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« Taux longs très bas, un défi pour les assureurs ? » par Philippe Trainar (Cercle des économistes)

Boursorama09/03/2015 à 11:32

Le maintien de taux tr�s bas p�se sur l'épargne et l'investissement selon Philippe Trainar

Le contexte actuel de taux d'intérêt à long terme très bas impose aux assureurs une adaptation permanente. Situation d'autant plus compliquée à l'heure des nouvelles règles prudentielles qui touchent le secteur, comme l'explique en détail l'économiste Philippe Trainar.

Les taux d'intérêt des bunds allemands sont aujourd'hui négatifs jusqu'à l'échéance de 6 ans et les marchés anticipent qu'ils devraient encore être négatifs jusqu'à l'échéance de 5 ans l'année prochaine, avec une normalisation qui prendrait plusieurs années. Jamais les taux d'intérêt allemands à 10 ans n'ont été aussi bas depuis 1870 (date à laquelle débute la série disponible des taux d'intérêt à 10 ans). Sachant que les obligations ou OPCVM à revenu fixe représentent 73% de l'actif des assureurs-vie et 61% de l'actif des assureurs de dommage, on comprendra que le niveau très bas des taux d'intérêt actuels en Europe constitue un défi historique pour les assureurs.

Les taux d'intérêt n'influent pas seulement par le biais des rémunérations financières sur l'équilibre des compagnies d'assurance mais aussi par le biais de leur solvabilité. Les taux bas ont en effet pour conséquences d'apprécier tant la valeur du portefeuille d'actifs que celle des engagements et options souscrites, qui sont actualisées aux taux en vigueur. Dans la mesure où les assureurs visent une adéquation aussi parfaite que possible de leurs actifs à leurs passifs, les variations de l'actif et du passif décrites ci-dessus devraient normalement se compenser, et la valeur de l'actif net des compagnies ne devrait donc pas en être significativement affectée.

Cependant, ce n'est pas le cas pour l'assurance-vie pour la bonne raison que les contrats d'assurance-vie comportent en général des garanties minimum, notamment une garantie en capital, qui a d'autant plus de chance d'être activée et donc de voir sa valeur augmenter au passif des assureurs-vie que les taux sont bas.

La prudence des compagnies d'assurance françaises leur permet a priori d'absorber ce choc dans de bonnes conditions, dans la mesure où elles disposent, en moyenne, en France, d'un matelas de capital qui est, en norme « solvabilité 2 », selon l'ACPR, deux fois plus élevé que ce qui serait nécessaire pour assurer la parfaite couverture des engagements dans 99,5% des situations financières envisageables. Pour autant, il faut être conscient que la moindre erreur de politique économique pourrait avoir de lourdes conséquences.

Par le maintien du taux du livret A à des niveaux supérieurs à ceux du marché, l'Etat exerce ainsi une pression sur l'assurance-vie, dont l'expérience japonaise a montré qu'elle pouvait se révéler parfaitement irresponsable si les taux bas étaient destinés à persister. La transposition en droit français de la réforme européenne Solvabilité 2 en 2015, et les conditions concrètes de sa mise en œuvre en 2016, pourraient aussi se révéler contre-productives si elles n'étaient pas maîtrisées avec la rigueur qu'exige le caractère exceptionnel de la situation actuelle.

Enfin, comme l'a montré l'expérience japonaise, il ne faut pas perdre de vue que sacrifier l'assurance au profit des banques et des gouvernements conduit forcément, sur le long terme, à sacrifier la croissance. Le maintien de taux d'intérêt très bas par les banquiers centraux pèse en effet, à terme, sur l'épargne et sur l'investissement, et par là-même sur la croissance future.

Philippe Trainar

Philippe Trainar est directeur des risques et membre du comité de direction du groupe Scor mais aussi professeur à l'Université Paris-Dauphine. Il est également membre du Conseil d'analyse économique et de la Commission économique de la nation ainsi que président de la Commission de gestion des risques de la Fédération française des sociétés d'assurance.

Ses principaux domaines d'expertise sont la macro-économie ; le risque et l'assurance ; la fiscalité ; les retraites et la protection sociale ; la finance et l'économie internationale.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

 

 


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