont été acquises par des sociétés basées dans des paradis fiscaux comme Panama, les Bahamas ou encore Curaçao. Sans oublier de riches propriétaires comme le magnat de la presse Richard Desmond, et Poju Zabludowicz, un collectionneur d'art milliardaire.

Une situation «immorale»

La proportion de logements vides sur le plus prestigieux tronçon de l'avenue Bishops est dix fois plus élevée que dans le reste de l'Angleterre, qui compte au total 710.000 logements vides. Une situation qui ne manque pas de scandaliser le maire londonien Boris Johnson. L'élu a appelé les propriétaires à vivre dans leurs maisons ou à les louer. Il a même réclamé au gouvernement une taxe pour les maisons laissées vides, mais sans succès.

The Bishops avenue est située au nord de Londres. Crédits photo: Google Maps.
The Bishops avenue est située au nord de Londres. Crédits photo: Google Maps.

L'association «Homes from empty homes» se bat depuis 1992 pour faire baisser le nombre de logements vacants en Angleterre et aider les sans-abris. Alerté sur ces palais inhabités, son président David Ireland a dénoncé dans le Guardian une situation «immorale»: «Il y a un nombre incroyable de personnes mal-logées qui pourraient bénéficier de ces maisons sur l'avenue Bishops».

Interrogé par le quotidien London Evening Standard, un habitant qui vit dans une maison composée de 12 chambres et d'une valeur de 8 millions de livres estime que ses voisins paient suffisamment d'impôts pour faire ce qu'ils veulent avec leurs biens. «Ils font bien ce qu'ils veulent, ils ne prennent rien à personne», a déclaré Pablo Teixeira qui rappelle que les impôts locaux sont extrêmement élevés.

Et à Paris? Il est très difficile de trouver des données sur les hôtels particuliers abandonnés dans la capitale. En revanche, on sait déjà que 193.000 logements - soit 14% du parc parisien - correspondent à des résidences secondaires, logements occasionnels ou biens vacants, selon l'agence Data Publica qui a analysé des chiffres de l'Insee. Parmi les arrondissements les plus touchés par ce phénomène, les Ier, IIème, VIème et le VIIIème, comptent entre 26 et 29% de logements vacants et secondaires.

Le pourcentage de logements vacants et secondaires par arrondissements, selon des données de l'Insee analysées par Data Publica.
Le pourcentage de logements vacants et secondaires par arrondissements, selon des données de l'Insee analysées par Data Publica.

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