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Les M&A peinent à repartir, les télécoms en ébullition

Reuters04/04/2013 à 22:02

(Reuters) - Les grandes banques d'investissement internationales ont perçu 19,8 milliards de dollars (15,25 milliards d'euros) de commissions au premier trimestre, un montant en hausse de 6% sur un an, les commissions en fusions-acquisitions reculant toutefois de 11% en dépit d'un regain d'activisme dans certains secteurs comme les télécoms, selon des données Thomson Reuters.

Les commissions de M&A (fusions-acquisitions) sont ressorties à 3,9 milliards de dollars contre 4,4 milliards lors des trois premiers mois de 2012, reflétant le lent redémarrage des opérations.

"L'activité de M&A est cyclique et, à des phases d'expansion qui durent en général trois-quatre ans succèdent des creux d'une durée à peu près équivalente", a rappelé Hervé Mangin, gérant actions chez Axa IM, jeudi lors d'une conférence sur le M&A.

"La dernière phase d'expansion remonte à 2004-2007 et la phase de creux est cette fois un peu plus longue", a-t-il ajouté, rappelant qu'en volume l'activité de M&A est actuellement en retrait de près de 40% par rapport à sa moyenne sur dix ans, le recul atteignant près de 65% en Europe de l'Ouest.

Hervé Mangin, gérant du fonds Axa WF Framlington Europe Opportunities, souligne toutefois que plusieurs facteurs favorisent une reprise des opérations, les incertitudes politiques et financières de la zone euro constituant un frein indéniable à la croissance externe.

Il met notamment en avant le niveau élevé des liquidités dont disposent les entreprises, la propension des équipes dirigeantes à les investir plutôt qu'à les restituer aux actionnaires et des valorisations qui demeurent "très raisonnables" malgré la remontée des marchés.

"Dans une période où la demande est molle et les prix des matières premières volatils, la concentration est nécessaire dans certains secteurs pour maintenir le pouvoir de fixation des prix (pricing power)", note-t-il.

Il relève aussi que les acteurs émergents sont toujours à la recherche de nouvelles technologies et de nouveaux débouchés, et souligne qu'un environnement économique encore difficile dans les prochains trimestres devrait entraîner un ralentissement de la croissance bénéficiaire, favorisant les acquisitions.

Les opérations réalisées sont plutôt de taille moyenne en raison des difficultés réglementaires, de la plus grande prudence des dirigeants, voire de la réticence de certains actionnaires pour les très grosses opérations.

"Sur les douze mois de février 2012 à février 2013, il n'y a eu que cinq opérations de plus de dix milliards de dollars alors qu'il y en avait fréquemment une dizaine chaque année dans le passé", dit-il.

TELCOS, LA 4G CHANGE LA DONNE

Cinq secteurs sont particulièrement propices aux opérations de M&A en Europe, selon Hervé Mangin.

Dans l'énergie, les ressources sont rares et les prédateurs nombreux et riches, résume-t-il.

Dans la santé, les grands laboratoires ont besoin de se diversifier et d'acheter des sociétés de biotechnologies pour contrer leurs pertes de brevets et la montée en puissance des génériqueurs.

Le secteur des logiciels est peu endetté et génère beaucoup de liquidités.

Dans l'industrie, les marchés sont encore très fragmentés et la concentration permet d'améliorer le 'pricing power'.

"Le secteur des télécommunications est quant à lui en pleine ébullition", souligne Hervé Mangin.

Il cite l'opération de fusion en cours entre T-Mobile, filiale américaine de Deutsche Telekom, et l'américain MetroPCS, la prise de contrôle du troisième opérateur mobile américain Sprint Nextel par le japonais Softbank, ou encore la succession d'acquisitions réalisées par la câblo-opérateur américain Liberty Global en Europe, dont le rachat du britannique Virgin Media ou la prise de participation de 12,65% dans le hollandais Ziggo.

Il relève aussi l'intérêt autour de Vodafone, soit en tant que proie pour AT&T et Verizon Communications, soit en tant que prédateur pour l'allemand Kabel Deutschland.

"La 4G change complètement la donne en rendant possible des offres 'quadruple play' qui marient téléphonie fixe et mobile, internet et télévision, et rendent les clients beaucoup plus captifs, limitant les coûts de recrutement des opérateurs", rappelle Hervé Mangin.

"Vodafone est au coeur de toute l'activité M&A dans le secteur en Europe car s'il a beaucoup profité de la croissance du mobile, il est aujourd'hui mal positionné avec en particulier très peu de ligne fixe."

Il note d'ailleurs que dans son communiqué démentant tout projet de fusionner ou de racheter l'opérateur britannique, Verizon Communications a pris soin de préciser qu'il n'en avait pas l'intention "actuellement".

Pour Hervé Mangin, "des régulateurs européens de plus en plus disposés à assurer aux opérateurs des cash flows suffisants pour qu'ils puissent développer leurs infrastructures favorisent aussi les M&A dans le secteur".

Sur les trois premiers mois de l'année, les commissions des banques d'investissement provenant du secteur des télécoms sont ainsi ressorties à 903 millions de dollars, en hausse de 46,8% par rapport à la période correspondante de 2012, selon les données Thomson Reuters.

Marc Joanny, édité par Dominique Rodriguez

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