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Liban: le Premier ministre donne 3 jours au gouvernement pour soutenir ses réformes
AFP18/10/2019 à 23:08

Des pneus brûlent lors de manifestations contre le pouvoir à Beyrouth, le 18 octobre 2019 ( AFP / JOSEPH EID )

Le Premier ministre libanais Saad Hariri a donné vendredi 72H à sa fragile coalition gouvernementale pour soutenir ses réformes économiques, face à la colère de milliers de Libanais manifestant pour le 2e jour de suite contre la corruption de la classe politique.

Vendredi soir, les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes, dispersant la foule réunie à Beyrouth devant le siège du gouvernement dont le départ est réclamé par les manifestants. Ceux-ci restaient mobilisés dans les rues de la capitale, situation inédite depuis plusieurs années.

Dans une allocution télévisée, le Premier ministre a défendu les réformes qu'il tente de faire adopter pour redresser une économie en berne, accusant des membres de la coalition gouvernementale d'entraver ses efforts.

"Ce que l'on voit depuis hier, c'est la douleur des Libanais", a reconnu Saad Hariri, les traits tirés et l'air grave. "Nos partenaires au gouvernement doivent nous donner une réponse claire, définitive", pour montrer que "nous avons tous opté pour des réformes, sinon je tiendrais un tout autre discours dans un très court délai de 72 heures".

Après son discours, des heurts ont éclaté dans le centre de la capitale.

Au moins 52 membres des forces anti-émeutes ont été blessés et 70 personnes arrêtées, ont indiqué les Forces de sécurité intérieure sur Twitter.

L'éventuel nombre de manifestants blessés reste pour l'instant inconnu.

Les manifestants ont enflammé des pneus et des bennes d'ordure, bloqué des routes à travers le pays. Et pour le deuxième jour consécutif, la circulation est perturbée sur la route de l'aéroport international.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri s'adresse aux Libanais manifestant contre la corruption à Beyrouth, le 18 octobre 2019 ( AFP / Marwan TAHTAH )

Toute la journée, d'épaisses colonnes de fumée noire se sont élevées au-dessus de la capitale et de nombreuses villes libanaises. Banques, écoles, universités et institutions publiques sont restées fermées.

Pour Carole, une manifestante de 27 ans, M. Hariri fait erreur en "donnant un délai de trois jours alors qu'ils (la classe politique libanaise) avaient 20, 30 ans pour régler les problèmes. (...) C'est inacceptable, il vaut mieux qu'il parte".

- Hariri, Aoun, Hezbollah -

Les manifestants ont envahi les rues après la décision jeudi soir du gouvernement de taxer les appels effectués via les applications de messagerie Internet comme WhatsApp.

Une mesure aussitôt annulée sous la pression de la rue, mais les Libanais ont poursuivi leur mouvement pour exprimer leur ras-le-bol d'une classe politique accusée d'affairisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence et où la vie est chère.

Les manifestations nocturnes de jeudi avaient déjà été marquées par des heurts entre manifestants et forces de sécurité. 23 manifestants avaient été blessés, selon la Croix-Rouge, et 60 membres des forces de sécurité d'après la police.

Un Libanais observe des pneus brûler lors d'une manifestation contre le gouvernement à Beyrouth, le 18 octobre 2019 ( AFP / Ibrahim CHALHOUB )

Vendredi, les manifestants ont brandi des drapeaux libanais et scandé devant le siège du gouvernement "Dehors, dehors Hariri" ou "Le peuple veut la chute du régime", slogan du Printemps arabe.

D'autres ont déchiré des portraits de M. Hariri, certains criaient des slogans contre le président Michel Aoun. Des centaines se sont rassemblés vendredi soir devant le palais présidentiel, au sud-est de Beyrouth.

"Pour une fois, les gens ne mettent pas en avant la religion ou le parti qu'ils soutiennent", dans un pays habitué aux rassemblements partisans et confessionnels, a souligné Yara, 23 ans.

Des manifestations ont aussi eu lieu dans des régions dominées par le puissant mouvement armé chiite Hezbollah, pas habitué à des mouvements d'opposition dans ses fiefs.

"Je veux de l'électricité, je veux que les rues soient éclairées. Je ne veux plus entendre le bruit des générateurs" qui fournissent du courant à des prix exorbitants lorsque l'électricité publique est coupée, a asséné Dima Hassan, 42 ans.

- "Mauvaise gestion" -

Des femmes manifestent contre le gouvernement dans le centre de Beyrouth, le 18 octobre 2019 ( AFP / ANWAR AMRO )

Près de 30 ans après la fin de la guerre civile (1975-1990), le Liban est toujours en pénurie chronique d'électricité et d'eau potable et miné par les crises politiques à répétition.

A la corruption endémique et aux infrastructures en déliquescence, s'ajoutent les répercussions économiques de la guerre en Syrie voisine depuis 2011.

Cette mobilisation populaire est la plus importante depuis les manifestations contre le pouvoir en 2015, durant une crise de gestion des déchets qui perdure encore.

Spontanées, "les manifestations sont le résultat d'une accumulation de griefs, conséquence principale d'une mauvaise gestion du gouvernement", explique Sami Nader, du Levant Institute for Strategic Affairs, en citant un pouvoir d'achat faible et des taxes en augmentation. 

Ces dernières semaines, la tension était montée avec des craintes d'une dévaluation de la livre libanaise et d'une pénurie de dollars sur les marchés de change.

Le Liban s'est engagé en avril 2018 à se réformer en contrepartie de promesses de prêts et de dons d'un montant total de 11,6 milliards de dollars.

La dette publique culmine à plus de 86 milliards de dollars, soit plus de 150% du PIB, troisième taux le plus élevé au monde après le Japon et la Grèce.

ho-rh/tgg/feb/all/mba

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3 commentaires

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  • M3182284
    19 octobre00:41

    @merias merci pour ce moment ^^

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