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Macron juge que l'Otan est en "mort cérébrale", Merkel et Pompeo pas d'accord
Reuters07/11/2019 à 22:20

 (Actualisé avec réaction russe)
    PARIS, 7 novembre (Reuters) - Emmanuel Macron a estimé que
l'Otan était en état de "mort cérébrale", s'attirant les
critiques de l'Allemagne et des Etats-Unis qui jugent ce
partenariat stratégique incontournable.
    Dans un entretien publié jeudi dans The Economist, le
président français, qui voit l'Europe "au bord du précipice"
dans le cadre géopolitique actuel, invite ses partenaires à se
réveiller afin de conserver le contrôle de leur destinée.
    A Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré
ne pas partager la vision "radicale" d'Emmanuel Macron,
soulignant que l'Otan restait "la pierre angulaire de la défense
européenne". En visite à Leipzig, le secrétaire d'Etat américain
Mike Pompeo a considéré pour sa part que l'Alliance "demeurait
un partenariat stratégique essentiel, peut-être historiquement
le plus essentiel".
    "Des propos en or (...) Une parfaite définition de l'état
actuel de l'Otan", estime en revanche Maria Zakharova,
porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, sur
Facebook.
    Le désengagement des Etats-Unis - qui "nous tournent le dos"
- sur la scène internationale contraint les Européens à
"réévaluer la réalité" de l'Alliance atlantique aujourd'hui,
juge Emmanuel Macron.
    "Nous devrons à un moment faire le bilan de l'Otan. Ce qu'on
est en train de vivre, c'est pour moi la mort cérébrale de
l'Otan", considère-t-il. "L'Otan en tant que système ne régule
pas ses membres."
    Pour la première fois, dit-il au sujet de Donald Trump,
"nous avons un président américain qui ne partage pas l'idée du
projet européen, et la politique américaine se désaligne de ce
projet".
    "Les conséquences, nous les voyons en Syrie en ce moment :
le garant en dernier ressort, l'ombrelle qui rendait l'Europe
plus forte, n'a plus la même relation avec l'Europe. C'est
pourquoi notre défense, notre sécurité, les éléments de notre
souveraineté, doivent être pensés en propre", juge-t-il.
    "Regardons les choses en face. Vous avez des partenaires qui
sont ensemble dans une même région du globe, et vous n'avez
aucune décision stratégique des Etats-Unis d'Amérique avec les
partenaires de l'Otan", explique le président français à propos
de l'offensive militaire turque dans le Nord-Est syrien.
    
    ROUVRIR UN DIALOGUE STRATÉGIQUE AVEC LA RUSSIE
    "Il n'y a pas eu de planification ni de coordination par
l'Otan. Il n'y a même pas eu de déconfliction par l'Otan",
déplore Emmanuel Macron.
    Se pose pour lui la question de la pertinence de l'article 5
du traité de l'Atlantique-Nord qui a présidé à la création de
l'organisation en 1949. Prié de dire s'il croit en l'efficacité
de ce dispositif, il répond : "Je ne sais pas, mais c'est quoi
l'article 5 demain? C'est-à-dire que si le régime de Bachar al
Assad décider de répliquer à la Turquie (membre de l'Otan-NDLR),
est-ce que nous allons nous engager, c'est une vraie question".
    L'article 5 stipule qu'"une attaque armée contre l'une ou
plusieurs d'entre elles [des parties], survenant en Europe ou en
Amérique du Nord, sera considérée comme une attaque dirigée
contre toutes les parties".
    En conséquence, est-il écrit, "elles conviennent que, si une
telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du
droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu
par l'article 51 de la Charte des Nations unies, assistera la
partie ou les parties ainsi attaquées".
    "Je dis juste que, si nous n'avons pas un réveil, une prise
de conscience de cette situation et une décision de s'en saisir,
le risque est grand, à terme, que géopolitiquement nous
disparaissions, ou en tout cas que nous ne soyons plus les
maîtres de notre destin. Je le crois très profondément",
réaffirme le président français.
    Ce sursaut, estime-t-il, nécessite de "retrouver la
souveraineté militaire" européenne et de "rouvrir un dialogue
stratégique" avec la Russie.
    L'hebdomadaire britannique précise que l'interview s'est
déroulée le 21 octobre à l'Elysée.

 (Sophie Louet, Jean-Stéphane Brosse et Jean-Philippe Lefief,
avec Thomas Escritt et Paul Carrel à Berlin, Reuters TV à
Leipzig et Gabrielle Tétrault-Farber à Moscow)
 

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