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POINT HEBDO-La crainte d'une correction plus profonde prend de l'ampleur
information fournie par Reuters23/11/2018 à 12:47

    * Encore des turbulences sur les marchés d'actions
    * Certains voient venir un "bear market", d'autres pas
    * Donald Trump et Xi Jinping ont rendez-vous en Argentine
    * La Réserve fédérale attendue au tournant

    par Patrick Vignal
    PARIS, 23 novembre (Reuters) - Les marchés d'actions
viennent de chuter dans un nouveau trou d'air après deux
corrections depuis le début de l'année et la question, pour de
plus en plus d'observateurs, n'est plus de savoir si le
mouvement est passager mais plutôt s'il va se généraliser et
s'amplifier.
    Le marché baissier ("bear market"), caractérisé par une
baisse de 20% depuis un plus haut annuel, est déjà une réalité
pour de nombreux indices et pour certains secteurs, notamment
les FANG, ces géants américains d'internet dont les
investisseurs continuent de réajuster les valorisations en les
vendant massivement.
    Nicolas Chéron, responsable de la recherche marchés pour
Binck.fr, prend l'exemple de l'indice boursier Italien, le
Footsie MIB  .FTMIB , très chahuté sur fond de confrontation
entre Rome et Bruxelles sur les objectifs budgétaires du
gouvernement de coalition au pouvoir en Italie, avec l'annonce
mercredi par la Commission européenne d'une procédure
disciplinaire pour déficit excessif.  
    "Cet indice est techniquement entré en marché baissier ou 
"bear market", tout comme 30% des indices de la planète en
2018", note Nicolas Chéron.
    "Dans certains pays la correction n'est plus à craindre,
elle est actée", poursuit-il. "La question est de savoir si
cette dernière va maintenant s'aggraver, se propager."
    Parmi les autres indices européens de référence, le Dax
allemand (-13,5% depuis le début de l'année) est clairement
menacé tandis que le CAC 40 parisien  .FCHI  (-6,9%), résiste un
peu mieux.
    Aux Etats-Unis, le Nasdaq Composite  .IXIC  a une fâcheuse
tendance à flancher (-14% depuis son pic de clôture du 31 août),
en raison notamment du poids dans cet indice des énormes
valorisations technologiques, qui s'essoufflent après avoir été
le principal moteur de l'une des plus longues séquences de
hausse de l'histoire boursière américaine.
    "Les indices américains auront-ils la force de terminer
l'année positifs, et ainsi d'inscrire un nouveau record
historique avec une série de dix années consécutives dans le
vert ?", s'interroge Nicolas Chéron. "Les opérateurs commencent
à en douter."
    
    QUE VA DIRE LA FED ?
    Les raisons pour lesquelles le climat des marchés se gâte
après avoir été si porteur en 2017 sont connues, avec en tête de
liste le resserrement des conditions de crédit en raison de
politiques monétaires plus restrictives mais aussi les menaces
que font peser sur la croissance mondiale les tensions entre les
Etats-Unis et leurs principaux partenaires commerciaux, à
commencer par la Chine.
    Sur ce dernier dossier, il faudra suivre le sommet du G20 à
Buenos Aires, avec une rencontre prévue vendredi entre le
président chinois, Xi Jinping, et son homologue américain,
Donald Trump, dont Paul Donovan, chez UBS, invite à ne pas
attendre de miracle.
    "Dans le meilleur des cas, il pourrait y avoir un accord
scellé par une poignée de mains mais dénué de substance", prédit
le chef économiste monde de la branche gestion de fortune de la
banque suisse. "Dans le conflit commercial en cours, ce qui
importe vraiment, c'est de pouvoir tweeter victoire."
    A la querelle entre les deux premières économies du monde
s'ajoutent les incertitudes politiques en Europe (Italie mais
aussi Brexit) et des cycles économiques très mûrs, notamment aux
Etats-Unis, où les indicateurs conjoncturels menacent de se
dégrader, ce qui compliquerait la tâche de la Réserve fédérale
et pourrait la conduire à revoir à la baisse le nombre de
hausses de taux prévues l'an prochain (trois pour l'instant).
    Dans ce contexte, la publication, jeudi, du compte rendu de
la réunion monétaire de novembre de la banque centrale
américaine sera décortiquée soigneusement sur les marchés.
    "Il y a quelques jours, le président de la Fed, Jerome
Powell, a noté qu'il voyait des signes 'inquiétants' d'un
ralentissement mondial, mais la bonne nouvelle est que la Fed
semble prête à réagir", déclare Kristina Hooper, responsable de
la stratégie de marché d'Invesco, laissant ainsi entendre
qu'elle attend des signaux accommodants.
    Elle pourrait obtenir des éléments de réponse avec les
interventions qui se profilent de plusieurs responsables de la
Fed, dont le vice-président Richard Clarida, mardi, et Jerome
Powell lui-même, mercredi puis jeudi.  
    Il faudrait mentionner également le risque de la révision à
la baisse par les entreprises de leurs prévisions de bénéfice,
en raison précisément de la dégradation de l'environnement
économique, ainsi que la chute des cours du pétrole, qui ont
perdu 25% en six semaines.  LCOc1  CLc1 .
    
    PAS DE CATALYSEUR EN VUE
    "Ce n'est peut-être pas très surprenant de voir les
investisseurs se détourner des actifs risqués", fait remarquer
l'analyste Michael Hewson (CMC Markets).
    "Ce que les événements des dernières semaines paraissent
montrer, c'est que les marchés marchent à la confiance et qu'il
ne faut pas nécessairement un gros catalyseur négatif pour
l'entamer. Il s'agit plutôt d'une accumulation de petits
facteurs qui, mis bout à bout, sapent lentement la résistance
des marchés".
    Illustration de ce climat: vendredi, l'euro et les
rendements des emprunts d'Etat de la zone euro ont nettement
reculé après les chiffres inférieurs aux attentes des indices
d'activité PMI "flash" en Allemagne.    
    La vraie question, au vu de ce paysage peu enthousiasmant,
est de savoir si les marchés d'actions vont continuer de plonger
ou s'ils trouveront la force de relever la tête.
    "Techniquement, les signaux ne sont pas très bons parce que
les récentes tentatives de rebond ont échoué lamentablement et
que les catalyseurs pour un rebond digne de ce nom ne sont pas
faciles à trouver", dit Michael Hewson.
    Certains, pourtant, sont moins pessimistes, à l'image de
Frédéric Dodard, responsable des solutions d'investissement pour
la région EMEA chez le gestionnaire d'actifs américain State
Street Global Advisors.
    "Peut-être entrera-t-on en "bear market" fin 2019 mais pas
tout de suite", dit-il. "La correction d'octobre nous paraît
exagérée par rapport aux fondamentaux. Nous voyons la situation
à court terme se stabiliser, avec peut-être même le traditionnel
'rally' de fin d'année."
    
    Voir aussi :
    GESTION-Rachats massifs sur l'obligataire et les fonds
techs-BAML  
    

 (édité par Marc Angrand)
 

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