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Londres muscle son jeu avant les négociations avec Bruxelles sur l'après-transition
Reuters27/02/2020 à 12:50

    par Elizabeth Piper, Kylie MacLellan et William James
    LONDRES, 27 février (Reuters) - La Grande-Bretagne a dévoilé
jeudi son mandat de négociation avec l'Union européenne, se
fixant des objectifs qui la placent sur une trajectoire de
collision frontale avec Bruxelles.
    Un mois après le Brexit âprement négocié, les deux parties
s'apprêtent à se lancer dans une nouvelle discussion ardue
portant sur leur relation future, notamment commerciale. Ce
cycle est censé s'achever d'ici le terme de la période de
transition, fixé à fin décembre.
    En admettant que la sortie de l'union douanière et du marché
unique européen va provoquer de nouvelles "frictions" pour les
entreprises britanniques, Londres a clairement posé son jeu: la
reconquête de la souveraineté britannique passe avant la santé
au moins à court terme de l'économie.
    "A la fin de la période de transition, le 31 décembre, le
Royaume-Uni récupérera intégralement son indépendance économique
et politique", a déclaré le ministre du bureau du cabinet,
Michael Gove, qui présentait au Parlement le mandat confié aux
négociateurs britanniques.
    "Nous voulons les meilleurs liens commerciaux possibles avec
l'Union européenne, mais dans la recherche d'un accord, nous ne
marchanderons pas notre souveraineté", a-t-il dit.
    Dans le calendrier tel que défini par le mandat de
négociation britannique, Londres et Bruxelles auraient jusqu'à
juin pour parvenir à l'"esquisse sommaire d'un accord", lequel
serait finalisé d'ici septembre. A défaut, le Royaume-Uni est
disposé à passer à des relations largement fondées sur les
règles générales de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
    Londres comme Bruxelles affichent leur volonté de conclure
un accord d'ici le 31 décembre de sorte que les échanges
commerciaux soient le moins pénalisés, même s'il y aura
nécessairement des contrôles supplémentaires, et que les
arrangements sur des domaines particuliers comme l'aviation
puissent s'appliquer sans accrocs.
    Mais alors que les premières négociations sur
l'après-transition doivent débuter lundi à Bruxelles, les deux
camps ne se sont même pas accordés sur le format de ces
discussions.

    PÊCHE, CITY ET DÉFENSE
    Les Européens, qui s'attendent à des négociations "très
difficiles", ont prévenu cette semaine qu'elles seraient vouées
à l'échec si Londres ne prend pas les mesures nécessaires pour
sécuriser son unique et nouvelle frontière terrestre avec l'UE,
qui sépare l'île d'Irlande. Bruxelles affirme que les
Britanniques s'y sont engagés.
    On sait depuis des mois que l'une des difficultés majeures
de la négociation portera sur le respect de règles du jeu
équitables que Bruxelles réclame pour éviter tout déséquilibre
concurrentiel en matière de normes environnementales, de droit
du travail ou de subventions publiques.
    Les Européens veulent que les Britanniques s'engagent
juridiquement à respecter ces règles. Londres réplique que ce
n'est pas nécessaire puisque le Royaume-Uni est précisément en
train de reprendre le contrôle de sa législation et ajoute que
ce respect des règles ne figure pas dans d'autres accords
commerciaux conclus par l'UE avec des pays tiers.
    La pêche pourrait aussi poser de gros problèmes. "Nous ne
lierons pas l'accès à nos eaux de pêche à l'accès aux marchés
européens", a prévenu Michael Gove. Le mandat confié aux
négociateurs souligne que le Royaume-Uni est un "Etat côtier
indépendant" et réclame un accord séparé sur la pêche avec
révision annuelle des quotas autorisés de prises.
    En matière de défense aussi, la négociation s'annonce
serrée. Puissance nucléaire disposant d'un siège permanent au
Conseil de sécurité des Nations unies et bénéficiant d'une
coopération particulière avec le renseignement américain via le
réseau d'espionnage Five Eyes, la Grande-Bretagne était un
pilier de la défense européenne. 
    Et Londres sait combien les Européens souhaitent conclure un
traité de défense et de sécurité. "La Grande-Bretagne identifie
correctement ce sujet comme étant dans notre intérêt et elle se
fait désirer", souligne un diplomate européen à Bruxelles.
    A l'inverse, les Britanniques, soucieux de préserver les
intérêts de la City de Londres, réclament des obligations
"juridiquement contraignantes" en terme d'accès durable au
marché financier européen quand les Européens ne parlent à ce
stade que d'une coopération "volontaire".

 (avec Gabriela Baczynska à Bruxelles
version française Henri-Pierre André, édité par Jean-Michel
Bélot)
 

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