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Siemens et MHI contre-attaquent face à GE dans le dossier Alstom

Reuters17/06/2014 à 00:28

SIEMENS ET MHI DÉVOILENT LEUR PROJET D'ALLIANCE AVEC ALSTOM

par Benjamin Mallet et Natalie Huet

PARIS (Reuters) - Siemens et Mitsubishi Heavy Industries ont dévoilé lundi un projet d'alliance avec Alstom dans l'énergie concurrent de l'offre ferme de rachat déposée par l'américain General Electric (GE) et qui s'inscrit dans une logique de partenariat défendue par l'Etat français.

Le groupe allemand et le japonais ont précisé dans un communiqué que leur proposition incluait sept milliards d'euros en numéraire à travers une reprise de certains actifs d'Alstom, mais aussi la création de coentreprises garantissant le maintien d'une importante présence du français dans l'énergie.

Siemens rachèterait ainsi l'intégralité des turbines à gaz et les contrats de services associés d'Alstom pour 3,9 milliards d'euros tandis que MHI verserait de son côté au groupe français 3,1 milliards en numéraire pour la création de trois coentreprises avec Alstom.

Ces créations de sociétés communes impliqueraient l'acquisition par MHI de 40% des turbines à vapeur du français, de 20% de ses équipements pour les réseaux et de 20% de son activité hydroélectrique.

Des sources proches de Siemens et de MHI estiment qu'en termes de valorisation, leur offre est supérieure de plus d'un milliard d'euros à celle de GE.

"Sur la base de la valorisation des actifs, notre offre est meilleure, significativement supérieure", fait valoir une source interne au groupe allemand.

MHI propose également à Bouygues de lui racheter jusqu'à 10% du capital d'Alstom. Le groupe de BTP a toutefois réaffirmé dimanche qu'il souhaitait rester actionnaire de long terme d'Alstom à hauteur de 29,3%, soit sa participation actuelle.

Au sein de MHI, on précise qu'aucune discussion n'a pour l'instant été entamée avec Bouygues.

Siemens et MHI ne mentionnent pas dans leur proposition la possibilité d'une entrée en parallèle de l'Etat français au capital d'Alstom, évoquée ces derniers jours par des sources proches du dossier.

"MHI est intéressé par l'achat d'une participation dans Alstom au côté de l'Etat français. Mais si Bouygues ne veut pas céder sa participation, cela ne tuera pas le reste de l'opération", a déclaré lundi une source proche des discussions.

GE propose de son côté de racheter la totalité de la branche énergie d'Alstom pour 16,9 milliards de dollars (12,5 milliards d'euros au change actuel) dans le cadre d'une offre ferme sur laquelle le français doit se prononcer d'ici au 23 juin.

SIEMENS ET MHI À L'ELYSÉE ET À L'ASSEMBLÉE MARDI

Le tandem Siemens-MHI s'inscrit dans une logique d'alliance face à GE - qui a les faveurs d'Alstom jusqu'ici - et répond a priori aux exigences du gouvernement français, qui rejette une vente pure et simple.

Les deux groupes, dont la proposition sera examinée par Alstom dans les jours qui viennent, se sont quasiment alignés sur une promesse de GE en annonçant que l'alliance entre Alstom et MHI permettrait de créer "plus de 1.000 emplois" en France.

Siemens, qui a dû abandonner l'idée de "champion européen" de l'énergie qu'il défendait à l'Assemblée nationale fin mai, apporte de son côté "une garantie de l'emploi sur trois ans en France et en Allemagne pour les activités cédées".

Le conglomérat se dit en outre toujours prêt à s'allier avec Alstom dans le ferroviaire et à devenir un "actionnaire de long terme" de la nouvelle entité ainsi formée, mais ne pourra envisager cette hypothèse que dans un second temps étant donné la réticence du français.

Le président du directoire de Siemens, Joe Kaeser, et le PDG de MHI, Shunishi Miyanaga, ont présenté lundi après-midi leur proposition commune à un comité d'administrateurs indépendants d'Alstom conduit par l'ancien PDG de PSA Peugeot Citroën Jean-Martin Folz, en présence du PDG d'Alstom, Patrick Kron.

Les deux hommes seront reçus à l'Elysée mardi à 10h25 par François Hollande avant d'être auditionnés à 17h00 par la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale.

GE a répliqué immédiatement à cette offensive en déclarant qu'il ne souhaitait pas entrer dans une "bataille d'offres" et que ses discussions avec le gouvernement français progressaient, soulignant qu'elles intégraient notamment des alliances dans les métiers de l'énergie et des transports.

"L'alliance entre GE et Alstom va créer en France des emplois, ainsi que deux leaders mondiaux dans l'énergie et le transport. L'union de ces deux grandes entreprises, permettant de faire face à la concurrence au niveau mondial grâce aux meilleurs technologies sera toujours préférable à un démantèlement d'Alstom", a fait valoir le groupe américain.

"L'ATTELAGE EST UN PEU COMPLIQUÉ"

Des sources proches d'Alstom se sont inquiétées ces derniers jours de la complexité de l'offre commune de Siemens et MHI et mis en garde contre un risque de "démantèlement" du groupe français.

"L'attelage est un peu compliqué, Alstom va essayer de comprendre et va prendre le temps de le faire. Ce serait quand même curieux qu'un des concurrents directs du groupe entre à son capital", a estimé l'une de ces sources lundi.

"Alstom n'a pas de problème d'actionnaires mais un problème stratégique. Ça n'a rien à voir avec une augmentation de capital ou le fait qu'untel ou untel entre au capital."

Une autre source a fustigé l'attitude du gouvernement qui, selon elle, "se comporte comme si (Alstom) était une entreprise nationalisée, au mépris de toutes les règles de bonne gouvernance de la société".

Alors qu'une nouvelle réunion sur le dossier Alstom est prévue mardi matin à 9h40 à l'Elysée, Michel Sapin, le ministre français des Finances, a déclaré dimanche s'attendre à ce que GE améliore son offre pour contrer la proposition de Siemens et Mitsubishi.

Le gouvernement, attentif notamment au sort des équipements d'Alstom utilisés dans les centrales nucléaires, s'est doté mi-mai d'une nouvelle arme juridique forçant tout acquéreur des actifs d'Alstom à obtenir son autorisation.

Selon l'une des sources proches d'Alstom, le conseil d'administration du groupe doit se réunir le 22 ou le 23 juin pour décider d'entrer en négociations exclusives avec GE ou avec Siemens-MHI.

(Avec la contribution de Matthieu Protard à Paris et Christian Plumb à New York, édité par Jean-Michel Bélot et Marc Angrand)

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