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Les entreprises US de plus en plus tentées de s'endetter en euro-IFR

Reuters 05/12/2014 à 20:55

par Natalie Harrison et Laura Benitez NEW YORK/LONDRES, 5 décembre (Reuters) - Les entreprises américaines seront encore plus nombreuses à lever des fonds sur le marché obligataire en euro l'année prochaine, estiment banquiers et analystes qui mettent en avant la poursuite attendue de la baisse de l'euro contre le dollar et la faiblesse des taux européens pour expliquer ce mouvement. Plusieurs grands émetteurs non financiers américains comme Apple, AT&T ou Verizon ont déjà lancé des emprunts jumbo en euro le mois dernier tandis que d'autres comme Walgreen, Thermo Fisher et Kellog se sont aventurés pour la première fois sur ce marché cette année. Les entreprises non financières américaines ont levé au total 37 milliards d'euros depuis le début de l'année, près de 50% de plus que les 25 milliards émis en 2013 et plus de 66% de plus que les 22 milliards de 2012, montrent des données de Thomson Reuters. "C'est incroyable quand on y pense, le nombre d'entreprises en catégorie d'investissement aux Etats-Unis et à quel point certaines d'entre elles peuvent être de grande taille", souligne Marco Baldini, responsable de la syndication pour les marchés de taux européens et les entreprises européennes de Barclays. "Et pourtant, nous n'avons vu que quelques unes d'entre elles émettre en Europe jusqu'à présent. Nous pourrions donc voir une variété de nouvelles signatures en 2015 et cela va complètement changer la donne." Des taux d'intérêt plus faibles en Europe qu'aux Etats-Unis expliquent l'attrait du marché obligataire en euro pour ces émetteurs, en particulier pour ceux qui disposent d'activités à l'échelle mondiale et qui ont naturellement des besoins de financement en euro. Le rendement des Treasuries à 10 ans dépasse 2,30% alors que celui des Bunds de même échéance n'atteint pas 0,80%, un écart de taux qui peut permettre aux entreprises américaines se finançant en euro d'économiser des millions sur les paiements de coupons. Une poursuite de l'affaiblissement de l'euro est attendue dans les prochains mois avec les nouveaux assouplissements annoncés de la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Parallèlement, la Réserve fédérale a interrompu ses achats d'actifs et projette même de relever ses taux directeurs. La Deutsche Bank s'attend ainsi à ce que l'euro EUR= se déprécie à 1,18 dollar d'ici le troisième trimestre 2015 contre 1,23 dollar actuellement. DOUBLE AVANTAGE "Les émetteurs américains bénéficient d'un double avantage en venant sur le marché de l'euro : ils peuvent obtenir un coupon facial plus faible et une couverture naturelle du risque de change", souligne Marc Fratepietro, responsable des marchés de dette en catégorie investissement chez Deutsche Bank à New York. Toutes les entreprises américaines n'ont toutefois pas de besoin de financement en euro. Mais cela ne les empêche pas nécessairement de venir sur ce marché pour autant qu'elles puissent swapper le produit de leur émission en dollar à des conditions avantageuses. "Cela peut parfois devenir un casse-tête pour celles dont les besoins de financement sont en dollar et qui doivent le (leur emprunt, NDLR) swapper", reconnaît Baldini. Mais un marché plus attractif des swaps de change de base facilitera la venue de nouveaux émetteurs en améliorant les coûts de financement, ajoute-t-il. Si les swaps de change euro/dollar ne sont pas aussi avantageux actuellement qu'ils ne l'ont été au cours de l'année, des spreads à l'émission plus serrés peuvent aussi contribuer à rendre les opérations intéressantes. Apple a ainsi émis une tranche de 1,4 milliard d'euros à huit ans et une autre de même montant à 12 ans à 30 points de base et 45 points de base respectivement au-dessus des taux mid-swaps le mois dernier. Les analystes crédit de Merrill Lynch estiment qu'ils correspondaient après conversion en dollar à des spreads inférieurs de 5 à 6 points de base à ceux obtenus par la firme à la pomme sur son marché domestique. "Avec la poursuite de la divergence des politiques monétaires en Europe et aux Etats-Unis, nous nous attendons à une accélération des émissions d'entreprises américaines en euro", écrivent-ils dans une note intitulée "EURphoria". Certains banquiers estiment que l'attirance pour les émissions en euro sera telle qu'elle pèsera sur les montants levés sur le marché domestique. "Le fait que le marché en euro détournera des opérations du marché en dollar est l'une des raisons qui me font penser que les financements domestiques par les entreprises américaines seront en baisse l'année prochaine", prévient Jonathan Fine, responsable de la syndication chez Goldman Sachs à New York. L'attrait du marché en euro est encore renforcé par sa plus grande flexibilité, notamment sur les maturités décalées, qui peuvent s'avérer utiles pour le financement d'opérations de fusions-acquisitions ou pour restructurer l'échéancier d'une dette. Walgreen a ainsi émis cette année des obligations libellées en euro et en sterling avec des échéances à six, 11 et 12 ans. Kellogg a placé 500 millions d'euros à 7 ans et Praxair 600 millions d'euros à six ans et 500 millions d'euros à 11 ans. Les investisseurs américains exigent en général une prime pour ces maturités décalées et préfèrent les échéances standards à trois, cinq, sept, 10 et 30 ans. "Le marché des obligations d'entreprise européen a la profondeur pour tous les types d'opérations", estime Baldini. "Il est en vogue et vous allez voir que la tendance va vite prendre. Cela donne le ton de ce que nous allons voir en 2015." (Marc Joanny pour le service français, édité par Patrick Vignal)

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