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Un sommet romain à quatre pour déminer le Conseil européen

Reuters22/06/2012 à 11:21

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Les dirigeants des poids lourds de l'euro - Allemagne, France, Italie, Espagne - tenteront vendredi à Rome de s'accorder sur les contours d'un paquet de mesures de relance économique et de stabilisation financière susceptible de rassurer les marchés.

Objectif : déminer le Conseil européen des 28 et 29 juin, jugé une fois de plus "décisif" face aux nouveaux risques de tourmente financière dans une zone euro en panne de croissance et sous surveillance de ses partenaires non-européens du G20.

Angela Merkel, François Hollande, Mario Monti et Mariano Rajoy, qui se pencheront également sur la crise du système bancaire espagnol, les tourments de la Grèce et la situation préoccupante de l'Italie, s'accordent au moins sur une chose : une obligation de résultat dans huit jours à Bruxelles.

"Il faut un accord ambitieux, pas au rabais" le 29 juin, souligne-t-on de source gouvernementale française.

Sont notamment sur la table la question d'une supervision commune du système bancaire de la zone euro, avec un système européen de garantie des dépôts, et celle d'une mutualisation au moins partielle de la dette européenne.

La chancelière allemande reste arc-boutée sur son refus d'envisager toute mutualisation des dettes des Etats de la zone euro, que ce soit sous la forme d'obligations européennes ou par un autre biais, avant une intégration politique plus poussée.

Pour tenter de contourner le "nein" de Berlin, la France s'appuie notamment sur l'idée d'un fonds d'amortissement de la dette européenne, une solution intermédiaire pour l'endettement au-delà de 60% du PIB d'un pays, qui a l'avantage d'être avancée par le Conseil des experts économiques allemands.

Dans un mémorandum transmis la semaine passée à ses partenaires, François Hollande propose désormais d'inscrire la mise en place de véritables obligations européennes dans une perspective à 10 ans et non plus à court terme.

LONDRES PLUS FÉDÉRALISTE QUE PARIS ?

La France admet également la nécessité d'une intégration européenne accrue mais par étapes et strictement subordonnée à la mise en place de nouveaux instruments de relance économique, de solidarité et de stabilisation financières.

Selon une source diplomatique, le Royaume-Uni, d'habitude opposé à une intégration européenne poussée, appuie pour sa part pour la première fois une approche de type fédéral de la gestion de la zone euro, dont il subit la crise économique.

François Hollande, qui n'a pas, comme c'est la tradition, recherché un accord avec l'Allemagne avant de présenter ses propositions, a trouvé un allié en Mario Monti, dont le pays emprunte à des taux plus de trois fois et demi plus élevés que l'Allemagne et plus de deux fois plus élevés que la France.

Le président du Conseil italien a souhaité mardi, au sommet du G20, au Mexique, que le Mécanisme et le Fonds européens de stabilité financière (MES et FESF) puissent acheter de la dette émise par les pays de l'euro les plus en difficulté pour en faire baisser le coût.

Une proposition appuyée par François Hollande, pour qui "les pays vertueux, comme l'Italie, qui a rétabli ses comptes publics", doivent pouvoir emprunter à des taux différents de ceux de pays considérés "comme n'ayant pas fait d'efforts".

Il a cependant admis que ce n'était encore qu'une idée.

La présidence française attend au moins du mini-sommet de Rome "le constat d'un certain nombre de convergences", après un mois de discussions intenses et parfois de frictions dans un couple franco-allemand de nouveau en première ligne.

L'exercice est considéré à Bruxelles d'un oeil nettement plus prudent. "On est encore un peu loin d'un consensus tant on part de positions éloignées", dit-on de source européenne. "On ne fera pas un compromis contre les Allemands mais avec eux. Il faut trouver le moyen de les faire bouger."

Le débat porte tout autant sur des questions de tempo que de contenu : quel degré de solidarité entre les pays de la zone euro peut-il être instauré dès maintenant et qu'est-ce qui peut être étalé dans le temps ?

LA TTF PARAÎT ACQUISE

Le volet qui semble poser le moins problème est celui des mesures immédiates de relance de la croissance, souhaitées par François Hollande et chiffrées par lui à 120 milliards d'euros.

Un compromis sur ce volet devrait être facilité par l'accord conclu jeudi par le gouvernement conservateur allemand et son opposition sociale-démocrate sur des mesures en faveur de la croissance, en échange du vote du SPD pour la ratification du pacte budgétaire européen conclu au début de cette année et du Mécanisme européen de stabilité financière (MES).

Gouvernement et SPD ont aussi décidés d'oeuvrer à la mise en place d'une taxe sur les transactions financières dans l'Union européenne - une mesure également défendue par la France et qui paraît acquise, au moins sous forme de "coopération renforcée".

Le Royaume-Uni a fait savoir qu'il ne s'opposerait pas à ce que cette taxe soit introduite au sein de l'UE dans le cadre d'une telle coopération entre Etats volontaires.

Du côté de Paris, les informations qui ont commencé à filtrer sur les intentions du gouvernement en matière de rigueur budgétaire sont de nature à rassurer quelque peu Berlin sur le "sérieux" de la nouvelle administration socialiste française.

Les dirigeants allemands ont en effet toujours craint que les propositions françaises, y compris quand elles émanaient du prédécesseur de droite de François Hollande, Nicolas Sarkozy, dissimulent une tentation inavouée de laxisme budgétaire.

Avec Elizabeth Pineau et Yves Clarisse édité par Patrick Vignal

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