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Passe d'armes entre membres de la BCE sur la relance

Reuters17/10/2014 à 18:53

* Weidmann estime que l'Allemagne n'a pas besoin de mesures de soutien * Coeuré juge qu'une politique budgétaire peut contribuer à lutter contre une inflation basse * Dire que la BCE devient une "bad bank" est "absurde" - Nowotny (Actualisé tout du long) par Aija Krutaine et Michael Shields RIGA/VIENNE, 17 octobre (Reuters) - Des responsables de la Banque centrale européenne (BCE) ont étalé vendredi leurs divergences de vues sur les mesures nécessaires pour relancer une économie de la zone euro à l'arrêt, à l'occasion d'une passe d'armes qui illustre des désaccords profonds au sein de l'institution. Le président de la Bundesbank Jens Weidmann a estimé que l'Allemagne n'avait pas besoin de stimulants budgétaires, rejetant les appels à peine voilés du président de la BCE Mario Draghi en faveur d'une hausse de l'investissement public allemand pour soutenir la zone euro. De nombreux Etats, dont les Etats-Unis, et organisations internationales appellent Berlin, fervent défenseur de l'austérité budgétaire, à utiliser son important excédent courant et sa marge de manoeuvre budgétaire pour investir davantage. De son côté, Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE et considéré comme un lieutenant de Mario Draghi, a déclaré que les gouvernements pourraient contrer les prix bas avec "une politique budgétaire, quand elle est possible sans remettre en cause la soutenabilité de la dette à long terme", envoyant un signal clair à des pays comme l'Allemagne. Cette passe d'armes entre Jens Weidmann, considéré comme un 'faucon' et un tenant de la 'ligne Draghi' illustre le désaccord sur les limites du champ d'action de la BCE, au moment où les marchés, nerveux, réclament des gages. Le patron de la Bundesbank et membre du conseil des gouverneurs de la BCE a écarté l'idée qu'une hausse de l'investissement public allemand puisse bénéficier aux économies des autres pays de la zone euro. "Le bénéfice pour les pays périphériques d'une hausse de l'investissement public allemand serait sans doute négligeable", a-t-il dit lors d'une conférence à Riga, lors de laquelle Benoît Coeuré s'est également exprimé. "L'économie opérant à un taux d'utilisation des capacités normal, l'Allemagne n'a pas besoin non plus de stimulants et ça restera valable avec les prévisions révisées qui donnent encore une croissance conforme à son potentiel". Mardi, peu après que l'Allemagne a revu ses prévisions de croissance à la baisse, la chancelière Angela Merkel avait réitéré son objectif de parvenir à l'équilibre budgétaire en 2015, rejetant les appels en faveur d'un effort en matière d'investissement. ID:nL6N0S93J2 LA BCE, UNE 'BAD BANK' ? Dans un discours prononcé fin août à Jackson Hole, Mario Draghi avait déclaré que la BCE se tenait prête à procéder à de nouveaux ajustements de sa politique monétaire. Il avait également appelé les gouvernements à procéder à des réformes structurelles. L'institut de Francfort a abaissé ses taux d'intérêt à des plus bas record et dévoilé un programme de rachats d'ABS (valeurs mobilières adoséées à des actifs), mais Berlin rechigne à augmenter ses dépenses tandis que certains de ses partenaires traînent des pieds pour mettre en oeuvre des réformes annoncées. Mario Draghi espère que les achats d'ABS réveilleront l'appétit du marché pour ces titres et soutiendront l'économie en offrant aux entreprises une source alternative de financement. Mais pour Jens Weidmann, ces achats "sont sujets à caution s'ils impliquent un transfert des risques des banques vers le bilan de la banque centrale". "En définitive, cela pourrait revenir à transférer le risque des banques vers le contribuable", a-t-il observé. A Vienne, un autre membre du conseil des gouverneurs, Ewald Nowotny, a jugé "absurdes" les craintes que les achats d'ABS transfèrent le risque des prêteurs vers la banque centrale. "Cette discussion, à propos de la BCE devenant une structure de défaisance, nous vient de l'Allemagne", a déclaré le président de la banque centrale autrichienne. "Pour parler franchement, c'est absurde car quand on regarde le bilan de la BCE la part possible des ABS est tellement petite, c'est quelque chose que l'on ne peut absolument pas comparer à une 'bad bank'." Benoît Coeuré a déclaré que la BCE débuterait ses rachats d'ABS dans quelques jours. Il a cherché, de concert avec Ewald Nowotny, à rassurer concernant les perspectives de la zone euro à la fin d'une semaine qui a vu les marchés d'actions et monétaires s'affoler en raison d'une croissance à l'arrêt, d'une inflation basse, de risques politiques en Grèce et des budgets français et italiens. Benoît Coeuré a estimé que la zone euro était toujours sur la voie de la reprise. "Nous prévoyons que la croissance soit positive aux troisième et quatrième trimestres dans la zone euro", a-t-il ajouté. Les deux hommes ont réaffirmé que la BCE agirait si besoin. "Il existe des moyens supplémentaires. Je voudrais souligner que nous ne sommes pas en récession et que nous avons des taux de croissance positifs. Ce n'est pas comme si la BCE devait ouvrir tout de suite la trousse de secours", a déclaré le gouverneur de la Banque d'Autriche. (Avec Eva Taylor à Francfort, Aija Braslina et Paul Carrel, Wilfrid Exbrayat et Mathilde Gardin pour le service français, édité par Benoît van Overstraeten)

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