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Quand l'Allemagne trébuche, certains Européens espèrent

Reuters24/11/2011 à 20:57

par Luke Baker

BRUXELLES (Reuters) - Se souviendra-t-on de l'adjudication allemande ratée de mercredi comme un tournant décisif dans l'attitude de Berlin face à la crise de la zone euro? C'est du moins ce qu'espèrent certains de ses partenaires européens.

Alors que la Grèce, l'Irlande et le Portugal ont dû souffrir l'humiliation de sauvetages financiers et que l'Espagne, l'Italie et la France sont à leur tour en première ligne, l'Allemagne s'est jusqu'à présent maintenue au-dessus de la mêlée.

Mais en échouant à adjuger près de 40% des obligations à dix ans qu'elle a proposées mercredi, la première économie de la zone euro a soudain laissé entrevoir une faiblesse, aux implications non seulement financières mais politiques.

D'un côté, l'adjudication n'a pas été si mauvaise - aucun autre pays de la zone euro ne peut vendre de la dette à dix ans à un rendement inférieur à 2% dans l'environnement actuel, et si quelques points de base de plus avaient été proposés, la totalité des 6 milliards d'euros d'emprunts disponibles se serait écoulée sans problème.

Mais, d'un autre côté, l'image-même d'une supériorité de la gestion allemande de la dette est désormais remise en question, tout comme certaines des positions inflexibles adoptées par la chancelière Angela Merkel au fil de la crise.

Ses partenaires au sein de la zone euro - notamment la France - chercheront peut-être désormais davantage à convertir Berlin à certaines idées, dont celle d'un rôle plus direct de la Banque centrale européenne face à la crise et d'obligations communes à l'ensemble de la zone euro (euro-obligations).

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont confirmé jeudi leur intention de présenter avant le Conseil européen du 9 décembre des propositions de modifications des traités de l'Union mais celles-ci ne porteront pas sur la Banque centrale européenne.

A l'issue d'un sommet à trois à Strasbourg avec le nouveau président du Conseil italien, Mario Monti, le président français a paru faire un pas vers la chancelière, qui est toutefois restée intransigeante sur l'indépendance de la BCE.

"Toute la pression s'accumule dans un sens: que l'Allemagne tempère son opposition à une intervention de la BCE de grande échelle et au sujet des euro-obligations", relève Sony Kapoor, directeur général de Re-Define, un groupe de réflexion économique.

"Cela ne force pas encore la main de l'Allemagne, mais cela met certainement une pression supplémentaire, vu la contagion économique à laquelle on assiste au ralenti."

DÉBÂCLE FINANCIÈRE À NOËL?

Dans les couloirs de Bruxelles, certains ont accueilli avec une délectation peu retenue l'adjudication ratée de Berlin. Mais ils ont aussi reconnu qu'Angela Merkel n'était pas facilement ébranlée et qu'il ne faudrait sans doute pas s'attendre à un revirement brutal.

C'est justement ce qui pose problème: combien de temps encore les marchés vont-ils devoir attendre avant d'assister à une intervention décisive?

Les dates butoir ont été nombreuses, les déceptions aussi. Il y avait d'abord l'espoir que le sommet du 21 juillet accouche d'un "plan d'ensemble" de mesures pour résoudre les problèmes en Grèce et ériger un "pare-feu" autour de l'Irlande et du Portugal pour éviter une contagion.

Puis le 26 octobre est arrivé, le plan grec a été renégocié et la décision a été prise de démultiplier la puissance de tir du Fonds européen de stabilité financière (FESF) de 440 milliards à 1.000 milliards d'euros pour protéger l'Espagne et l'Italie.

Près d'un mois plus tard, ces deux derniers points ne sont toujours pas conclus. Le prochain sommet des responsables européens se tient le 9 décembre et on en espère déjà qu'il ressemble à un "big bang". Mais à en croire les propos de Merkel, un percée aussi rapide semble peu probable.

"Je ne pense pas que le 9 décembre accouchera de quoi que ce soit de concret et il va y avoir un nouveau cycle de profonde déception sur les marchés financiers", commente, exaspéré, l'un des responsables européens chargés de proposer des solutions à la crise.

"La situation n'est pas bonne, et clairement c'est un euphémisme. Si rien n'est fait le 9 décembre, alors je pense qu'on parle de quelques semaines seulement avant que les choses ne commencent à devenir vraiment très graves - Noël est probablement un bon pari pour la débâcle."

LE TEMPS PRESSE, LES POLITIQUES S'EMPÊTRENT

Alors que Berlin insiste pour modifier le traité de l'Union européenne afin de garantir une solution de long terme aux maux du continent, les responsables européens se trouvent empêtrés dans une course à deux vitesses, entre la recherche de réponses immédiates à la crise, tels le renforcement du FESF, et la réfection d'un projet politique européen vieux de 55 ans.

"Même si les responsables politiques de la zone ont de nombreuses réunions dans les semaines à venir, il n'y a pour le moment rien à l'ordre du jour qui puisse annoncer un changement radical dans la gestion de la crise", écrit l'économiste David Mackie, de JP Morgan, dans une note de recherche, estimant que la zone euro devra opter pour des émissions de dette communes ou risquer l'éclatement.

Mais même la Commission européenne, qui a publié cette semaine une étude très attendue sur la faisabilité des euro-obligations, ne s'attend pas à ce que la question soit résolue de sitôt.

Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, juge que les euro-obligations n'auraient de sens que lorsque les 17 pays de la zone euro auront avancé vers une plus grande intégration en termes de gouvernance économique et de stabilité. Sans ces fondements solides, les euro-obligations tomberaient rapidement dans la catégorie spéculative, estime-t-il.

Or le processus pourrait prendre des années, et les marchés, eux, exigent une réponse rapide à la crise.

Faute de progrès, les investisseurs pourraient chercher à se délester de leurs titres souverains européens, dont les rendements s'envoleraient toujours plus haut - pas seulement ceux du Portugal, mais aussi ceux de la France, la Belgique, les Pays-Bas, l'Autriche et même l'Allemagne.

Les regards se tourneraient alors vers la seule institution européenne en mesure de s'engouffrer dans la brèche aussi longtemps que nécessaire pour redresser une région à la dérive - la BCE.

Natalie Huet pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten


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