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« Pourquoi l'euro baisse-t-il ? » par Anton Brender du Cercle des économistes

Boursorama16/06/2014 à 13:15

L'anticipation des écarts de politiques monétaires entre Fed et BCE va déterminer l'évolution de la parité euro/dollar.

Observé de très près au nom de la compétitivité de l'économie européenne, l'euro semble s'inscrire dans une spirale baissière. Pourquoi et pour combien de temps encore ? Anton Brender dresse des perspectives.

Souhaitée par beaucoup depuis des mois, la baisse récente de l'euro face au dollar ne semble guère susciter les commentaires enthousiastes que l'on aurait pu attendre. Il est vrai qu'aucune mesure spectaculaire ne l'a provoquée. Commencée début mai, cette baisse est liée à la conjonction de deux facteurs. D'abord, le doute sur la pérennité de la monnaie européenne a cessé. Ce doute qui s'était amplifié du printemps 2010 à l'été 2012 avait alors fait tomber le cours de l'euro à moins de 1,25 dollar. L'annonce de l'OMT (opération monétaire sur titres) a mis fin à cette phase de crise et, depuis, l'euro s'est apprécié en même temps que les « primes de risques » exigées des Etats « périphériques » se réduisaient. Ce retour à la normale est aujourd'hui achevé : on peut s'en convaincre en constatant que le niveau du CDS de l'Etat espagnol, par exemple, est revenu là où il était au printemps 2010.

Du coup, la force qui depuis de longues années maintenant, joue un rôle déterminant dans l'évolution du change de l'euro face au dollar, est à nouveau seule à l'œuvre : désormais, sauf choc imprévu bien sûr, l'évolution des écarts entre les politiques monétaires anticipées par les marchés va de nouveau expliquer celle du cours de change entre les deux grandes monnaies mondiales.

Depuis mai, l'euro a baissé avec l'anticipation des marchés sur ce que sera le niveau des taux directeurs de la BCE... à l'été 2015. Mais pour l'instant leur anticipation sur les taux directeurs de la Réserve fédérale à ce même horizon n'a guère changé. Si, comme tout le laisse attendre, après un trou d'air au premier trimestre, la croissance américaine repart franchement, la hausse des taux directeurs américains va, au fil des mois, entrer dans le champ de vision des marchés des changes. Si, en même temps, la BCE continue de dire qu'elle va garder ses taux bas « pendant une période considérable », les taux directeurs attendus de ce côté-ci de l'Atlantique resteront, eux, collés au plancher. L'écart entre les politiques monétaires attendues se creusera encore et la baisse de l'euro se poursuivra.

Si cette évolution se confirme, la BCE y aura largement contribué mais par des moyens différents de ceux que certains lui suggéraient. Certes, elle aura imité la Réserve fédérale mais moins par l'évolution de la taille de son bilan que par son recours au guidage des anticipations - la « forward guidance » - initié par Alan Greenspan. De ce point de vue, le tournant décisif aura été la fin du « we never pre-commit » - nous ne nous engageons jamais - qui ponctuait régulièrement les interventions de Jean-Claude Trichet. En s'engageant, au printemps 2013, à garder ses taux bas longtemps, la BCE a réussi à découpler le niveau des taux à long terme européens de celui des taux américains. En persuadant maintenant les marchés qu'elle va garder ses taux bas plus longtemps que la Réserve fédérale, elle devrait parvenir à faire que la baisse du cours de l'euro face au dollar se poursuive.

Anton Brender

 

Anton Brender est chef économiste de Candriam Asset Management (ex-Dexia AM) depuis 2002. Détenteur d'un Doctorat en économie  de l'Université Paris I, il a commencé sa carrière au CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales).  Directeur de cet institut en 1990, il rejoint CPR en tant que chef économiste en 1992.  Anton Brender est professeur associé honoraire à l'Université Paris-Dauphine.

Ses principaux domaines d'expertise sont l'économie de l'énergie et du changement climatique, l'économie de réseaux, l'économie des télécommunications, l'économie industrielle.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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