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RPT-POINT HEBDO-Le spectre du protectionnisme plane sur des marchés nerveux

Reuters09/04/2018 à 07:00
 (Répétition sans changement d'une dépêche transmise vendredi)
    * Le risque protectionniste se matérialise
    * Washington et Pékin se menacent mutuellement de droits de
douane
    * Deux mesures de l'inflation aux Etats-Unis attendues
    * Les "minutes" de la Fed également au menu des prochains
jours
    * Les banques ouvrent le bal des résultats trimestriels aux
USA

    par Patrick Vignal
    PARIS, 9 avril (Reuters) - Les tensions commerciales entre
les Etats-Unis et la Chine représentent clairement une menace
pour la croissance mondiale comme pour l'équilibre désormais
précaire de marchés de plus en plus nerveux, avertissent
plusieurs analystes.
    Identifié depuis un moment par de nombreux observateurs
comme le danger numéro un pour la planète finance, le risque 
protectionniste est devenu bien réel en ce début de trimestre.
    Tout a commencé mardi avec l'annonce par Washington de
sanctions douanières portant sur 50 milliards de dollars (40,7
milliards d'euros) d'importations chinoises. 
    La riposte immédiate de Pékin a conduit jeudi Donald Trump à
cibler pour 100 milliards de dollars d'échanges commerciaux
supplémentaires, s'attirant aussitôt de nouvelles menaces de
représailles de la part de Chine.  
    Les marchés d'actions se sont montrés très réactifs à chaque
nouvelle sur la question commerciale, accusant le coup face aux
échanges de menaces entre Pékin et Washington, tout en
conservant l'espoir de négociations. Le Stoxx 600  .STOXX  est
parvenu à gagner 1,07% sur la semaine tandis que le S&P 500
 .SPX  a cédé un peu de terrain.
    Les valeurs refuges, obligations en tête, ont justifié leur
appellation avec la poursuite du repli des rendements des
emprunts d'Etat qui a ramené le 10 ans américain jusqu'à 2,717%,
un plus bas de deux mois, avant un retour autour du seuil de
2,8%.  
    
    ESCALADE OU NÉGOCIATIONS ?
    "Les investisseurs sont en train de s'habituer à des marchés
agités avec une forte volatilité", commente l'analyste David
Madden (CMC Markets). "Pour l'instant, ils paraissent heureux de
profiter des opportunités d'achat quand elles se présentent mais
ils savent très bien que l'atmosphère pourrait changer très
rapidement".
    D'autres analystes, comme ceux de BNY Mellon, tentent
d'élever le débat en se demandant si l'isolationnisme et le
populisme prônés par Donald Trump ne marquent pas la fin d'un
ordre mondial dominé par les Etats-Unis et soutenu par ses
valeurs de libre-échange et de démocratie libérale.
    "Un changement significatif de l'orientation du pendule de
la globalisation serait dommageable pour la croissance mondiale
et pour les marchés financiers", prolongent, dans le même
esprit, les stratèges de BNP Paribas Asset Management.
    La préoccupation immédiate des investisseurs est de savoir
si l'escalade entre Washington et Pékin va se poursuivre ou si
elle va laisser la place à des négociations leur permettant de
se concentrer à nouveau sur la santé de l'économie et des
entreprises.
    Esther M. Baroudy, gérante chez State Street Global
Advisors, doute d'un prochain retour au calme : "Contrairement
aux périodes de tensions commerciales précédentes, nous pensons
que celle-ci est plus importante et pourrait avoir des
implications significatives et durables pour les entreprises
chinoises, certains secteurs aux Etats-Unis et les portefeuilles
d'investisseurs mondiaux", analyse-t-elle.
    La décision de Donald Trump d'ériger des barrières
douanières n'est qu'un élément, certes prépondérant, du nouveau
paysage des marchés, devenu plus accidenté ces dernières
semaines avec des remous sur les actions et le recul des taux
longs sur fond de poussée de la volatilité, élargit pour sa part
le duo de stratèges de La Banque postale Asset Management.
    Hervé Goulletquer et Stéphane Déo opposent dans leur lettre
hebdomadaire les interrogations politiques du moment aux
conditions de l'économie réelle, qu'ils jugent toujours
satisfaisantes.
    
    DES SIGNAUX INQUIÉTANTS
    Des signes de stress apparaissent toutefois du côté de la
sphère financière, reconnaissent-ils en citant notamment le
secteur technologique, avec là encore Donald Trump dans le rôle
d'agitateur par ses critiques répétées à l'encontre du géant du
commerce en ligne Amazon  AMZN.O , qui vient de perdre plus de
8% en trois séances avant de se redresser un peu.
    Ils conseillent également de garder un oeil sur l'écart
("spread") entre le taux Libor sur les prêts interbancaires à
trois mois et le swap de taux OIS ("overnight indexed swap") de
même échéance en dollar, ce dernier représentant une mesure des
anticipations de la politique de taux de la Réserve fédérale.
    Ce "spread", considéré comme un bon baromètre de la santé du
système financier, s'écarte en effet depuis la fin de l'année
dernière avec l'accélération du taux Libor en dollar, s'ajoutant
à d'autres indices signalant une météo moins clémente sur les
marchés, en particulier pour les actifs risqués.  
    Une détérioration des conditions du crédit se profilerait
donc avec la normalisation monétaire en cours, les frictions
commerciales entre les deux géants de l'économie mondiale ne
faisant rien pour arranger les choses.
    Le retour de l'aversion au risque est cependant loin d'être
une fatalité, tempèrent les stratèges de Citigroup, qui invitent
les investisseurs à profiter des opportunités offertes par le
repli récent des Bourses et disent s'attendre à une hausse de 8%
des marchés actions mondiaux d'ici à la fin de l'année.
    Les turbulences des dernières semaines ont relégué au second
plan la crainte d'une accélération de l'inflation entraînant un
durcissement monétaire, qui avait été à l'origine de la
correction observée début février sur les obligations puis sur
les actions.
    
    LES BÉNÉFICES DES ENTREPRISES DANS LE VISEUR 
    L'annonce, vendredi, d'un ralentissement des créations
d'emploi aux Etats-Unis au mois de mars et de la stabilité de la
croissance du salaire horaire moyen en rythme annuel n'a pas
provoqué de séisme sur les marchés.  
    La thématique de l'inflation pourrait cependant refaire très
vite surface avec l'annonce aux Etats-Unis des prix à la
production, mardi, et à la consommation, le lendemain.
    La politique des banques centrales, étroitement liée à la
trajectoire de l'inflation, s'invitera également à nouveau dans
l'actualité avec la publication, mercredi, du compte-rendu de la
réunion monétaire de mars de la Réserve fédérale, à l'issue de
laquelle la banque centrale américaine avait annoncé qu'elle
relevait ses taux et signalé son intention de poursuivre sur la
voie du resserrement.  
    Dans ce contexte troublé, qu'en est-il des bénéfices des
entreprises ? Cette question, cruciale pour l'avenir des marchés
actions, va connaître un début de réponse avec l'amorce d'une
nouvelle saison de résultats trimestriels, trois banques de Wall
Street (JPMorgan  JPM.N , Citigroup  C.N  et Wells Fargo
 WFC.N ) ouvrant le bal dès vendredi prochain.  
    Bank of America Merrill Lynch prédit une croissance moyenne
des bénéfices par action des entreprises du S&P 500 de 17% sur
un an au premier trimestre 2018, soit 1% de mieux que le
consensus. La progression des chiffres d'affaires devrait
ralentir légèrement mais demeurer robuste (7% sur un an),
toujours selon BAML.
    
    VOIR AUSSI:
    Flux-Or et obligataire profitent du regain d'aversion au
risque-BAML  
    

 (édité par Blandine Hénault)
 

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