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Les réformes de fond, sans doute pas la priorité au Japon

Reuters12/12/2014 à 15:05

LES RÉFORMES SANS DOUTE PAS LA PRIORITÉ D'ABE AU JAPON

par Tetsushi Kajimoto et Izumi Nakagawa

TOKYO (Reuters) - Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, devrait remporter dimanche une large victoire aux élections législatives, qu'il présente comme un référendum sur sa politique économique, mais ce nouvel élan est loin d'assurer qu'il donne la priorité aux réformes structurelles.

Après avoir annoncé la convocation de ce scrutin anticipé en même temps que le report d'une nouvelle hausse de la TVA, le chef du gouvernement nippon a privilégié pendant la campagne les thèmes de la relance de la consommation et de la lutte contre la déflation, laissant de côté le sujet de la dette publique.

Or celle-ci devrait atteindre 245% du produit intérieur brut (PIB) cette année, un record parmi les grands pays développés, et beaucoup d'observateurs estiment que pour enrayer sa progression, Tokyo doit réformer en profondeur l'économie.

Mais s'il obtient dimanche le triomphe que lui promettent les sondages, en conservant, voire en renforçant sa majorité des deux tiers à la chambre des Représentants (chambre basse du Parlement), Shinzo Abe donnera sans doute la priorité à l'augmentation des dépenses publiques et à la politique d'injections massives de liquidités dans l'économie menée par la Banque du Japon (BoJ).

Certains investisseurs craignent donc de voir le gouvernement repousser une nouvelle fois les réformes de fond jugées nécessaires pour améliorer le potentiel de croissance de l'archipel, ce qui pourrait se traduire par une accélération de la baisse du yen et une envolée incontrôlée de l'inflation.

"Le résultat de tout cela pourrait être une dépression inflationniste", résume Arne Espe, vice-président de la gestion des fonds mutuels chez USAA.

La baisse du yen constitue déjà l'un des axes des "Abenomics", l'arsenal économique et monétaire de Shinzo Abe : la monnaie japonaise a perdu environ un tiers de sa valeur en deux ans, tombant à 120 pour un dollar.

Si une partie des observateurs attendent du gouvernement un assouplissement du droit du travail et une libéralisation accrue du secteur de l'agriculture, le gouvernement semble privilégier pour l'instant le soutien à la consommation.

LA DETTE, OUBLIÉE DE LA CAMPAGNE

Certains responsables évoquent ainsi un prochain plan d'aides publiques à l'achat de certains biens et services pour les plus bas revenus, une recette déjà tentée sans résultats réellement probants.

Une victoire éclatante et la perspective d'un maintien durable au pouvoir pourraient faciliter des compromis avec les catégories concernées par les réformes, expliquent Scott Seaman et Ross Schaap, analystes d'Eurasia Group.

"Ceci dit, nous ne nous attendons pas pour autant pour autant à ce qu'Abe pousse à court terme en faveur de progrès rapides en matière de réformes structurelles", ajoutent-ils dans une étude récente.

Pendant la campagne, Shinzo Abe a assuré que les "trois flèches" de sa politique restaient d'actualité, à savoir la relance, l'assouplissement monétaire et les réformes. Mais le programme du Parti libéral-démocrate (PLD), s'il met l'accent sur la relance économique et l'assainissement budgétaire, n'évoque aucune réforme structurelle.

Shinzo Abe assure qu'il reste déterminé à ramener le budget à l'équilibre (hors service de la dette) d'ici l'exercice 2020-2021, un objectif que les économistes jugeaient déjà ambitieux avant le report de 18 mois de la hausse de la TVA.

Et la récession dans laquelle se trouve l'archipel pourrait inciter le gouvernement à mettre de côté la rigueur budgétaire, d'autant que des élections régionales et sénatoriales doivent se tenir dans les deux ans à venir.

Au-delà de la hausse des recettes fiscales, la réduction des dépenses publiques, notamment en matière de protection sociale, semble elle aussi avoir été oubliée pendant la campagne. Elle constitue pourtant un enjeu clé pour un pays dont un quart de la population a plus de 65 ans et où le nombre des 18-24 ans a chuté de près d'un tiers en vingt ans.

Les dépenses sociales représentent déjà un tiers du budget de l'Etat et augmentent d'environ 1.000 milliards de yens (6,8 milliards d'euros) par an.

L'évolution démographique et la menace qu'elle représente pour les finances publiques constituent l'une des raisons qui ont conduit successivement Moody's à abaisser sa note du Japon le 1er décembre et Fitch à placer la sienne sous surveillance mardi.

(avec Hideyuki Sano, Lisa Twaronite et Tetsushi Kajimoto, Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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