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Sous pression, l'Espagne avance lentement vers une aide

Reuters 26/09/2012 à 23:28

MADRID SOUS PRESSION

par Julien Toyer et Fiona Ortiz

MADRID (Reuters) - Le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a fait mercredi un petit pas de plus vers une demande officielle d'aide financière, au lendemain de manifestations marquées par des violences à Madrid et tandis que les craintes d'une sécession de la Catalogne refont surface.

Alors qu'il résistait jusqu'à présent aux appels de certains de ses partenaires européens, français et italiens notamment, à solliciter sans plus attendre un plan d'aide à l'Etat espagnol, les derniers événements pourraient contraindre Mariano Rajoy à franchir le pas.

"Nous savons ce que nous avons à faire, et nous le faisons", a-t-il dit mercredi à New York lors d'une intervention devant le forum de l'Americas Society. "Nous savons également que cela suppose beaucoup de sacrifices répartis (...) équitablement à travers la société espagnole."

Son gouvernement doit dévoiler jeudi son projet de budget pour 2013, censé convaincre les autres pays de la zone euro et les investisseurs que Madrid fait tout son possible pour réduire ses déficits malgré une récession prolongée et un chômage record.

Les chiffres publiés mardi suggèrent que l'Espagne ne parviendra pas à ramener ses déficits publics à 6,3% du produit intérieur brut (PIB) cette année, celui du seul Etat central sur les huit premiers mois de l'année atteignant 4,77%, soit plus que son objectif annuel.

Mercredi la banque centrale espagnole a annoncé que le PIB devrait avoir reculé d'environ 0,4% au troisième trimestre, un chiffre proche du celui du deuxième.

En dévoilant dès à présent des réformes douloureuses, Mariano Rajoy espère les faire accepter moins difficilement par ses concitoyens que si elles étaient imposées de l'extérieur dans le cadre d'un plan d'aide, comme en Grèce.

Ainsi, en 2013, le gouvernement gèlera les salaires des fonctionnaires mais réintégrera certaines primes supprimées en 2012 et il limitera les embauches dans la fonction publique, a-t-on appris mercredi de deux sources syndicales.

"Le gouvernement espagnol a une stratégie économique claire. Il dispose également pour plus de trois ans d'une stabilité parlementaire qui lui permettra d'entreprendre les réformes nécessaires", a souligné Mariano Rajoy.

MENACE SUR LA NOTE SOUVERAINE

Moody's doit publier vendredi les conclusions de sa revue de la note souveraine espagnole et pourrait la rétrograder en catégorie spéculative ("junk").

Le même jour, un audit indépendant du secteur bancaire espagnol doit révéler l'ampleur des besoins des capitaux de Madrid pour recapitaliser ses établissements de crédit dans le cadre du plan d'un montant maximum de 100 milliards d'euros approuvé en juin par la zone euro.

C'est dans ce contexte que Mariano Rajoy a entr'ouvert la porte à une demande d'aide en bonne et due forme dans un entretien au Wall Street Journal de mercredi. "Je peux vous assurer à 100% que je demanderais ce plan de sauvetage" si les rendements de la dette ne sont pas tenables, a-t-il dit.

Il a cependant ajouté qu'il était trop tôt pour dire si son pays aurait réellement besoin de l'aide de la BCE et des fonds de soutien la zone euro et qu'il devait encore établir si les conditions liées à ces aides sont "raisonnables".

Il a également expliqué qu'il n'avait pas encore pris de décision sur un éventuel gel des retraites, dont l'indexation sur l'inflation pourrait coûter six milliards d'euros à l'Etat.

"Nous devons être suffisamment souples pour ne pas créer de nouveaux problèmes", dit-il.

Ses déclarations ont contribué à faire remonter le rendement de la dette souveraine espagnole à 10 ans au-dessus de 6%, tandis que l'écart de rendement avec les emprunts allemands de même échéance, qui mesure la prime de risque demandée par les investisseurs, atteignait 445 points de base, son plus haut niveau depuis le début du mois.

CONFUSION

La volonté du gouvernement Rajoy de freiner les dépenses des collectivités locales a parallèlement ravivé les velléités indépendantistes de la Catalogne, qui représente à elle seule 20% de l'activité économique du pays.

Artur Mas, le président conservateur de la région, a annoncé mardi la convocation d'élections anticipées en novembre après le rejet par Madrid d'une demande d'autonomie accrue.

Le scrutin, qui devrait être présenté par la plupart des politiques locaux comme un référendum de fait sur l'indépendance, constitue un défi à Mariano Rajoy.

Le chef du gouvernement est lui-même membre du Parti populaire (PP), qui prône une reprise en main des budgets des régions incapables d'atteindre leur objectif de réduction de déficit.

"Au moment où le PP pourrait utiliser la crise pour limiter l'autonomie, Mas se lance dans une manoeuvre défensive pour tenter d'inverser la tendance", explique Enric Juliana, chef du bureau madrilène du quotidien catalan La Vanguardia.

Dans la capitale, les mouvements hostiles à l'austérité prévoient de nouvelles manifestations mercredi soir, 24 heures après un défilé marqué par des tirs de balles en caoutchouc des forces de l'ordre contre les milliers de personnes qui tentaient de former une chaîne humaine autour du parlement.

La police a interpellé 28 personnes au cours de cette manifestation, qui a fait 64 blessés.

A Bruxelles et à Berlin, certains responsables reprochent à Mariano Rajoy son incapacité à faire accepter ses réformes par l'opinion publique et mettent en cause les contradictions récurrentes entre le Trésor et ses ministres.

"Le problème d'organisation de son équipe économique se traduit par une image de confusion et d'improvisation", résume un économiste qui ne souhaite pas être identifié.

Avec Steven C. Johnson et Rodrigo Campos à New York, Tangi Salaün, Marc Angrand et Bertrand Boucey pour le service français

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