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Macron défend une francophonie offensive et décentralisée

Reuters20/03/2018 à 18:49
 (Répétition technique)
    * Soutien aux systèmes éducatifs en Afrique
    * Souhaite réinvestir les espaces internationaux
    * Donne des gages face aux soupçons de colonialisme

    PARIS, 20 mars (Reuters) - Emmanuel Macron a dévoilé mardi
son plan de bataille en matière de défense de la langue
française, prônant une francophonie "plurielle" et ouverte sur
le monde et se défendant de toute tentation hégémonique face aux
soupçons de néo-colonialisme.
    Le chef de l'Etat, qui avait choisi le lieu symbolique de
l'Académie française à Paris pour lancer cette offensive
linguistique, a égréné, devant les "immortels" et 300 jeunes
lycéens et étudiants, une trentaine de mesures visant à redonner
toute "son ambition" au français. 
    "La langue française", a-t-il souligné, "est souvent
bousculée par d'autres langues qui visent à l'hégémonie, elle a
d'ailleurs reculé ces dernières décennies parce que nous l'avons
parfois abandonnée" notamment au Moyen-Orient ou en Asie.
    "Aujourd'hui, il nous faut réussir à apprendre, échanger et
créer en français", a-t-il estimé, insistant sur l'importance de
renforcer les systèmes d'enseignement et d'apprentissage du
français existants, en Afrique - où se trouve l'écrasante
majorité des 275 millions de francophones - comme en France. 
    Des crédits supplémentaires vont être débloqués dans la
lignée de l'engagement pris en février à Dakar par Emmanuel
Macron, qui a annoncé une contribution de 200 millions d'euros
au Partenariat mondial pour l'éducation (PME)  . 
    Selon l'Elysée, l'agence française du développement (AFD) va
 doubler ses moyens consacrés aux systèmes éducatifs d'Afrique
francophone pour atteindre 350 millions d'euros par an et
mobilisera dès cette année 175 millions d'euros supplémentaires.
    
    "USAGE UTILE DE LA LANGUE"
    "Colonne vertébrale" de l'enseignement du français, les
lycées français à l'étranger qui accueillent actuellement
350.000 jeunes dans 500 établissements, auront vocation à en
accueillir le double afin de répondre à une demande croissante. 
    Les conditions d'accueil des étudiants étrangers devront
elles être améliorées à l'heure où la France s'apprête à doubler
le nombre d'étudiants venant des pays émergents accueillis dans
l'Hexagone. Un plan en ce sens sera présenté début 2019. 
    Pour les réfugiés accueillis en France, le volume des cours
de français passera de 250 heures à 400 voire 600 heures pour
ceux ne maîtrisant ni la lecture ni l'écriture.
    Passée l'étape de l'apprentissage, le second défi "est de
faire du français une langue majeure d'échange, de
communication" et "de créer un usage utile de la langue".
    Pour y parvenir, le chef de l'Etat souhaite notamment
encourager l'apprentissage d'au moins deux langues étrangères,
une mise en ligne accélérée des ressources des universités
francophones et un renforcement des médias francophones. 
    La "domination" de l'anglais "n'est pas une fatalité", a
estimé Emmanuel Macron, appelant à "réinvestir certains lieux". 
    A l'heure actuelle, selon l'OIF, le français est la
cinquième langue la plus parlée dans le monde (après le
mandarin, l'anglais, l'espagnol, l'arabe et l'hindi), la
troisième langue des affaires et la quatrième d'internet. 
    Sous l'effet des dynamiques démographiques, le nombre de
francophones pourrait en effet bondir et atteindre 700 millions
d'ici le milieu du siècle - dont 85% se trouveront en Afrique. 
    
    "PAS DE FAUX NEZ"
    L'offensive en faveur de la langue française d'Emmanuel
Macron a fait ces derniers mois grincer des dents. L'écrivain
franco-congolais Alain Mabankou et le théoricien camerounais du
post-colonialisme Achille Mbembe, ont notamment pointé des
relents de colonialisme  . 
    Dans ses propos liminaires à l'Académie, l'écrivain Amin
Maalouf a souligné que l'humanité n'avait pas besoin d'une
"langue unique" et appelé à respecter la mémoire de toutes les
langues, chacune porteuse de "la dignité d'un peuple". 
    "Il est de la responsabilité de la France de faire vivre nos
francophonies non pas comme un faux-nez de notre empire colonial
comme certains le prétendent mais parce que nous croyons dans le
destin de notre langue", a répondu Emmanuel Macron. 
    "La France est consciente de ne pas porter seule le destin
du français" et doit "s'enorgueillir d'être un pays parmi
d'autres qui écrit parle en français, c'est ce décentrement
qu'il nous faut penser", a-t-il ajouté. 
    Signe de cette nouvelle ère, le chef de l'Etat a annoncé un
soutien aux industries culturelles et créatives francophones
afin de "décloisonner les espaces culturels français, africains,
maghrébins" et de faciliter leur circulation.
    Le château de Villers-Cotterets (Aisne), actuellement en
état d'abandon, abritera d'ici la fin du quinquennat un
"laboratoire de la francophonie", "lieu d'expositions, de
rencontres de recherches et de résidence" pour toutes les
cultures francophones.  

 (Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse)
 

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