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Une finance climat émerge en Afrique

Novethic06/11/2016 à 18:56

Une finance climat émerge en Afrique

L’édition 2016 du Climate Finance Day s'est tenue le 4 novembre 2016 à Casablanca, trois jours seulement avant la COP22. Les acteurs financiers mobilisés sur le climat ont affiché leur intention de parler finance verte pour l'Afrique. Si les voix africaines étaient moins nombreuses que les autres, l'idée de verdir les économies émergentes, notamment via des green bonds, a bien fait son chemin. L’accent a été mis sur l’agriculture, question clef pour le climat et le développement du continent, souvent oubliée au profit de l’énergie.

Réunir la communauté financière internationale sur le financement du développement africain est en soi une gageure. A fortiori quand on y ajoute une dimension climatique. C'était pourtant le pari de la seconde édition du Climate Finance Day, co-organisé par la place financière de Casablanca et Paris Europlace.

Loin de l'excitation solennelle de l'année précédente, le Climate Finance Day a réuni plusieurs centaines de personnes venues d'une trentaine de pays. Des participants sensibilisés à l’idée que le continent africain concentre une bonne partie des pays les plus vulnérables face au changement climatique.

Au cœur des débats, une seule question : comment attirer le capital existant, massivement détenu par de grands investisseurs privés, vers des investissements verts en Afrique ? Ils sont par nature considérés comme trop risqués, parce qu’il s’agit souvent d’innovations dont les modèles économiques semblent encore incertains et parce qu’il faut investir sur un continent mal noté au plan financier. 

 

Un besoin massif d'investissements

 

Sean Kidney, le fondateur de la Climate Bonds Initiative, a interpellé le public du Climate Finance Day en évoquant la nécessité de faire évoluer rapidement la notion de risque financier : "Les besoins d'infrastructures vertes en Afrique sont colossaux. Il faut un plan massif de financement pour les construire. Casablanca n'a, par exemple, qu'une ligne de tramway et des embouteillages monstres, source de CO2 et de pollution. Pourquoi le capital privé des banques et des grands investisseurs institutionnels continue à aller massivement vers les obligations à taux négatif d'États européens, sous prétexte qu'ils sont bien notés au plan financier et pas à des financements de projets de cette nature ? La notion de risque doit évoluer. Les risques climatiques sont aussi financiers !"

L’appel a été entendu au Maroc, où ont été annoncées, dans le cadre du Climate Finance Day, le lancement des deux premières green bonds du pays ainsi que la publication par l’Autorité marocaine des marchés d’un guide de recommandations pour les émissions d’obligations vertes en Afrique. Masen, l'agence marocaine de l'énergie solaire, est le premier émetteur de green bond nationale.

 

Le Maroc en première ligne

 

Son président Mustapha Bakkoury a annoncé – avec fierté – une émission d’un montant de 100 millions d'euros, garantie par l’État et certifiée par la Climate Bond Initiative. Elle va financer trois projets photovoltaïques dans le pays, dont un à Ouarzazate.

Une autre émission suivra dans les semaines qui viennent, portée par la Banque marocaine du commerce extérieur. Son directeur général, Brahim Benjelloun-Touimi, a annoncé qu’elle serait de 50 millions d'euros et bénéficierait d’une analyse de Vigeo sur ses qualités sociales et environnementales. L’agence de notation extra financière, déjà très implantée au Maroc, a développé depuis trois ans une activité dédiée à l’accompagnement des green bonds.

Ces green bonds marocaines viennent rejoindre un mouvement lancé sur le continent par la Banque africaine de développement, qui a fait ses premières émissions fin 2015, ainsi que par l’IFC, la branche privée de la Banque mondiale, qui a lancé une green bond cotée sur la place financière de Johannesburg au même moment.

De son côté, le Kenya a lancé, à l’été 2016, le projet d’émettre une des toutes premières obligations vertes d’État, qui prendra corps début 2017. 

 

La question agricole vitale pour le climat

 

Si la finance climat africaine s’éveille, il reste à trouver les moyens de l’orienter vers un modèle d’agriculture durable préservant les terres déjà très dégradées, en particulier par la déforestation. C’est impératif pour espérer respecter l’objectif des 2 degrés, inscrit dans l’Accord de Paris.

Or 60% des engagements de réduction des émissions (INDC) publiés par les États africains concernent l’agriculture. "La solution est sous nos pieds en termes d’adaptation et d’atténuation du changement climatique. C’est l’agriculture verte. Elle peut permettre de séquestrer 3 gigatonnes de CO2 par an, soit 30% des émissions générées par les énergies fossiles", a rappelé Monique Barbut, Secrétaire générale du Programme des Nations Unies de lutte contre la désertification (UNCCD). Et d'ajouter : "Il faut 300 milliards de dollars par an pour atteindre la neutralité de la dégradation des sols et compenser les 2 milliards d’hectares de terres dégradées et les 500 millions d’hectares de terres abandonnées. Nous devons trouver les moyens de le faire auprès du secteur privé"

Et il va falloir faire preuve d’ingéniosité et d’innovation financière, puisque l’agriculture durable est d’abord une affaire de petits producteurs locaux. "Les ingénieurs financiers doivent inventer les moyens d’adapter leurs modèles à ces micro-structures", a rappelé Carlos de Freitas, Directeur des programmes au Fonds mondial pour le développement des villes (FMDV), qui développe un cadre favorable pour ce type d’investissement.

Le mouvement est en tout cas lancé, puisque le fonds onusien LDN, dont la création a été confiée à Mirova, la société de gestion française dédiée à l’investissement responsable, sera officiellement lancé à la COP22. Destiné à massifier la lutte contre la dégradation des terres, le projet avait été annoncé fin 2015, dans le cadre de la COP21.

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