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Pfizer devra faire preuve de patience face à AstraZeneca

Reuters05/05/2014 à 15:43

PFIZER DEVRA FAIRE PREUVE DE PATIENCE FACE À ASTRAZENECA

par Bill Berkrot et Ransdell Pierson

NEW YORK (Reuters) - Pfizer a déjà essuyé trois refus de la part d'AstraZeneca mais les investisseurs du secteur pharmaceutique estiment qu'il est prêt à encaisser encore quelques rejets avant de se résoudre à envisager une OPA hostile.

Le laboratoire pharmaceutique américain a présenté vendredi une offre de rachat améliorée à 50 livres par action, soit 63 milliards de livres (76,6 milliards d'euros), sur son concurrent britannique, mais celui-ci l'a aussitôt rejetée, estimant que le prix le sous-évaluait "considérablement".

Les investisseurs et les analystes estiment que Pfizer sera obligé de relever son offre à une fourchette allant de 52 à 55 livres par action pour réussir à boucler l'opération, tout en augmentant la part en numéraire jusqu'à 50% au lieu des quelque 30% actuellement.

De nombreux analystes financiers et actionnaires pensent que Pfizer a besoin d'une opération de ce type pour restaurer sa compétitivité en perte de vitesse, mais ils ne pensent pas forcément que son directeur général, Ian Read, soit disposé à passer par dessus la tête de la direction d'AstraZeneca pour s'adresser directement aux actionnaires.

Il se pourrait même qu'il abandonne le projet si une OPA amicale s'avère impossible.

"Je ne crois pas qu'Ian (Read) adoptera cette voie", dit Brian Turner, analyste du secteur chez Levin Capital, qui détient plus de 11 millions d'actions Pfizer.

"Je pense qu'il croit pouvoir y arriver", ajoute ce spécialiste, qui connaît personnellement Ian Read. "Si on lui dit qu'il ne remportera pas l'affaire à un prix paraissant équitable pour les deux parties, il finira par abandonner."

Ian Read, un écossais qui a grandi dans ce qui était la Rhodésie à l'époque (aujourd'hui le Zimbabwe), a passé toute sa carrière chez Pfizer. Comptable de formation, il a rejoint Pfizer en 1978 comme commissaire aux comptes et a gravi les échelons pour devenir responsable de la branche pharmaceutique au niveau mondial en 2006. Il a ensuite été appelé en décembre 2010 pour prendre la direction générale à la suite du brusque départ en retraite de son prédécesseur, Jeffrey Kindler.

UNE OFFRE HOSTILE SERAIT COMPLIQUÉE

Le gérant Bill Smead, de la société de gestion Smead Capital Management, qui possède près de 90.000 actions Pfizer, s'attend à une approche mesurée et à des offres améliorées.

"Il y a l'approche hostile, l'approche amicale, et puis il y a aussi tout simplement la patience", dit-il.

"Je crois qu'ils lâcheront prise s'ils n'arrivent pas à s'entendre, mais rien n'indique (...) que nous ne sommes pas dans un processus normal qui débouchera sur un mariage. Nous sommes probablement à deux ou trois offres d'un dénouement."

Selon la réglementation boursière britannique, Pfizer a jusqu'au 26 mai pour présenter une offre ferme, ou abandonner.

Un rachat d'AstraZeneca aiderait Pfizer à plusieurs niveaux. Il doperait son flux de médicaments anticancéreux en phase de développement et il lui permettrait de se domicilier au Royaume-Uni pour profiter d'une fiscalité nettement plus avantageuse;

Le groupe pourrait alors investir les dizaines de milliards de dollars dont il dispose hors des Etats-Unis sans avoir à verser de lourdes taxes, ce qui serait le cas s'il devait rapatrier cette trésorerie.

Les deux titres ont gagné du terrain à l'annonce de ce projet d'OPA, preuve que le marché apprécie cette opération.

Pfizer a refusé de commenter sa stratégie d'approche.

Mais une offre hostile serait compliquée du fait que l'OPA de Pfizer doit avoir une composante en actions importante pour se domicilier au Royaume-Uni et profiter de son régime fiscal. Une offre en numéraire uniquement ne le permettrait pas.

Marshall Gordon, analyste chez ClearBridge Investments, qui détient plus de 20 millions d'actions Pfizer et plus de 729.000 ADR AstraZeneca, pense lui aussi que le leader américain de la pharmacie ne veut pas lancer une OPA hostile. Mais il estime qu'il se peut que l'américain soit engagé dans une impasse.

"Ils ont besoin que l'opération se fasse car ils l'ont annoncée et le marché a montré qu'il y était favorable", dit-il. "Ce serait difficile de revenir en arrière maintenant."

"Pour arriver à attirer la direction d'Astra à la table des négociations et obtenir un accord à l'amiable, Pfizer devra offrir davantage. Il y a probablement encore de la marge."

GRANDES MANOEUVRES

Ce projet d'OPA s'inscrit dans un contexte de grandes manoeuvres dans l'industrie pharmaceutique mondiale en quête d'une meilleure rentabilité via des rachats, des échanges d'actifs et des cessions de portefeuilles de médicaments arrivés à maturité pour se concentrer sur les produits à forte croissance et à marges bénéficiaire élevées.

Outre l'OPA non-sollicitée de Pfizer sur AstraZeneca, le groupe suisse Novartis a récemment échangé certains actifs avec le britannique GlaxoSmithKline (GSK), tout en vendant sa division de santé animale à l'américain Eli Lilly. Dans la même optique, Abbott, Merck et Sanofi cherchent à vendre des portefeuilles de médicaments anciens représentant plusieurs milliards de dollars et GSK a fait savoir qu'il pourrait faire la même chose.

Pfizer, qui s'est lui aussi récemment séparé de son activité de santé animale et d'aliments pour nourrissons, réfléchit également à une éventuelle cession de ses médicaments anciens, représentant des centaines de produits qui ne sont plus protégés par des brevets ou qui sont en passe de les perdre.

Certains analystes estiment qu'un rachat d'AstraZeneca permettrait à Pfizer de regrouper les divisions de médicaments matures des deux groupes pour les céder ou les coter séparément.

Mais après une revue de performance financière, le groupe dit qu'il ne pourrait pas se défaire de cette activité avant 2017. Il s'agit de l'une de ses trois plus grosses branches d'activité qui a réalisé un chiffre d'affaires de 9,46 milliards de dollars en 2013, soit 18% de ses ventes totales.

(Juliette Rouillon pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)


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