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" Les marchés frontières ne représentent que 0,2 % des investissements dans les fonds actions"

Newsmanagers13/02/2012 à 12:45
(NEWSManagers.com) - Entretien avec Zin Bekkali, CEO et CIO de Silk Invest

Fondée en 2008, la société de gestion Silk Invest s' est spécialisée dans l' investissement sur les marchés frontières. Aujourd' hui, la structure gère autour de 100 millions d' euros, dont 55 % pour le compte d' institutionnels et 45 % pour des investisseurs privés. Zin Bekkali, CEO et CIO de Silk Invest, explique à Newsmanagers l' intérêt d' investir dans les marchés frontières.

Newsmanagers : Pourquoi avoir créé une société de gestion spécialisée sur les marchés frontières ?

Zin Bekkali : Parce que nous pensons que les équilibres mondiaux sont en train d'évoluer et que l'axe se déplace désormais du monde occidental vers l'Asie, le Moyen-Orient et l'Afrique. Ainsi, aujourd'hui, 27 % de la population mondiale vit dans les marchés frontières. En 2100, cette proportion sera de 47 % ! Cette croissance sera principalement alimentée par l'Afrique. Malgré tout, les marchés frontières et africains ne représentent que 0,2 % des investissements totaux dans les fonds actions, contre 82,6 % pour les marchés développés. C'est donc pour profiter de ce rééquilibrage, sous-estimé par les investisseurs, que nous avons lancé notre société en 2008.

NM : Quels pays et quelles classes d'actifs couvrez-vous ?

Z. B. : Nous investissons dans les actions d'entreprises cotées et non cotées, ainsi que dans les obligations en Asie hors Chine, au Moyen-Orient et en Afrique. Pour couvrir ces marchés, nous avons des bureaux, outre au Royaume-Uni et au Pays-Bas, en Egypte, au Kenya, au Maroc, à Dubaï et en Afrique du Sud. Nous disposons de différents produits dont un fonds Afrique, un fonds sur les actions des marchés frontières et un fonds obligataire sur ces pays. Nous avons également un fonds de private equity sur le secteur agroalimentaire en Afrique.

NM : Aujourd'hui, comme vous l'avez observé, peu d'investisseurs sont sur les marchés frontières. Pensez-vous que cela va changer rapidement alors que leur exposition aux émergents est aussi limitée ?

Z. B. : Oui, je le pense. L'un des signes forts est que les entreprises sont déjà présentes sur les marchés frontières. Or, les investisseurs sont toujours à la traîne par rapport à elles. Mais cela viendra. Je me souviens que lorsque j'étais chez ING, nous avions fermé un fonds Inde car il n'intéressait pas suffisamment de monde. Aujourd'hui, ce serait impensable ! Nous pensons que les investisseurs vont finir par prêter attention aux fondamentaux et favoriser, côté obligations, les gouvernements ayant des bilans solides et, côté actions, les entreprises ayant des bénéfices solides et affichant des rendements. Les marchés frontières répondent à ces critères.

NM : Quels pays et quels thèmes privilégiez vous en Afrique et au Moyen-Orient ?

Z. B. : En Afrique et dans les pays arabes, il y a deux thèmes importants que nous privilégions : les consommateurs et les entrepreneurs.
Côté consommateurs, nous regardons les pays ayant les plus fortes populations d'Afrique comme l'Egypte, le Maroc, le Ghana et l'Algérie. En Afrique, dans les 15 prochaines années, il y aura 500 millions de consommateurs de plus, soit 10 fois la France ! Par ailleurs, la région du Golfe est intéressante car elle se positionne comme plaque tournante pour l'Afrique et l'Asie. De nombreuses sociétés internationales viennent et profitent des infrastructures, des marchés de capitaux, d'un accès peu élevé aux salariés.

NM : Comment appréhendez-vous les risques dans les marchés frontières ?

Z. B. : En termes politiques, la situation s'est améliorée ces derniers mois. Et d'un point de vue purement objectif, la plupart des pays d'Afrique ont de meilleures notes que la Russie et la Chine. Par ailleurs, en termes économiques, la plupart des pays ne sont pas endettés. Il n'y a donc pas de risque souverain.

NM : Quelles sont vos perspectives pour 2012 ?

Z. B. : En 2011, les marchés actions frontières n'ont pas bien performé, mais leurs pertes ont été en ligne avec celles des marchés BRIC (Brésil Russie Inde Chine, Ndlr) et de la zone euro. Ces chiffres doivent néanmoins se lire à la lumière de ce qui s'est passé sur les marchés arabes. Ces événements conduisent à davantage de démocratie, ce qui est une bonne chose. Dans le même temps, les sociétés et l'économie réelle de ces pays ont résisté. Ainsi, malgré l'impact négatif à court terme des printemps arabes, les fondamentaux de croissance restent forts. Et nous pensons que les marchés frontières ont la capacité d'être l'une des régions du monde les plus performantes en 2012.

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