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POINT HEBDO-La Fed faussement prudente, Trump vraiment inquiétant
Reuters23/03/2018 à 15:25

    * L'offensive commerciale de Trump fait peur
    * Risque d'escalade protectionniste à l'échelle mondiale
    * La Fed mesurée mais 4 hausses de taux en 2018 restent
possibles
    * Les indicateurs économiques plafonnent en zone euro

    par Marc Angrand
    PARIS, 23 mars (Reuters) - Entre un exercice d'équilibriste
délicat à la Fed et une démonstration de force tonitruante à la
Maison blanche, les marchés financiers viennent d'entrer dans
une nouvelle phase de turbulences qui rappelle a minima la
correction du début d'année mais à certains des heures bien plus
sombres. 
    En ouvrant la voie jeudi à des sanctions commerciales
frappant jusqu'à 60 milliards de dollars (49 milliards d'euros)
d'importations en provenance de Chine, le président américain,
Donald Trump, a en grande partie volé la vedette à la Réserve
fédérale, dont la réunion de politique monétaire était censée
constituer le grand rendez-vous de la semaine. 
    Tout en assurant considérer la Chine comme "un ami", le
locataire de la Maison blanche l'a notamment accusée de "vol de
propriété intellectuelle" en lui attribuant la responsabilité du
déficit commercial américain, selon lui "hors de contrôle".
    Et la réponse de Pékin a été à la hauteur du point de vue de
l'agressivité: "La Chine n'espère pas se retrouver dans une
guerre commerciale mais n'a pas peur d'en livrer une", a assuré
vendredi le ministère chinois du Commerce.  
    Sur les marchés, la réaction n'a pas tardé, avec une forte
poussée d'aversion au risque qui     a fait reculer les actions
tout en dopant les actifs refuges habituels que sont le yen, le
franc suisse et l'or. 
    L'indice européen Stoxx 600  .STOXX  est tombé vendredi en
séance à son plus bas niveau depuis 13 mois et se dirigeait vers
un repli de 3% sur la semaine, le CAC 40  .FCHI  a frôlé son
plus bas de l'année et à Wall Street, le Dow Jones  .DJI  a subi
jeudi sa plus forte baisse depuis sept semaines, tandis que
l'indice de volatilité Vix  .VIX  remontait en flèche. 
    Un mouvement confirmé par les données hebdomadaires de Bank
of America Merrill Lynch sur les flux de souscription des
grandes sociétés de gestion, qui montrent des sorties nettes
massives pour les fonds actions.
    Le repli sur les emprunts d'Etat s'est parallèlement traduit
par une baisse des rendements, celui du dix ans américain
 US10YT=RR  étant revenu jusqu'à moins de 2,8% et son équivalent
allemand sous 0,55%  DE10YT=RR . 
    
    LA FED A SOUFFLÉ LE CHAUD ET LE FROID
    Ce dernier mouvement traduit aussi en partie un soulagement
au moins temporaire après la réunion de la Réserve fédérale
américaine: au contraire du locataire de la Maison blanche, le 
président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a en effet
choisi la modération mercredi pour sa première conférence de
presse. 
    Le relèvement d'un quart de point du taux des fonds fédéraux
décidé par l'institution était largement intégré mais les
prévisions du Federal Open Market Committee (FOMC) et les
déclarations de Jerome Powell ont davantage surpris en donnant
l'impression que la Fed s'efforçait de souffler en même temps le
chaud et le froid.
    Le FOMC continue ainsi de prévoir au moins deux hausses de
taux supplémentaires cette année mais ne s'interdit pas d'aller
plus loin, d'autant qu'il a revu à la hausse ses prévisions
économiques et relevé son estimation à long terme du niveau de
taux "neutre", laissant ainsi entendre que le cycle de
resserrement monétaire engagé fin 2015 pourrait se prolonger.
 
    "Au final, nous pensons que suggérer trois hausses de taux
permet à la Fed de conserver la possibilité de modifier le
rythme du resserrement plus tard dans l'année en cas de besoin",
résume Jack McIntyre, gérant obligataire chez Brandywine Global,
une filiale de Legg Mason. 
    Le soulagement pourrait donc être de courte durée, même s'il
est momentanément relégué au second plan par les préoccupations
commerciales.
    Les mesures touchant l'acier et l'aluminium prises le 8 mars
par Donald Trump ne concernent que 2% de l'ensemble des
importations américaines et 0,2% du produit intérieur brut (PIB)
américain, rappelle Nomura, alors que la Chine, cible des
annonces de jeudi, représente à elle seule un déficit de 375
milliards de dollars pour la balance commerciale des Etats-Unis,
soit 47% de l'ensemble de leur déficit commercial. 
    
    
    
    
    "Une réaction négative des marchés financiers pourrait
constituer la pilule amère susceptible de conduire à un
changement de la position américaine", prévient la banque
japonaise en rappelant le précédent de 1987, lorsque la hausse
des taux à long terme et la baisse des actions - notamment lors
du "lundi noir" du 19 octobre - avait contribué au changement de
politique de l'administration Reagan sur les déficits. 
    Ces tensions commerciales sont évidemment de nature à
nourrir la défiance vis-à-vis des marchés d'actions, qui ont
retrouvé voire enfoncé leurs plus bas de début février. 
    La baisse a frappé en premier lieu les secteurs cycliques,
qu'il s'agisse de celui des matières premières, de l'automobile
ou des hautes technologies, tandis que les financières
souffraient du recul des rendements.
    De quoi donner raison à Christopher Potts, le responsable de
la recherche économique de Kepler Cheuvreux, qui jugeait en
début de semaine les marchés européens "mûrs pour la rotation"
au vu des premiers signes suggérant à la fois que le cycle de
croissance s'épuise et que les valeurs défensives ont touché
leur point bas.
    Le point clé de sa stratégie cette année consiste à attendre
une opportunité d'achat sur des actions nettement meilleur
marché d'ici avril-mai. Dans l'attente, Christopher Potts a
augmenté la part de liquidités dans son portefeuille, la portant
de 5% à 6%. 
    La nervosité était plus palpable en fin de semaine chez
certains de ses confrères. Les responsables de la stratégie de
LBPAM jugeaient ainsi vendredi "beaucoup plus inquiétant"
l'absence de pic d'activité et d'achats à bon compte en fin de
séance la veille à Wall Street où le Dow Jones  .DJI  a chuté de
2,93%.
    "Il semble qu'il n'y ait plus personne pour se mettre en
face du marché lorsqu'il baisse", ajoutent-ils. "C'est très
inquiétant et renvoie à une vue beaucoup moins constructive du
marché sur la croissance future."
    Ce pronostic s'appuie entre autres sur la tendance à
dégradation ou la stagnation de nombreux indicateurs
économiques. Les indices d'activité PMI "flash" européens et
l'Ifo allemand ont de fait fléchi plus qu'attendu, enfonçant
l'indice Citi des surprises économiques en Europe en territoire
négatif, au plus bas depuis début 2016.
    
      
       
    Les indices du climat des affaires et du sentiment
économiques dans la zone euro pourraient confirmer cette
tendance mardi. Aux Etats-Unis, l'agenda des prochains jours
inclut entre autres l'indice de confiance du Michigan et les
statistiques des revenus et dépenses des ménages jeudi, à la
veille du long week-end de Pâques. Une trêve sans doute
bienvenue pour des nerfs mis à rude épreuve. 
        
    Voir aussi: 
    *GRAPHES-Le pic de croissance dépassé, les Bourses doutent,
à tort ?  
    *Les tensions commerciales, risque numéro un pour les
gérants-BAML  
    

    <^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^
L'évolution des positions du FOMC    http://tmsnrt.rs/1RzUE7v
U.S. trade in goods with China IMG    http://tmsnrt.rs/2GcOZIH
L'indice Citi des surprises économiques en zone euro    http://reut.rs/2pwYk3Q
    ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^>
 (Edité par Blandine Hénault)
 

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