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Les tarifs en France risquent encore de peser sur le titre EDF

Reuters08/06/2012 à 13:10

Les tarifs en France risquent encore de peser sur le titre EDF

par Benjamin Mallet et Caroline Jacobs

PARIS (Reuters) - Une clarification des intentions à long terme du gouvernement en matière de hausse des tarifs de l'électricité serait nécessaire pour permettre un rebond de l'action EDF en Bourse, estiment des analystes interrogés par Reuters.

Cette clarification apparaît d'autant plus urgente pour le groupe public que, si la question des tarifs le pénalise depuis plusieurs années déjà, il doit aujourd'hui financer des investissements massifs dans son parc nucléaire et supporter seul le coût croissant des énergies renouvelables.

Mais le gouvernement entend prendre son temps, entretenant ainsi l'incertitude dans un contexte où le PDG d'EDF Henri Proglio reste dans une position fragile, certains responsables du PS ayant évoqué sa possible éviction pendant la campagne électorale.

Preuve que la question n'est pas tranchée, le Ministère en charge de l'Energie fait savoir qu'il travaille actuellement sur les tarifs et qu'il est "trop tôt pour donner des indications sur la méthode qui sera utilisée".

"Je crains que le gouvernement ne décide de geler les tarifs (cet été) et ne donne l'impression de reporter sa décision en annonçant l'ouverture d'une revue de six mois qui ferait ensuite l'objet d'un débat. Entre-temps, bien sûr, EDF resterait dans le vide total dans lequel il est actuellement", estime Per Lekander, analyste chez UBS.

L'Etat, qui détient 84% du capital d'EDF, pourrait se contenter de valider une hausse au 1er juillet de la contribution au service public de l'électricité (CSPE) décidée par le précédent exécutif, ajoute Per Lekander.

La hausse de cette taxe, pour financer en particulier le développement des énergies renouvelables, entraînerait une augmentation de la facture finale limitée à 1,5% environ.

"RISQUES DE GROSSES AMENDES"

Les doutes sur les tarifs, conjugués à un possible ralentissement du marché nucléaire mondial post Fukushima, ont alimenté ces derniers mois la défiance à l'égard de l'action EDF. Celle-ci a même atteint le 1er juin son plus bas historique depuis son introduction en Bourse fin 2005, à 14,80 euros, après avoir chuté de 39% en 2011.

Les investisseurs attendent en particulier des clarifications sur le devenir de la loi sur la nouvelle organisation des marchés de l'électricité (Nome), que le PS a combattue avant son entrée en vigueur en juillet 2011 et dont il a même demandé une suspension d'application pendant la campagne électorale.

Pour stimuler la concurrence imposée par Bruxelles, la loi permet aux rivaux d'EDF de lui acheter de l'électricité d'origine nucléaire. Mais, sur le plan des tarifs, elle pourrait également entraîner une hausse de 30% sur cinq ans favorable à l'opérateur historique.

"Je ne crois pas à une suspension de la loi Nome car cela entraînerait un imbroglio juridique avec la Commission européenne et les concurrents, et des risques de grosses amendes", indique cependant Myriam Cohen, analyste chez Alphavalue.

Le gouvernement dispose d'au moins deux leviers pour limiter les hausses prévues afin de tenir compte de l'augmentation des coûts d'EDF.

Il pourrait d'une part limiter la hausse de l'accès régulé à l'électricité nucléaire historique que paient les fournisseurs alternatifs, un prix que les tarifs réglementés doivent progressivement intégrer d'ici à 2016 et pour lequel l'électricien public demande une réévaluation à la hausse.

Une autre solution consisterait à élargir l'assiette de la CSPE aux industries gazière et pétrolière, en mettant par exemple GDF Suez et Total à contribution.

EDF fait en effet valoir que le montant de la CSPE n'a pas suivi l'évolution de ses charges et qu'il a en conséquence supporté un déficit cumulé de 3,8 milliards d'euros à fin 2011 après 1,7 milliard à fin 2009 et 2,7 milliards à fin 2010.

"BUT CONTRE SON CAMP"

"Un élargissement de l'assiette de la CSPE permettrait de freiner les hausses de tarifs dans le secteur régulé mais il reste à savoir qui, au bout de la chaîne, paiera le coût exorbitant (et peu créateur d'emplois) de l'énergie photovoltaïque", déclare toutefois Myriam Cohen.

Pour Per Lekander, augmenter les tarifs au rythme prévu par la loi Nome reviendrait pour la majorité de gauche à "marquer un but contre son camp".

"Mon opinion, c'est que l'action EDF restera autour du niveau actuel jusqu'à ce que la loi Nome soit clarifiée."

Un analyste basé à Paris prévient pour sa part que, "si le niveau des tarifs n'était pas assez important, EDF atteindrait des niveaux d'endettement extrêmement élevés et devrait procéder à des cessions qui seront elles-mêmes dilutives et entraîneraient une baisse du dividende".

"L'équation détériorerait tellement les ratios financiers qu'EDF pourrait être amené à revoir son expansion internationale", ajoute-t-il.

"Il y a un risque de remise en cause de tout ce que le groupe a construit patiemment en Italie ou en Angleterre, ce serait dramatique."

Si EDF n'obtient pas des hausses suffisantes après 2013 pour compenser ses dépenses croissantes dans le nucléaire, Mark Barnett, analyste chez Morningstar, estime quant à lui qu'il devra réduire sa prévision de résultat brut d'exploitation (Ebitda) du groupe en 2014 de 300 millions d'euros.

"A l'inverse, des hausse de tarifs de 5% de 2013 à 2016 augmenterait l'Ebitda de 300 millions d'euros en 2014 et 500 millions en 2015", ajoute-t-il.

La dette nette d'EDF atteignait 33 milliards d'euros à fin 2011. Selon le consensus Thomson Reuters I/B/E/S, elle est attendue à 42 milliards à fin 2012.

La question tarifaire s'annonce en tout cas dans un premier temps bien plus décisive que le projet de François Hollande de ramener la part de l'électricité nucléaire en France de 75% à 50% à l'horizon 2025 et de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) au cours du quinquennat.

"Sans augmentation, les objectifs à moyen-terme d'EDF seraient remis en cause et personne ne se soucierait beaucoup de la politique énergétique à long terme que le gouvernement mettra en place", estime Estephan Atallah, analyste chez Macquarie.

Edité par Jean-Michel Bélot


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