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Un déficit 2012 qui augure mal pour la suite

Reuters29/03/2013 à 15:45

LA DETTE ET LES DÉFICITS PUBLICS

par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - L'annonce vendredi d'un dérapage des finances publiques de la France en 2012 accentue la pression sur le gouvernement au moment où il négocie avec la Commission européenne les termes d'un report d'un an de son objectif de déficit prévu pour 2013.

La publication, en parallèle, d'une nouvelle baisse de la consommation des ménages en février complique en outre sa tâche en éloignant les perspectives d'un retour d'une croissance que le président François Hollande a dit jeudi vouloir "créer" sans attendre qu'elle revienne.

Prévu à l'origine à 4,5% du PIB, puis 4,6% une fois que Bruxelles a jugé qu'il devait intégrer le coût de sauvetage de la banque Dexia, le déficit public de la France pour 2012 est ressorti finalement à 4,8%.

Les ministres de l'Economie et du Budget, Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve, ont invoqué la conjoncture déprimée pour justifier cet écart et fait valoir que l'effort "structurel" promis pour 2012, soit une baisse de 1,2 point du déficit par rapport à 2011, avait été réalisé.

Pierre Moscovici a confirmé en outre que ce même déficit public se situerait fin 2013 autour des 3,7% retenus par la Commission européenne dans ses prévisions de février, Paris ayant reconnu que les 3% promis à l'origine pour cette année ne pouvaient être atteints.

Le gouvernement prépare pour la mi-avril une actualisation du programme de stabilité qui sous-tend sa trajectoire de baisse du déficit public, Bruxelles ayant ouvert la porte à un décalage dans le temps à condition qu'il soit ramené l'an prochain "nettement sous 3%".

RÉTABLIR LA CRÉDIBILITÉ

Pour Philippe Waechter, responsable des études économiques de Natixis Asset Management, le gouvernement aurait dû reconnaître plus tôt que les déficits 2012 et 2013 ne seraient pas tenus.

"On a le sentiment qu'on est toujours à la traîne, qu'on corrige toujours ex post. Ça donne le sentiment qu'on est toujours en retard par rapport à ce qui se passe", ajoute-t-il.

Dans ces conditions, l'économiste estime que la France n'a pas droit à l'erreur dans ses négociations avec la Commission européenne. "La nécessité d'avoir un programme clair sur 2013-2014 est essentielle pour rétablir la crédibilité", dit-il.

Dans son intervention sur France 2 jeudi soir, François Hollande a exclu d'en faire plus contre les déficits cette année et écarté l'idée d'un tour de vis fiscal supplémentaire pour l'an prochain, réaffirmant que l'effort nécessaire porterait sur les dépenses publiques.

"Si on veut tenir les objectifs, il va falloir réduire les dépenses de façon significative. Je ne suis pas sûr qu'on soit dans cette logique là pour l'instant", juge Philippe Waechter.

Axelle Lacan, économiste au Crédit agricole, estime pour sa part que, avec une croissance quasi nulle, des mesures supplémentaires pourraient s'avérer nécessaires dès 2013 "pour respecter un objectif de déficit acceptable".

S'agissant de 2014, elle reconnaît qu'il faut "croire sur parole" le gouvernement tant que le programme de stabilité actualisé ne sera pas dévoilé mais que des hausses d'impôt ne sont pas à exclure au vu de l'ampleur de l'effort à mener.

CONSOMMATION EN BERNE

Dans leurs dernières prévisions sur la France, les économistes de la Société générale prédisent que revenir sous le plafond de 3% de déficit public l'an prochain "demandera de prendre de nouvelles mesures qui limiteront un peu plus le rebond" attendu de l'activité.

Pour cette raison, ils n'attendent plus qu'une croissance de 0,5% en 2014, qui limiterait sévèrement les marges de manoeuvre du gouvernement et torpillerait les chances d'une embellie sur le front de l'emploi.

En attendant, le marasme de début 2013 a été confirmé par l'annonce d'une baisse de 0,2% de la consommation des ménages en biens en février, qui fait suite à un recul de 0,9% en janvier.

Sachant que la consommation de biens représente la moitié des dépenses des ménages et que ces dernières contribuent pour environ 50% au PIB, "l'hypothèse de l'Insee d'une croissance zéro de l'économie au premier trimestre paraît compliquée à tenir", souligne Philippe Waechter.

Pour Axelle Lacan, les Français privilégient en ce début d'année la reconstitution de leur l'épargne, dans laquelle ils ont puisé fin 2012 pour payer leurs impôts.

L'hypothèse est partagée par Hélène Baudchon, économiste de BNP Paribas. "Le rebond attendu du pouvoir d'achat, à la faveur de la diminution mécanique de la pression fiscale et du ralentissement de l'inflation, aurait pu entraîner avec lui la consommation des ménages, à comportement d'épargne inchangé", écrit-t-elle dans une note.

"Mais, à en juger par les mauvais chiffres de janvier et février, c'est la consommation qui fait office de résidu entre le revenu et l'épargne."

Edité par Jean-Baptiste Vey


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