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RPT-ECLAIRAGE-MiFID II relance la bataille des gestions

Reuters24/11/2017 à 08:00
 (Répétition sans changement d'une dépêche diffusée jeudi) 
    * La directive européenne MiFID II relance le débat entre 
gestion 
active et passive 
    * La transparence des coûts favorise les fonds indiciels 
    * Les conseillers financiers devront justifier leurs tarifs 
    * Les deux univers pourraient cohabiter pacifiquement 
 
    par Patrick Vignal 
    PARIS, 24 novembre (Reuters) - En imposant un contrôle 
strict des frais que facturent les conseillers financiers à 
leurs clients, la directive européenne MiFID II, qui entre en 
vigueur en janvier, relance l'affrontement qui oppose depuis 
quelques années les deux versants du monde de la gestion.  
    La gestion active, qui repose sur la sélection de titres par 
un gérant et leur ajustement en fonction des conditions du 
marché, souffre d'une concurrence de plus en plus féroce de la 
part de la gestion passive, qui se réalise automatiquement, sans 
intervention humaine. 
    Certains produits en particulier, comme les fonds indiciels 
cotés (exchange-traded funds, ETF), attirent de plus en plus 
d'investisseurs en raison de leur moindre coût mais aussi de 
leur simplicité et de leur transparence. 
    "L'arrivée de MiFID II est en effet un point qui est 
considéré comme positif pour les ETF en particulier et les fonds 
indiciels en général", explique Antoine Lesné, responsable de la 
stratégie et de la recherche pour les ETF en Europe de State 
Street, l'un des leaders de ce marché. "Il y a un vent porteur 
qui devrait amener de nouveaux investisseurs vers les ETF." 
    Selon les chiffres d'une étude commandée par l'américain 
BlackRock  BLK.N , numéro un mondial des ETF, la gestion 
indicielle ne recouvre que 17,5% du marché actions mondial 
contre 25,6% pour la gestion active.  
    Un net mouvement de collecte sur les fonds indiciels et de 
décollecte sur les fonds actifs suggère toutefois que les 
premiers devraient bientôt rejoindre les seconds, voire les 
dépasser. 
     
    LES RÉTROCESSIONS DE COMMISSIONS MENACÉES 
    MiFID II, qui complète un texte destiné à harmoniser les 
marchés de capitaux entré en vigueur fin 2007 en prenant en 
compte les leçons de la crise financière et l'évolution 
technologique des services financiers, devrait accélérer encore 
le mouvement. 
    Tout un pan de la directive impose en effet de nouvelles 
règles destinées à protéger les investisseurs en leur offrant 
une plus grande transparence, notamment sur l'aspect des frais 
de gestion. 
    L'investisseur devra ainsi connaître précisément l'ensemble 
des coûts et des frais associés au service qui lui est proposé 
et disposer d'une simulation de l'impact de ces coûts sur le 
produit financier concerné. 
    La protection des investisseurs passe principalement par la 
réforme des rétrocessions de commissions, autrement dit des 
rémunérations que perçoivent les conseillers financiers de la 
part des fonds qu'ils choisissent pour les placements de leurs 
clients, également appelées frais de distribution. 
    Privés de cette précieuse source de revenus, les 
conseillers, qui servent souvent d'intermédiaires aux sociétés 
de gestion, pourraient être tentés de récupérer le manque à 
gagner en relevant leurs frais, augmentant ainsi l'attrait de 
produits plus accessibles comme les fonds indiciels. 
    Ces commissions, qui ne disparaîtront pas tout à fait mais 
seront très réglementées, ont déjà été supprimées au Royaume-Uni 
avec la RDR (Retail Distribution Review), ce qui s'est traduit 
aussitôt par une amplification du phénomène de collecte sur les 
fonds indiciels, à commencer par les ETF. 
    Accessibles à peu de frais, ces fonds cotés en Bourse et 
adossés à un indice comme le CAC 40 ou le S&P 500 dont ils ont 
pour objectif de répliquer la performance sont les nouvelles 
stars de la gestion indicielle.   
     
    LES GÉRANTS ACTIFS SOUS PRESSION 
    En face, les gérants actifs ont bien du mal à justifier les 
frais nettement plus élevés qu'ils réclament à leur clients pour 
sélectionner les valeurs les plus prometteuses sur la base d'une 
analyse méthodique des bilans comptables des entreprises 
("stock-picking"). 
    Un conflit bien réel oppose donc les apôtres de la gestion 
de conviction comme Goldman Sachs  GS.N  ou encore Fidelity et 
les maîtres de la gestion indicielle que sont les américains 
BlackRock, State Street et Vanguard mais aussi les européens 
Deutsche Bank Asset Management  DBKGn.DE , Lyxor  SOGN.PA  et 
Amundi  AMUN.PA . 
    Pour envenimer encore les choses, les premiers reprochent 
aux seconds de menacer la stabilité des marchés avec notamment 
un risque de décalage entre la performance des fonds indiciels 
et celles de leurs valeurs sous-jacentes avec un possible effet 
d'entraînement de proportion systémique, des craintes 
naturellement qualifiées de très exagérées par les fournisseurs 
d'ETF. 
    "Le temps sont durs pour les gérants actifs", explique David 
Lafferty, stratégiste de marché en chef chez Natixis Global 
Asset Management. "La régulation et la sensibilité sur les 
questions de transparence et de coûts ont uni leurs effets pour 
transférer des milliards de dollars des stratégies 
d'investissement actif vers la gestion indicielle." 
    Les investisseurs perdent patience vis-à-vis des gérants 
actifs, qui font payer davantage que les gérants passifs et 
peinent à surperformer les indices de référence, ajoute-t-il. 
    
    UNE CARTE À JOUER 
    "Il y a beaucoup de très bons fonds actifs sur le marché 
dont les performances sont impressionnantes depuis des années et 
il ne faut surtout pas les délaisser", corrige Sean Collins, 
directeur senior de l'analyse industrielle et financière de 
l'Investment Company Institute (ICI), une organisation 
professionnelle qui représente les fonds d'investissement. 
    "La gestion active est encore en vie et se porte bien mais 
elle déplace son centre de gravité de la sélection de titres 
vers l'allocation d'actifs", ajoute-t-il. 
    Si personne ne conteste la pression que subissent les 
gérants actifs, certains, comme David Lafferty, estiment qu'elle 
pourrait avoir des effets bénéfiques. 
    "Comme le démontre la théorie de Darwin, les espèces qui 
s'adaptent le mieux sont celles qui survivent. En l'occurrence, 
la gestion passive force la gestion active à des changements 
qu'elle aurait dû opérer depuis longtemps", écrit-il dans une 
note sur le sujet. 
    Il plaide ensuite pour un contrôle plus strict des coûts, un 
meilleur effort sur la performance et une plus grande 
diversification des portefeuilles. 
    La gestion active, ajoute-t-il, a une carte à jouer dans 
l'allocation du capital face à la gestion indicielle, qui se 
base souvent uniquement sur la valorisation boursière pour les 
actions et la taille des encours pour les obligations. 
     
    DEUX MONDES COMPLÉMENTAIRES ? 
    Conscients du problème, de plus en plus de gérants ont 
recours à des stratégies dites "smart beta", qui permettent de 
sélectionner les titres en fonction d'autres critères jugés plus 
fiables comme la taille du bilan, les bénéfices, le chiffre 
d'affaires ou les flux de trésorerie.     
    "Le sujet actif-passif est à multiples facettes", explique 
Vincent Cornet, directeur de la gestion de La Banque Postale 
Asset Management (LBPAM).  
    "Il y a le comportement de nos clients, qui, sur fond de 
pression réglementaire, réclament toujours plus de prestations 
en nous demandant de baisser les tarifs, ce qui pousse en effet 
vers des produits plus simples, mais ce n'est qu'un aspect du 
problème", indique-t-il. 
    "MiFID II impose une vraie cohérence entre le profil de 
risque et le niveau de frais, ce qui va forcer à plus de gestion 
de conviction d'un côté, mais aussi à un peu plus de produits 
industriels différents comme le smart beta", ajoute Vincent 
Cornet. "On aura deux mondes complémentaires qui ne s'opposeront 
pas mais se compléteront".   
    Dans un contexte de disparité des performances des actions, 
la gestion active peut tirer son épingle du jeu, font valoir 
pour leur part les stratèges de State Street dans leurs 
prévisions pour 2018. 
    "MiFID II peut accélérer le processus en faveur des ETF mais 
surtout redessiner un peu l'environnement de la gestion en règle 
générale avec d'un côté une gestion indicielle qui a tendance à 
grossir, et de l'autre une gestion plus active avec de vrais 
paris d'allocation", prédit Antoine Lesné chez State Street. 
     
    Voir aussi : 
    ECLAIRAGE-Les négociations battent leur plein sur la 
recherche avant MiFID II   
    ECLAIRAGE-L'essor des ETF se poursuit, non sans craintes 
  
    ENTRETIEN-La révolution des ETF est pacifique, assure 
BlackRock   
    ECLAIRAGE-Gestion-La révolution digitale, revanche pour la 
gestion active ?   
     
 
 (édité par Blandine Hénault) 
 

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