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Les ratés du moteur allemand inquiètent la zone euro

Reuters10/07/2014 à 18:49

LES SIGNES DE FAIBLESSE DE LA LOCOMTIVE ALLEMANDE INQUIÈTENT LA ZONE EURO

par Martin Santa et John O'Donnell

BRUXELLES (Reuters) - Les signes de faiblesse que montre l'économie allemande sont une source d'inquiétude pour l'ensemble de la zone euro, dont elle est le moteur, et assombrissent les espoirs d'un retour à une croissance durable.

Les 18 pays qui partagent la monnaie unique ont commencé l'an dernier à sortir de deux ans de récession mais au moment même où la sortie du tunnel se dessine, leur leader paraît s'essouffler.

Aucun pays ne semble en mesure de prendre le relais, surtout pas la France, deuxième économie de la zone euro, dont la production industrielle a chuté en mai et où l'inflation est tombée à son plus bas niveau depuis 2009, en plein coeur de la crise financière.

Il ne faut pas compter non plus sur l'Italie, où la production industrielle a fléchi de 1,2% en mai.

L'Espagne, pleine d'espoir, mise bien sur une croissance de 2% en 2015 mais un Espagnol sur quatre est au chômage.

"L'Europe devient de plus en plus japonaise", autrement dit menacée par une déflation chronique et une croissance désespérément faible, constate Carsten Brzeski, économiste chez ING.

"La zone euro stagne", ajoute-t-il. "Je ne vois pas de croissance substantielle avant encore un an".

UN PRINTEMPS CRUEL

Début 2014, pourtant, l'optimisme était de rigueur. L'Allemagne venait de connaître au premier trimestre sa plus forte croissance depuis trois ans (0,8%), compensant ainsi la stagnation ou la contraction des économies française, italienne et néerlandaise.

Un hiver particulièrement clément expliquait largement ce bon chiffre qui n'a pas résisté au printemps. Exportations, importations, commandes à l'industrie, production industrielle, ventes au détail : en Allemagne, tous ces indicateurs ont reculé en mai par rapport au mois précédent.

La situation géopolitique, avec notamment le conflit ukrainien, explique largement ce ralentissement qui ne devrait être que passager, estime le ministère allemand de l'Economie dans son rapport mensuel publié jeudi.

"Une fois que les circonstances particulières du moment s'estomperont, la reprise devrait se poursuivre et le marché de l'emploi devrait retrouver de la vigueur", y lit-on.

D'autres sont moins optimistes, notamment au sein du Mittelstand, ce tissu de PME qui emploie 70% des Allemands et fait pâlir la France d'envie.

"L'ambiance s'est détériorée après un bon début d'année", déplore ainsi Mario Ohoven, président de l'organisation de PME BVMW, qui évoque les "braises" de la crise de la zone euro et l'effet désastreux de la crise ukrainienne sur les exportations.

D'autres citent également les tensions au Proche-Orient et le ralentissement de la croissance dans les pays émergents pour expliquer la morosité actuelle.

AUSTÉRITÉ OU RELANCE?

Les économistes s'accordent à dire que l'économie allemande va rebondir, mais sans doute pas assez pour tirer vers le haut l'ensemble de la zone euro.

Un débat fait rage pendant ce temps en Europe: l'austérité est-elle vraiment la réponse ou faut-il plutôt dépenser pour relancer la croissance ?

L'Allemagne penche plutôt pour la première solution mais le nouveau chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, essaye de faire bouger les lignes en réclamant davantage de flexibilité dans l'application des règles budgétaires européennes.

La France, de son côté, tente des réformes mais se cache encore, selon le PDG de Total, Christophe de Margerie, derrière son système de protection sociale, si difficile à réformer.

"Pourquoi l'économie ne décolle-t-elle pas comme nous le souhaiterions?", s'interroge-t-il. "Peut-être parce que nous avons été touchés par la crise plus tard que d'autres et qu'il y a un effet différé. Peut-être aussi parce que notre système de protection sociale (...) masque parfois la gravité de la situation".

L'Allemagne elle-même, si attachée à son modèle industriel, n'est pas exempte de reproches.

"L'Allemagne devrait être la locomotive de l'Europe", fait valoir Guntram Wolff, du think tank bruxellois Bruegel. "Mais le sentiment en Allemagne est de vouloir s'attacher au secteur manufacturier qui en a fait la force depuis 10 ans et de refuser de changer l'économie. Le secteur des services, par exemple, est toujours fortement régulé."

(Patrick Vignal pour le service français, édité par Marc Angrand)

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