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Trois questions à Xavier Gérard, gérant chez Optigestion - "Les acteurs du pétrole pourraient bien être les grands acteurs à venir de l'énergie" renouvelable"
information fournie par AOF04/11/2021 à 16:37

(AOF) - Que pensez-vous des débats actuels autour de l'ESG ?

Nos fonds ne sont pas encore labellisés. Pour autant, nous ne sommes pas exposés aux secteurs controversés comme les armes et le tabac. Nous faisons du E sans le dire. En revanche, il reste plus compliqué pour un gérant de faire précisément du G et surtout du S en raison de bases de données encore suffisamment précises. Ce manque de visibilité sur la réalité de l'ESG n'a pas empêché les investisseurs de s'y précipiter l'an dernier.

Selon moi, une bulle s'est constituée notamment autour des valeurs liées aux énergies renouvelables. D'un côté, ces entreprises engagent beaucoup de Capex sans dégager de free cash-flow dans un futur immédiat. D'un autre côté, les énergies renouvelables ne représentent que 6% de l'énergie produite dans le monde (en 2020) ; le défi et le potentiel est gigantesque, mais ce sont peut-être bien les acteurs du pétrole, qui disposent de free-cash flows considérables, qui seront les grands acteurs à venir de l'énergie renouvelable. Dans cette hypothèse, quel est le meilleur investissement pour l'actionnaire individuel ?

Etes-vous préoccupé par la Chine ?

La chine suscite depuis quelques mois une grande méfiance en raison du manque de visibilité de sa politique économique. Pas une semaine ou presque sans que Pékin n'annonce une nouvelle réforme le plus souvent pénalisante pour les secteurs concernés et notamment les nouvelles technologies, le e-commerce, l'éducation en ligne, les jeux vidéo, et plus récemment le logement. A date, il n'est pas certain que l'agenda réformateur soit achevé ; Il ressort donc une impression de confusion qui n'est pas propice à l'investissement, malgré des valorisations attrayantes. Aujourd'hui, Alibaba ou JD.com par exemple, ont des multiples de valorisation deux fois et demie moins chère que leurs concurrents américains alors que leurs perspectives semblent bien plus prometteuses.

Toute la stratégie du gouvernement chinois se base sur un constat démographique simple. Le pays paye le prix de décennies de contrôles des naissances. La population vieillit très rapidement et les jeunes ne sont pas suffisamment armés pour prendre la relève. Raison pour laquelle Pékin entend prendre toutes les mesures jugées nécessaires pour inciter les jeunes à travailler en étant mieux rémunérés, mieux formés avec un coût de l'éducation en ligne réduit, en meilleur santé par la pratique du sport et une moindre accoutumance pour les jeux vidéo, et un meilleur accès à l'immobilier résidentiel en réduisant la pression de la bulle spéculative.

L'objectif affiché du gouvernement est de renforcer la classe moyenne en imposant un meilleur cadre réglementaire. Il n'est pas d'affaiblir totalement les entreprises privées.

Pour autant, dans l'attente d'une meilleure visibilité, nous avons nettement réduit notre exposition à l'Asie à 18% dont 4% pour la Chine, contre 31% (Asie) et 24% (Chine) un an plus tôt, au sein de notre Sicav Optigest Monde.

Quels investissements privilégiez-vous ?

Nous regardons attentivement l'Europe. L'année 2022 s'annonce plutôt bien, notamment parce que l'argent des plans de relance aura un impact en 2022 et 2023, à l'inverse des USA qui ont déjà consommé cet afflux de liquidités. La croissance se tasse, mais à un niveau élevé. Les perspectives des entreprises restent encourageantes malgré les problèmes d'approvisionnement. A cet égard, nous privilégions les valeurs de croissance avec un pricing power suffisant pour répercuter l'inflation du coût des intrants sur les consommateurs comme celles du luxe d'une part, et les leaders du digital qui ne sont pas impactés par les hausses de matières premières, ou les ruptures logistique, à l'image de Microsoft par exemple.

Nous restons éloignés des valeurs bancaires car nous sommes persuadés que les taux réels vont rester négatifs encore un certain temps. La dette publique Covid est en effet insoutenable. Les banques centrales sont devenues " prêteurs en dernier ressort " et ne peuvent se permettre de laisser filer les taux à la hausse sans déstabiliser gravement le système économique mondial.

En synthèse la sélectivité et la qualité des modèles d'affaires s'imposent encore davantage à l'aube d'une année 2022 qui s'annonce.

Propos recueillis par Pierre-Jean Lepagnot

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