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Soudan-Assaut meurtrier contre les manifestants de Khartoum
Reuters04/06/2019 à 01:49

    * Plus de 35 manifestants tués selon des médecins
    * Le campement principal aurait été démantelé
    * Les discussions sur le transfert du pouvoir aux civils
dans
l'impasse

 (Actualisé avec nouveau bilan)
    par Michael Georgy
    KHARTOUM, 4 juin (Reuters) - Les forces de sécurité
soudanaises ont pris d'assaut lundi le campement installé depuis
des mois par des manifestants antigouvernementaux dans le centre
de Khartoum et tué plus de 35 personnes selon l'opposition, lors
du plus grave accès de violence au Soudan depuis la destitution
du président Omar el Béchir le 11 avril dernier.
    Les vidéos partagées sur les réseaux sociaux et vérifiées
par Reuters montrent des scènes de chaos. On voit des
manifestants prendre la fuite ou évacuer des blessés tandis
qu'une fumée noire s'élève des tentes qu'ils avaient installées
sur la place, apparemment incendiées par les forces de l'ordre,
et que des coups de feu retentissent.
    Selon des témoins, le campement installé près du siège du
ministère de la Défense, où convergeaient les manifestants
depuis décembre dernier, a été entièrement démantelé, tandis que
les Soudanais descendaient en nombre dans les rues d'autres
quartiers de Khartoum pour protester contre la répression,
érigeant des barricades et des barrages routiers à l'aide de
pierres et de pneus enflammés.
    Une association de médecins affiliée au mouvement de
contestation a fait état d'un bilan provisoire de 35 morts,
ajoutant que beaucoup de victimes n'avaient pas encore été
comptabilisées. Il avait annoncé auparavant un bilan de 30 morts
et 116 blessés. 
    "Les manifestants qui participaient à un sit-in devant le
commandement général de l'armée sont menacés de massacre dans
cette tentative déloyale de disperser leur rassemblement", a
dénoncé dans un communiqué l'Association des professionnels
soudanais (APS), principal groupe représentant les manifestants,
en annonçant la rupture des discussions et de "tout contact"
avec le Conseil militaire de transition (CMT), qui a destitué le
président Béchir.  
    
    DISCUSSIONS DANS L'IMPASSE
    Un porte-parole du CMT, le général Chams el Dine Kabbachi, a
déclaré à Reuters que les forces de sécurité s'en étaient pris à
des "criminels" dans un secteur adjacent. "Certains de ces
éléments ont fui vers le site des manifestants et ont provoqué
ce chaos", a expliqué l'officier.
    Dans un communiqué diffusé par la suite, le CMT a dit
"regretter la manière dont la situation a évolué", réaffirmé
"son engagement à assurer la sécurité des citoyens" et
"renouvelé son appel à des négociations le plus vite possible".
    Le CMT a déclaré à plusieurs reprises qu'il ne recourrait
pas à la force pour disperser les manifestants.
    Le procureur général du Soudan a ordonné une enquête sur les
événements de la journée, a rapporté l'agence de presse Suna.
    Cet accès de violence survient alors que les discussions
entre les manifestants, qui réclament la restitution du pouvoir
aux civils, et la junte militaire sont dans l'impasse. 
    Le CMT a proposé aux manifestants de former un gouvernement
mais exige de conserver une autorité supérieure durant une
période de transition.
    L'association de médecins liée aux manifestants a déclaré
que les forces de sécurité avaient encerclé un hôpital de
Khartoum et ouvert le feu dans un autre alors qu'elles
pourchassaient des manifestants. 
    
    L'ONU CONDAMNE
    Des soldats ont été déployés dans le centre de Khartoum et
ont fermé des rues adjacentes, essayant semble-t-il d'empêcher
des manifestants de rallier la place du sit-in, rapporte un
journaliste de Reuters.
    Plusieurs ponts sur le Nil ont également été fermés.
    Parmi les forces déployées, figurent des membres de la force
de réaction rapide, une unité paramilitaire dont le chef, le
général Mohamed Hamdane Dagalo, est un allié de l'Arabie
saoudite et des Emirats arabes unis, dont il a soutenu
l'intervention au Yémen.
    Des sit-ins ont aussi été dispersés dans d'autres villes,
selon des témoins. L'accès à internet a été coupé.
    Les Nations unies, l'Union africaine et l'Union européenne
ont critiqué l'action des policiers et militaires, le
porte-parole de l'Onu Stephane Dujarric dénonçant explicitement
"l'usage excessif de la force contre des civils par les forces
de sécurité". 
    L'ambassadeur du Royaume-Uni à Khartoum, Irfan Siddiq, a dit
sur Twitter avoir entendu des tirs nourris pendant plus d'une
heure. Son ministre de tutelle, le secrétaire au Foreign Office
Jeremy Hunt a condamné "l'attaque contre les manifestants (...)
qui ne conduira qu'à davantage de polarisation et de violence".
    "Cela n'aidera pas le Soudan à construire l'avenir auquel
aspire son peuple", a-t-il ajouté, promettant que le CMT devrait
"rendre des comptes devant la communauté internationale".
    L'ambassade des Etats-Unis à Khartoum à jugé le Conseil
militaire de transition incapable de "diriger de manière
responsable le peuple du Soudan", des termes aussi employés par
l'Union européenne qui a appelé l'armée à transférer rapidement
le pouvoir aux civils.
    L'Union africaine a réclamé de son côté la fin des violences
et l'ouverture d'une enquête.
    Même tonalité au Quai d'Orsay, qui a fait savoir dans un
communiqué que la France souhaitait que "les auteurs de ces
violences en répondent devant la justice" et invitait "les
parties soudanaises à s'abstenir de toute action violente qui
pourrait entacher la transition pacifique à laquelle aspire le
peuple soudanais".

 (Avec Ali Abdelaty au Caire
Arthur Connan, Henri-Pierre André, Tangi Salaün et Jean-Stéphane
Brosse pour le service français)
 

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