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Syrie-Files d'attente à Douma pour du pain et des vivres

Reuters16/04/2018 à 21:25
    par Laila Bassam
    DOUMA, Syrie, 16 avril (Reuters) - Les habitants de Douma,
dans la Ghouta orientale, zone rurale densément peuplée à l'est
de Damas, approvisionnaient autrefois la capitale syrienne en
produits frais. Affamés, ils se bousculent désormais pour
obtenir du pain.
    Depuis plus d'une semaine, les drapeaux du gouvernement
syrien flottent au-dessus de la ville, qui était la dernière
poche de résistance de la Ghouta. Les rebelles se sont
finalement résignés à quitter la zone au terme de cinq années de
siège, après avoir été victimes, disent-ils, d'une attaque
chimique des forces de Bachar al Assad, qui nient tout recours à
de telles armes.
    En représailles à cette attaque, dont ils disent avoir la
preuve, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont mené
dans la nuit de vendredi à samedi des frappes coordonnées en
Syrie contre ce qui a été présenté comme l'arsenal chimique
clandestin du régime syrien.  
    La visite prévue lundi à Douma d'une délégation
d'inspecteurs de l'Organisation pour l'interdiction des armes
chimiques (OIAC) a été retardée. Russes et occidentaux se sont
rejeté la responsabilité de ce retard. La Grande-Bretagne a
ainsi reproché à Damas et à Moscou de ne pouvoir garantir la
sécurité de la délégation de l'OIAC  .
    Le gouvernement syrien a quant à lui organisé lundi une
visite de Douma pour les médias. Les forces de sécurité
progouvernementales étaient visibles aux carrefours et la police
militaire russe patrouillait dans les rues.
    Les habitants se bousculaient dans une longue file d'attente
pour recevoir du pain, du riz et des pâtes distribués par des
camions gouvernementaux d'aide humanitaire, à l'un des
principaux ronds-points de la ville.
    "Quelle scène humiliante. Les gens d'ici avaient l'habitude
de ne manger que du pain fait d'orge", a déclaré Amin Darkouch,
chef-adjoint de la police de la région, en regardant des
dizaines de personnes accourir derrière un camion.
    La Ghouta orientale a connu d'importantes pénuries de
nourriture durant les années de siège, selon les Nations unies.
Le principal groupe rebelle de la région a en revanche assuré
disposer de réserves suffisantes pour tenir une année
supplémentaire.
    Les habitants, qui étaient affamés, ont trouvé d'importantes
quantité de nourriture après le départ des rebelles, a annoncé
l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Les denrées
de base étaient disponibles pendant le siège de la ville, mais à
des prix très élevés.
    
    DES SOINS EN SOUTERRAIN
    Autour de Darkouch, sont visibles les stigmates des
bombardements, parmi les plus violents depuis le début du
conflit, il y a plus de sept ans, qui ont duré des semaines et
permis au régime syrien de reconquérir la ville.
    De nombreux habitants de Douma vivent dans des bâtiments
endommagés, dans des rues jonchées de débris.
    Il ne demeure aucune trace des rebelles si ce ne sont des
slogans peints sur certains murs et devantures de magasins: "La
Ghouta orientale, terre de héros et fonderie d'hommes", "Douma
est le cimetière des Chabiha (une milice qui soutient Assad)".
    Dans les décombres d'une pharmacie, un groupe de femmes
voilées espèrent trouver des médicaments.
    "Mon fils a été blessé lorsqu'une bombe a atteint notre
maison", dit l'une d'entre elles.
    "Il n'y a ni médicament ni pansement pour le soigner. Il
faudra peut-être amputer sa jambe", ajoute-t-elle.
    La visite organisée lundi par le gouvernement n'incluait pas
le bâtiment où, d'après les médecins et services de secours qui
étaient sur les lieux, des dizaines de personnes ont été tuées
le 7 avril par un gaz toxique alors qu'elles s'étaient abritées
pour échapper au bombardement.
    Bachar al Assad, soutenu par la Russie, nie avoir eu recours
ou posséder des armes chimiques. 
    Quelques heures après l'annonce de l'attaque chimique
présumée de Douma, le dernier groupe rebelle présent a accepté
de quitter la ville.
    L'hôpital dans lequel les victimes de cette attaque ont été
traitées se trouve dans les sous-sols d'un grand bâtiment du
ministère de l'Agriculture, dont la façade porte les traces de
ces années de guerre.
    De vastes tunnels couverts de plaques métalliques permettent
aux ambulances d'y accéder. L'hôpital, qui dispose d'une salle
d'opération et d'une unité de soins intensifs, est toujours en
activité.
    Marouane Djaber, un interne de l'hôpital, a affirmé aux
journalistes lors de cette visite qu'aucun des patients admis la
nuit de l'attaque ne souffraient de troubles liés à des armes
chimiques mais qu'ils avaient été asphyxiés par la poussière et
la fumée des bombardements.
    Selon des groupes d'aide humanitaire et les Casques blancs,
de telles déclarations, diffusées ces derniers jours par la
télévision publique syrienne, sont faites sous la contrainte.
    Les services de secours affirment que des dizaines d'hommes,
de femmes et d'enfants ont été tués. Des images montrant des
jeunes victimes à l'agonie, écume à la bouche, ont été utilisées
pour justifier les représailles occidentales.    

 (Angus McDowall à Beyrouth, Jean Terzian pour le service
français)
 

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