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Les doutes de Trump sur le climat pèsent sur le Conseil de l'Arctique

Reuters11/05/2017 à 09:25
    * Le président américain n'a toujours pas annoncé si les 
Etats-Unis restaient ou non dans l'accord de Paris sur le climat 
    * L'Arctique se réchauffe plus vite que les autres régions 
de la planète 
    * La période 2011-2015 a été la plus chaude depuis le début 
du XXe siècle 
 
    par Timothy Gardner 
    FAIRBANKS, Alaska, 11 mai (Reuters) - Le secrétaire d'Etat 
américain Rex Tillerson s'apprête à accueillir ce jeudi en 
Alaska ses homologues des pays du conseil de l'Arctique dans une 
situation inconfortable, Donald Trump n'ayant toujours pas fait 
connaître sa décision sur le maintien ou non des Etats-Unis dans 
l'accord de Paris sur le climat. 
    Le président américain avait initialement fait savoir qu'il 
se prononcerait avant le sommet des pays du G7, programmé les 26 
et 27 mai en Sicile. Mais plusieurs réunions préparatoires qui 
avaient été annoncées par la Maison blanche ont été repoussées, 
et Sean Spicer, le porte-parole de la présidence, a déclaré 
mardi que la décision serait prise après le sommet du G7. 
  
    Or le réchauffement est une préoccupation centrale du 
Conseil de l'Arctique, forum intergouvernemental de coopération 
et de coordination sur les questions liées à l'environnement, à 
l'économie et au développement durable dans la région polaire 
qui regroupe les Etats-Unis, la Russie, le Canada et cinq autres 
pays (Norvège, Danemark, Islande, Suède et Finlande). 
    Car cette région du globe se réchauffe plus rapidement que 
partout ailleurs sur la planète, avec fonte du permafrost, ces 
sols dont la température se maintient en permanence sous les 
0°C, et recul de la banquise, qui n'a jamais été aussi réduite à 
la fin de l'hiver que cette année, selon une étude récente de 
l'université allemande de Brême.   
    Le Canada et les pays scandinaves ont souligné l'importance 
de l'accord de Paris. Négocié fin 2015 lors de la COP-21, cet 
accord international visant à contenir l'élévation des 
températures moyennes "bien en dessous des 2°C" est entré en 
vigueur en novembre dernier, grâce notamment à sa ratification 
par l'administration Obama. 
    Mais contrairement à son prédécesseur démocrate, Trump a 
exprimé ses doutes sur la réalité des causes humaines du 
réchauffement, et a qualifié naguère le "concept de 
réchauffement" d'invention de la Chine "pour empêcher 
l'industrie américaine d'être compétitive". 
    Difficile dans ces conditions de prédire ce que pourrait 
être la déclaration finale de la réunion du conseil de 
l'Arctique ce jeudi à Fairbanks. 
    Il est "d'une importance capitale que les Etats-Unis 
continuent à faire partie" de l'accord de Paris, a déclaré cette 
semaine à Reuters le ministre norvégien des Affaires étrangères, 
Borge Brende. 
     
    DES ÉTÉS SANS BANQUISE DÈS LES ANNÉES 2030 ? 
    Dans un rapport publié en novembre dernier, le Conseil de 
l'Arctique note que "la glace fond, le niveau de la mer monte, 
les zones côtières s'érodent, le permafrost dégèle et les zones 
où vivent les plantes et les animaux se déplacent". 
    Le document identifie 19 "changements de régime" qui sont 
survenus ou pourraient survenir dans l'Arctique, d'un 
basculement vers des étés libres de glace à l'effondrement des 
stocks de poissons.   
    Une autre étude commandée par le Conseil de l'Arctique et 
publiée le 25 avril estime à plusieurs milliers de milliards les 
coûts potentiels du réchauffement d'ici la fin du siècle.  
    De l'Alaska à la Sibérie, le dégel du permafrost fragilise 
notamment les infrastructures (routes, bâtiments ou 
installations pétrolières dont les fondations deviennent moins 
résistantes). Sur le gisement gazier de Bovanenkovo, en Russie, 
il est responsable d'une augmentation du nombre de glissements 
de terrain; en Alaska, les champs pétrolifères de North Slopes 
ont été le théâtre d'inondations, phénomène rare, pendant trois 
semaines en 2015. 
    "L'Arctique se réchauffe plus vite que toute autre région de 
la planète et se change rapidement en un environnement plus 
chaud, plus humide et plus variable", écrivent les 90 chercheurs 
associés à cette étude. "L'augmentation des émissions de gaz à 
effet de serre dues aux activités humaines constitue la 
principale cause sous-jacente", écrivent-ils. 
    Les températures enregistrées sur la période 2011-2015 ont 
été les plus chaudes observées depuis les premiers relevés, au  
début du XXe siècle. Et la perspective d'étés sans banquise 
pourrait se concrétiser dès les années 2030. 
    Le réchauffement ouvre aussi de nouvelles voies maritimes, 
permet l'accès à des réserves d'hydrocarbures et facilite les 
campagnes de pêche, intensifiant la course aux ressources de 
l'Arctique lancée depuis des dizaines d'années et aiguisant les 
appétits des puissances concernées. 
    Mardi sur la place Rouge de Moscou, les forces arctiques ont 
tenu la vedette lors du défilé militaire annuel commémorant la 
victoire de 1945 contre le régime nazi. C'est la première fois 
que l'armée russe présentait des systèmes de défense 
anti-aérienne conçus pour supporter des températures polaires. 
 
 (avec Alister Doyle à Oslo; Jean-Stéphane Brosse et 
Henri-Pierre André pour le service français) 
 

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