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Otan-Macron provoque une onde de choc avant le sommet anniversaire
Reuters08/11/2019 à 16:11

    * Un mois avant le sommet anniversaire de l'Otan à Londres
    * Le devenir de l'article 5 en question
    * Critiques et interrogations des alliés, satisfecit russe

    par Marine Pennetier
    PARIS, 8 novembre (Reuters) - A un mois du sommet des 70 ans
de l'Otan, les propos d'Emmanuel Macron sur une Alliance
atlantique en état de "mort cérébrale" provoquent une onde de
choc et relancent le débat sur le devenir et la finalité
stratégique de l'organisation, déjà sous le coup des critiques
répétées de Donald Trump.
    Depuis sa diffusion jeudi, l'interview du chef de l'Etat
français dans The Economist n'en finit plus de susciter des
remous, de Berlin - où la chancelière Angela Merkel a pris ses
distances avec un jugement "radical" - à Moscou où le ministère
des Affaires étrangères a salué des "paroles sincères".
    Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a pour sa
part assuré que l'Alliance était "forte", le Premier ministre
canadien Justin Trudeau a insisté sur son "rôle extrêmement
important" et le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a
estimé que l'Otan restait "historiquement un des partenariats
stratégiques les plus importants".    
    Les déclarations du chef de l'Etat français - notamment sur
le devenir de l'article 5 de l'Otan, pierre angulaire du traité
qui prévoit une solidarité automatique en cas d'agression contre
un des Etats membres - laissent présager de vifs débats dans la
capitale anglaise les 3 et 4 décembre entre les 29 pays membres.
    La position française est toutefois loin d'être une
surprise. Emmanuel Macron avait déjà donné le ton à l'issue du
dernier Conseil européen à Bruxelles le 18 octobre, fustigeant
"la faute lourde" de l'Otan et émettant des doutes sur la
stratégie de l'alliance face aux crises contemporaines après
l'offensive turque en Syrie. 
    "L'Otan en tant que système ne régule pas ses membres",
renchérit-il dans les colonnes de The Economist. "C'est quoi,
l'article 5 demain ? C'est-à-dire que si le régime de Bachar al
Assad décide de répliquer à la Turquie (membre de l'Otan, NDLR),
est-ce que nous allons nous engager, c'est une vraie question".
    "Il faut clarifier maintenant quelles sont les finalités
stratégiques que l'on veut poursuivre au sein de l'Otan",
ajoute-t-il. 
    
    "RISQUE"
    Créée en 1949 au début de la Guerre froide, l'Organisation
du Traité de l'Atlantique Nord (Otan) est notamment intervenue
en Bosnie en 1995 et au Kosovo en 1999 avant de s'engager dans
la "guerre contre le terrorisme" après les attentats du 11
septembre 2001, en Libye ou encore en Afghanistan.
    Mais depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison blanche en
janvier 2017, l'organisation internationale est la cible
d'attaques du président américain qui la juge "obsolète", trop
coûteuse et pas assez efficace.
    Pas un sommet de l'Otan ne se passe désormais sans que le
locataire de la Maison blanche n'égratigne les "mauvais payeurs"
et ne réclame un meilleur "partage du fardeau" entre Etats
membres au nom de leur engagement pris en 2014 à porter leur
budget défense à 2% de leur PIB d'ici 2024. 
    Le sommet de Londres ne devrait pas déroger à la règle. Les
observateurs s'attendent à une nouvelle remise en cause de
l'article 5 par le président américain à même de raviver
l'inquiétude des pays de l'Est qui comptent sur le "parapluie
américain" pour assurer leur sécurité. Et les interrogations
d'Emmanuel Macron ne devraient pas aider.         
    "Il y a un réel problème et le risque d'une prophétie
auto-réalisatrice quand Trump et Macron disent la même chose à
propos de l'article 5, surtout à un moment où il n'y a ni
consentement européen ni capacités européennes" pour trouver un
substitut à l'Otan, estime ainsi François Heisbourg, conseiller
à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) .
    Quant à une potentielle stratégie visant à provoquer un
électrochoc, "cela ne fonctionnera pas en 2019 : les
Britanniques sont obsédés par le Brexit et ont des élections,
les Allemands sont paralysés, les Polonais fortement opposés,
les Espagnols ont des élections et je ne pense pas que l'Italie
était le public qu'il visait ", ajoute-t-il sur Twitter. 
    
    "KILL THE MESSENGER!"
    Les propos d'Emmanuel Macron vont "nuire à l'Otan et
pourraient être utilisés par ses détracteurs, dont Trump",
renchérit Thomas Wright, du think tank Brookings Institution de
Washington.  
    Des critiques auxquelles ne s'associe pas l'ancien
ambassadeur de France aux Etats-Unis, Gérard Araud, qui souligne
que ce n'est pas la France qui a commencé "à mettre en doute
l'utilité de l'Otan, ce n'est pas la France qui piétine en ce
moment les valeurs et les intérêts de l'Otan en Syrie.".
    "C'est la France qui nous appelle à tirer les conséquences
de cette crise indéniable", estime-t-il sur Twitter, pariant que
la France va devenir dans les prochains jours le "bouc
émissaire" de ses alliés. "Une façon pour eux de se rassurer
sans rien faire de substantiel pour répondre à la crise. Kill
the messenger!".
    A Paris, une source française reconnaît que la stratégie
d'Emmanuel Macron, qui vise à "mettre les choses sur la table et
dire ce que beaucoup d'autres pensent mais n'osent pas dire",
est "risquée".
    Mais "soit on joue une unité molle en ne disant rien et on
sera complice d'une forme de laxisme par rapport à une situation
qui est grave ; soit on joue la carte 'cash' qui crée des
clivages mais avec l'ambition à terme d'arriver à créer un
consensus", ajoute cette source. 

 (avec Michel Rose, édité par Sophie Louet)
 

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